Simon Beaubien : L’ambassadeur venu d’ailleurs

29 janvier 2018 - Par Pierre-Alain Belpaire

« Je suis au paradis ! » Un cri du cœur. Une déclaration d’amour. Simon Beaubien est un gourmet heureux, un directeur comblé. Et il ne se gêne nullement pour le faire savoir. Débarqué aux Îles-de-la-Madeleine voici trois ans à peine, le natif de Bonaventure s’est très rapidement fondu dans le paysage. « Je vais évidemment rester Gaspésien de sang, confie-t-il, mais de cœur, je pense que je suis déjà Madelinot. Quand tu t’installes ici, tu ne peux que t’attacher à ces gens, à leur chaleur, à leurs traditions. » Et, apparemment, à leur gastronomie…

Directeur général du Bon Goût Frais des Îles de la Madeleine, l’organisme qui, depuis 25 ans, accompagne les producteurs, transformateurs et restaurateurs de l’archipel, Simon Beaubien ne manque vraiment pas d’ouvrage. Depuis quelques années, les Madelinots ont en effet vu leur industrie bioalimentaire se développer. « Nous comptons aujourd’hui une vingtaine de restaurateurs. Et deux fois plus d’artisans et d’entreprises actives dans ce domaine. Et je ne vous parle même pas des pêcheurs… Pour une population d’à peine 12 000 habitants, cela fait beaucoup. »

Si les rangs des fromagers, des brasseurs, des maraîchers et autres éleveurs se sont donc renforcés, les hordes de visiteurs ont, elles aussi, pris une autre dimension. Au cours des quatre dernières saisons touristiques, l’achalandage a grimpé de 21 %. L’installation d’une liaison maritime « à l’année » en 2009 n’y est évidemment pas étrangère, tout comme les diverses décisions et réflexions entourant le positionnement de la région en tant que destination gourmande.

FACILITER LES RENCONTRES

Pour structurer l’offre, guider les professionnels et répondre aux demandes des touristes, Simon Beaubien et son équipe multiplient les projets tout aussi enthousiasmants qu’innovants : le Défi 100 % local du mois de septembre, le Circuit des Saveurs, la Tournée des plats typiques

« Notre mission est simple et complexe à la fois : nous devons faciliter la rencontre des producteurs, des restaurateurs et des consommateurs, résume le dirigeant de 28 ans. Pour y parvenir, nous devons faire preuve d’originalité et nous efforcer de parler à un public le plus large possible. Bien sûr, il y aura toujours certains leaders, certains professionnels qui embarqueront immédiatement dans toutes nos folies. Mais dans un territoire comme le nôtre, on ne peut se permettre de laisser des acteurs sur le côté. »

Lorsque le visiteur décide de franchir le golfe du Saint-Laurent pour s’offrir une virée aux Îles-de-la-Madeleine, il y passe en moyenne neuf nuitées. Soit bien plus que dans le reste de la province. « Durant cette dizaine de jours, vous pensez bien qu’il ne va pas fréquenter que des restaurants haut de gamme, souligne Simon Beaubien. C’est la raison pour laquelle nous devons conscientiser tant les nappes blanches que les casse-croûtes et les restaurants d’hôtel. »

D’OCTOBRE À AVRIL…

Face à la hausse du nombre de touristes et l’arrivée de jeunes familles, d’entreprises dynamiques et de nouveaux produits, divers restaurateurs madelinots ont ressenti le profond besoin d’innover. Les tenanciers de La Buvette, sympathique « petit bistro culturel » inauguré l’automne dernier dans le décor enchanteur de l’île du Havre-Aubert, ont ainsi décidé d’ouvrir … quand la majorité des autres établissements ferment leurs portes, soit d’octobre à avril.

« C’est une superbe initiative, réagit, tout sourire, le directeur du Bon Goût Frais des Îles. Ici, l’un des principaux enjeux de notre industrie, c’est le hors saison. » Car lorsque la vague de visiteurs se retire, il reste encore des habitants dans l’archipel, et encore des touristes (moins nombreux, certes) rêvant de calme, de repos ou de paysages insolites.

« Nous devons tout faire pour éviter que ces gens se heurtent à une porte close. Aujourd’hui, environ un tiers de nos restaurants sont ouverts à longueur d’année : c’est mieux qu’avant, même si ce n’est sans doute pas encore suffisant. Entendons-nous bien : un objectif de 100 % serait utopique. Et stupide. On ne rendrait pas service aux restaurateurs. Mais on va devoir améliorer cette offre hors-saison : c’est indispensable. »

ARCHIPEL ÉPICURIEN

En plus de séduire les touristes et d’aider les entrepreneurs, Le Bon Goût Frais des Îles doit réaliser un autre défi, peut-être plus colossal encore : rendre leur fierté alimentaire aux habitants des Îles-de-la-Madeleine. « Nombre d’entre eux ne se rendent pas compte de la chance qu’ils ont, se désole Simon Beaubien. Ils ont un terroir exceptionnel, des viandes de bœuf, de sanglier ou d’agneau tout simplement splendides, des producteurs surmotivés, les colonies d’abeilles les plus en santé au Québec… Et certains ne le savent même pas ou, du moins, n’en profitent pas. »

Pour sensibiliser la population locale, l’organisme qu’il dirige devra notamment viser les jeunes et s’inviter dans les écoles de l’archipel, soutient le dynamique responsable. « Ce ne sont pas les projets qui manquent. On veut aller plus loin. Et on va tout faire pour y parvenir ! »

Après sept années passées dans le gris décor bétonné de Montréal, Simon Beaubien confie avoir ressenti un profond « besoin d’air et de nouveaux défis ». Il semble évident qu’il a trouvé tout ce qu’il cherchait au cœur de ce petit bout de province battu par les vents de l’Atlantique. « J’aime la vie. J’aime la bouffe. J’aime découvrir et goûter. Si tu es un minimum épicurien, tu ne peux pas rester insensible à ce que les Îles ont à t’offrir. »

Décidément, en ouvrant leurs bras à Simon Beaubien, les Madelinots se sont trouvé le meilleur des ambassadeurs.
 
 

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