Montérégie

23 novembre 2018 - Par Marie-Ève Garon

CONSIDÉRÉE COMME LE « JARDIN DU QUÉBEC », LA MONTÉRÉGIE REGORGE DE RICHESSES. LES DIFFÉRENTS INTERVENANTS DES HRI QUI Y OEUVRENT ONT À COEUR DE METTRE EN VALEUR CE GÉNÉREUX TERROIR POUR CRÉER, ENSEMBLE ET AVEC FIERTÉ, UNE « RÉGION D’EXCEPTION ». MAIS ENTRE LES ENJEUX ENVIRONNEMENTAUX, LES HAUTES EXIGENCES DE L’EXPÉRIENCE CLIENT ET LA PÉNURIE DE MAIN-D’OEUVRE, LES DÉFIS NE MANQUENT PAS.

LE CHEF D’EXPÉRIENCE

Après avoir oeuvré pendant neuf ans à faire une véritable référence du Coureur des bois de Beloeil, le chef Jean-François Méthot met aujourd’hui son expérience au service d’un projet plus personnel, voire familial : La Baboche — Bistro à broue, à Saint-Hyacinthe.

« Quand je suis arrivé au Coureur, la clientèle locale n’était pas portée à venir y manger, confie-t-il. En cinq ans, on a réussi à aller chercher cette clientèle, notamment parce qu’on s’est mis à travailler avec de petits producteurs. Ça demande une rigueur, puisque ce sont des relations qu’on construit, et une certaine constance. Je suis fier d’avoir participé à ça. »

Si le défi de la main-d’oeuvre fait partie intégrante de la réalité montérégienne, Jean-François Méthot demeure confiant. « C’est vrai que l’on doit être ingénieux pour garder le personnel. Mais quand tout est fait de façon artisanale, les jeunes savent qu’ils vont pouvoir apprendre, et ça permet d’aller chercher la relève. Après, il faut s’organiser pour la garder en lui offrant une meilleure qualité de vie. »

Malgré le fait que Saint-Hyacinthe soit une région agroalimentaire, les chaînes de restaurants y sont nombreuses. « On y retrouve peu d’endroits offrant une table faite par des artisans, déplore Jean-François Méthot. L’idée de La Baboche est de développer des plats à partager plus élaborés que ce qu’on a l’habitude de voir dans les microbrasseries. J’ai le goût de créer des mariages parfaits, et on a le terroir pour ça en Montérégie. »

LE DIRECTEUR AGUERRI

Éric Robitaille, directeur général du Manoir Rouville-Campbell à Mont- Saint-Hilaire, a choisi de faire carrière dans des lieux de villégiature. « J’ai toujours travaillé dans des endroits qui étaient des destinations en soi », précise le directeur du Manoir.

Après avoir occupé des postes dans diverses régions du Québec, c’est dans cet hôtel quatre étoiles qu’il met maintenant toute son énergie afin de satisfaire la clientèle et de développer le terroir de la région. « Au Manoir, on veut que les gens se souviennent de l’expérience et du séjour qu’ils ont vécus, souligne Éric Robitaille. J’ai toujours cru que la réputation du restaurant amenait de l’hébergement. La qualité de la table est extrêmement importante ! Afin d’y arriver, nous nous entourons de fournisseurs qui ont la même vision que nous. »

Pour le directeur général, les entreprises montérégiennes se doivent d’être solidaires pour créer un certain engouement et faciliter l’achalandage de la Rive-Sud. « Les gens vivant en villégiature aiment habituellement prendre l’autoroute. On ne peut pas les considérer comme acquis : une année, ils viennent chez nous ; l’année suivante, ils vont au Saguenay. Mon défi n’est pas de concurrencer le reste de la Montérégie, mais de tenter d’y faire entrer le plus de gens pour développer une habitude. »

Les investissements effectués au Manoir Rouville-Campbell depuis deux ans ont permis à l’établissement de mieux diversifier sa clientèle et d’augmenter l’offre faite à chaque type de client. « Nous connaissons une belle croissance », se félicite Éric Robitaille, qui mise sur la flexibilité de toute son équipe pour proposer des options sur mesure dans un décor enchanteur. « Lorsqu’on est un hôtel indépendant comme nous, il faut alimenter la différence. »

LA FIBRE FAMILIALE

À Rougemont, Potager Mont-Rouge Halte Gourmande doit, d’abord et avant tout, composer avec les enjeux environnementaux et pallier les conséquences des changements climatiques. « L’eau est la ressource principale pour avoir une bonne production, affirme Philippe Beauregard, copropriétaire de l’entreprise familiale depuis 2016 avec sa soeur Marjolaine. Cette année, nous avons connu des chaleurs telles que le fruit cuisait sur le plant malgré tous nos efforts d’irrigation. Ce n’est pas normal ! »

Le temps accordé à la formation du nouveau personnel représente aussi un défi de taille, compte tenu de l’importance de la standardisation des produits et de l’impact du travail saisonnier sur la fidélisation du personnel.

