Daniel Giguère : « J’ai appris la patience »

6 février 2018 - Par Pierre-Alain Belpaire

Daniel Giguère est un homme heureux. Occupé, certes, mais heureux. Quelques semaines à peine après l’inauguration de L’Usine, un restaurant posé au cœur de ses installations de Chicoutimi, l’homme d’affaires prépare activement l’ouverture, annoncée au printemps 2018, d’une seconde La Voie Maltée à Québec, dans les murs de l’ancien Beaugarte. « Ces deux naissances aussi rapprochées sont dues à un simple concours de circonstances, souligne-t-il. Les possibilités se sont présentées, je ne pouvais pas dire non. »

Avec cinq établissements, une usine de production et des bières primées et saluées, La Voie Maltée s’affirme de plus en plus comme l’un des acteurs incontournables de l’univers brassicole québécois. Son fondateur se voyait pourtant « plus gros encore » lorsqu’il se lançait dans cette belle aventure en 2002. « Quand j’ai commencé, je pensais conquérir rapidement tout le Québec, admet-il. J’avais des ambitions très élevées. Trop élevées. Finalement, j’ai appris la patience. Je me suis aussi rendu compte que la région de la Capitale-Nationale et le Saguenay, ça forme déjà un superbe marché, dont j’avais peut-être sous-estimé la vigueur et l’importance. »

S’il ne ferme pas la porte à d’autres projets, Daniel Giguère le répète à l’envi : il veut avant tout consolider son entreprise et ancrer, encore un peu plus, les différentes succursales dans leur environnement. « Je tiens à ce que nos produits, nos établissements et notre image conservent une identité saguenéenne ; c’est primordial pour moi, confesse-t-il. Mais sans renier nos origines, il faut que chaque établissement se fonde dans le décor, se teinte des couleurs locales. Ce volet-là prend davantage de temps et demande par exemple de s’impliquer dans la communauté qui nous accueille. » Et d’ajouter en souriant, après un rare silence : « Vous voyez, je suis bien plus sage qu’il y a 15 ans… »

EN RANGS SERRÉS

Au fil des années, Daniel Giguère a vu naître, aux quatre coins du territoire québécois, des dizaines d’autres microbrasseries. Plutôt que de voir en elles de menaçantes concurrentes, le dirigeant préfère saluer l’arrivée d’alliées. « C’est sans doute la principale différence avec le monde de la restauration, analyse-t il. Dans leurs rangs, on note un manque de cohésion : ils sont incapables de parler d’une seule voix. Nous, même s’il y a parfois des désaccords, nous nous serrons généralement les coudes, nous avançons groupés. La raison est simple : notre concurrent principal, ce n’est pas la microbrasserie voisine, c’est le monde des macrobrasseries. »

Le dynamique entrepreneur refuse l’idée selon laquelle le succès des microbrasseries ne serait dû qu’à un phénomène de mode, appelé à prochainement disparaître. Pour faire taire les oiseaux de mauvais augure, le PDG de La Voie Maltée avance quelques chiffres et statistiques. « Selon l’Association des microbrasseries du Québec, il y a de la place pour 250 micros dans notre province. On en compte aujourd’hui 140. Faites le calcul… lance-t-il. Il reste de la place, notamment dans les régions plus éloignées. »

VITESSE SUPÉRIEURE

Pour poursuivre leur irrésistible ascension, les microbrasseries québécoises devront tout de même « se retrousser les manches » et relever différents défis parmi lesquels, comme dans le cas de tous leurs collègues des HRI, l’inévitable pénurie de main-d’œuvre. S’ils veulent durer, certains devront également « se professionnaliser », glisse Daniel Giguère. « Trop souvent, on voit des passionnés qui se lancent sans avoir conscience de leurs besoins, sans connaître leurs finances ou leur public. »

Les consommateurs québécois, toujours plus nombreux, toujours plus curieux, sont également devenus, au fil des ans, de pointilleux connaisseurs. Les producteurs devront rivaliser d’audace et d’originalité s’ils veulent les séduire, croit l’artisan. « En 2018, on devra oser les produits funky, aromatisés, colorés… L’amateur de bières a aujourd’hui le goût du risque et nous demande de passer à la vitesse supérieure. À nous de le surprendre ! »

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