Mais malgré ces nombreuses contraintes, le dynamisme mène les troupes, et l’excellence de l’accueil de la clientèle est mise au premier plan. L’entrepreneur croit que les valeurs familiales contribuent au succès populaire de son entreprise. « Ma plus grande fierté, c’est que je serai papa cette année. Ça confirmera que j’ai fait le bon choix en prenant la relève : je vais offrir à mon enfant le terrain de jeu que j’ai moi-même eu ! »

Le copropriétaire estime que, ce qui a le plus changé en Montérégie depuis que ses parents étaient à la tête de l’entreprise, « c’est le pouvoir d’achat des clients. Par contre, les exigences sont maintenant extrêmement élevées : la barre est haute, et notre offre doit être très diversifiée. L’expérience client a changé la façon de faire notre métier ! »

LE VISIONNAIRE

La réputation de la Cidrerie Michel Jodoin n’est plus à faire. Ce succès international est le résultat d’un travail continuel autour de critères de qualité et du développement d’une image de marque en constante évolution. « J’ai commencé dans mon garage, mais j’ai toujours cru qu’on réussirait, affirme Michel Jodoin. Je me nourrissais beaucoup des commentaires des consommateurs, qui venaient de différents coins du monde et qui me confirmaient que j’étais sur la bonne voie. »

Pour l’entrepreneur montérégien, la force de l’équipe est un élément indispensable pour connaître un succès au-delà des frontières. « Je me suis toujours entouré des bonnes personnes, celles qui me permettent de faire évoluer les choses, de nous ajuster aux lois du marché et aux goûts des consommateurs. Par exemple, nos cidres sont de moins en moins sucrés, plus bruts. Il faut rester à l’affût. »

Le fait que la Montérégie se trouve près de Montréal est, selon Michel Jodoin, un atout majeur. « On a la chance d’avoir un bassin de population juste à côté d’ici. » La visibilité de l’enseigne à l’étranger permet aussi d’accueillir un grand nombre de visiteurs qui saisissent l’occasion d’un séjour montréalais pour découvrir les entreprises et les producteurs des environs.

En outre, l’engouement du cidre chez les milléniaux mène la Cidrerie à innover et à actualiser le produit et son image pour correspondre davantage au caractère festif et aux critères environnementaux qu’ils recherchent. « Les médias sociaux sont très importants pour nous. On y fait plus de publicité que dans les médias traditionnels. Si tu n’es pas là, tu passes à côté de quelque chose. »

LA VAGUE D’AMOUR

« Les producteurs, ce sont eux qui font la différence ici ! » Pour Didier Le Mouëllic, chef et propriétaire du restaurant Citron & Basilic à Huntingdon, la Montérégie est synonyme d’abondance ; sa carte en est l’emblème, puisqu’il l’élabore en suivant de près les saisons et les arrivages. « Nous faisons aussi beaucoup de produits maison. Comme nous avons nos propres jardins, nous sommes avantagés de ce côté », note le chef qui souhaite avant tout faire découvrir la Montérégie et son terroir.

Débarqué dans la campagne montérégienne par un concours de circonstances, Didier Le Mouëllic se sent privilégié de participer à cet engouement pour la production locale. Le chef soulève toutefois qu’une partie de la population demeure très conservatrice. « De façon générale, les gens ne sont pas encore habitués à manger en suivant les saisons ; je trouve intéressant de les amener à le faire. C’est un défi que de changer les coutumes alimentaires ! Quand on fait découvrir les producteurs d’ici aux clients, c’est aussi une belle occasion pour eux d’en prendre conscience et d’échanger sur le sujet. »

Didier Le Mouëllic est convaincu que ce qui fait le succès de son entreprise, « c’est l’amour ! Si les gens sont heureux, ils vont faire beaucoup plus de belles choses que s’ils sont malheureux. C’est vraiment la vision de notre entreprise. Quand il y a 500 livres de tomates qui arrivent, 350 livres de tomates séchées et des kilos de basilic, d’ail et de courges, il y a beaucoup d’amour dans tout ça. Le secret est là. »

(Crédit photo principale : Olivier Langevin/Tourisme Montérégie)

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