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21 septembre 2018 - Par Pierre-Alain Belpaire

Souvent considéré comme un moyen d’accéder facilement et rapidement au succès, le modèle de la franchise en fait rêver plus d’un. Mais la longue liste des devoirs que doit remplir le franchisé et la complexité technique du contrat qu’il aura à signer au préalable méritent prudence et attention.

La franchise attire. De plus en plus. En janvier 2017, elle représentait plus de 200 000 emplois au Québec, soit une hausse de 6,6 % en trois ans. Elle a généré, l’an dernier, un chiffre d’affaires de 25,8 milliards de dollars à l’échelle de la province, contre 22,5 milliards en 2014. « Le monde de la franchise a été au cours des 36 derniers mois un moteur économique important et un créateur d’emploi soutenu, soulignait une étude commandée par le Conseil québécois de la franchise (CQF). [Il] a surperformé de façon significative comparativement à l’économie québécoise dans son ensemble. » [2]

Dans l’univers de la franchise, l’industrie de la restauration fait bien plus que de la figuration. Elle représentait plus d’un tiers (36,9 %) des quelque 12 139 points de vente répertoriés en 2016 au Québec, et les trois franchiseurs alors les mieux représentés dans la province étaient tous issus de ce secteur (Subway, Tim Hortons et McDonald’s).

Si ce modèle séduit autant, c’est que la liste des avantages et attraits est particulièrement longue. « Ça peut répondre à toutes les attentes, à tous les goûts, à toutes les bourses », résume Christian Champagne, président-directeur général du CQF. Et de citer, notamment, la possibilité de se reposer sur un réseau performant ou celle de profiter de l’expertise d’un franchiseur bien établi et de son modèle d’affaires éprouvé. « Ce qui attire surtout, c’est l’appât du gain et le sentiment que ce chemin est plus rapide, plus facile, estime pour sa part Christian Latour, enseignant en gestion de la restauration au Collège Mérici. Certains ont entendu parler de tel ou tel franchisé qui a fait fortune et rêvent de l’imiter. »

Mais attention aux idées reçues et aux fausses impressions : si tout était aussi simple, cela se saurait…

Pour rappel, une franchise n’est pas vendue, elle est octroyée !

Qui sont les franchisés ?

Aucune étude ne s’est intéressée au profil type des franchisés en restauration québécoise. « Quand je me promène dans les salons, je vois de tous les âges, de toutes les situations financières », explique Christian Champagne. « Il y a de tout… malheureusement, ironise Christian Latour. J’aurais tendance à dire que cela peut être plus délicat pour un jeune, car tu dois avoir un peu d’argent et il faut que tu te connaisses toi-même. Mais certains jeunes tirent parfaitement leur épingle du jeu. »

L’enseignant rappelle au passage que la franchise n’est pas destinée aux esprits les plus créatifs ou à ceux qui rêvent de liberté. « C’est un modèle qui ne convient pas à tout le monde, confirme Me Jean Gagnon. Des gens qui ont une grande expérience en restauration ne feront pas forcément les meilleurs franchisés. Les gens réfractaires au risque non plus. »

À quel prix ?

Le futur franchisé devra en premier lieu trouver le franchiseur idéal. Si le nombre d’établissements ou l’historique d’une bannière peuvent apparaître comme des gages de sécurité, il serait dangereux de s’arrêter à ces deux seuls critères qui ne constituent, en aucun cas, des garanties de succès.

Particulièrement variable, le prix d’une franchise ne devrait pas, lui non plus, être le principal élément de sélection. « Il faut calculer le coût total et, surtout, voir quels sont les services et avantages liés à un tel investissement, souligne le professeur Latour. Que m’offre le franchiseur pour une telle somme ? Quelle expertise ? Quel réseau ? Quelle image ? Quel modèle d’affaires ? » Si le prix initial est parfois plus élevé, le fait de se joindre à un franchiseur solide et bien établi assure généralement de belles économies à moyen et long termes, en matière notamment d’approvisionnement ou de recherche et développement.

« Plus qu’une question de produit ou d’argent, il faut se poser la question des valeurs, ajoute Christian Champagne. Avant la signature d’un contrat avec un franchiseur, assurez-vous que ses valeurs correspondent aux vôtres ! » Pour vous faire une idée, n’hésitez pas à lui demander l’autorisation de visiter certains de ses restaurants ou points de vente, vérifiez si ces établissements sont propres, bien tenus, populaires, et parlez à d’autres franchisés afin de bien saisir la relation qu’ils entretiennent avec ce franchiseur.

L’heure des devoirs

La clé de bien des réussites et la cause de nombreux échecs résident dans l’intrigant rapport entre le franchiseur et ses franchisés. « Ce n’est pas une relation employé/employeur, pas plus qu’une relation entre associés, analyse Me Jean Gagnon, qui évolue dans le milieu de la franchise depuis plus de quatre décennies. Nous sommes plutôt dans le cadre d’un partenariat stratégique. »

Pour que ce couple perdure, chacune de ses entités doit assumer certaines fonctions et différents devoirs. « Un contrat de franchise typique fait généralement une soixantaine de pages : or, tous les paragraphes traitant des obligations du franchiseur pourraient tenir sur deux pages, illustre l’avocat. Et c’est logique : normalement, le franchiseur devrait avoir fait ses devoirs bien avant la signature du contrat. » Durant toute la durée de l’entente, il devra toutefois agir de bonne foi, collaborer avec le franchisé et prendre les moyens raisonnables pour protéger son réseau face à la concurrence.

De l’autre côté de la barrière, le franchisé devra, quant à lui, payer les différentes sommes dues au franchiseur et respecter l’ensemble des normes et directives qui lui seront transmises. « Le contrat de franchise est très précis et couvre tous les aspects d’une entreprise : publicité, marketing, équipements… Si un franchisé veut en dévier, il devra obtenir une approbation écrite du franchiseur », fait remarquer Jean Gagnon. En règle générale, le franchiseur ne négociera pas de clauses individuelles et propres à l’un de ses franchisés, afin que tous les contrats soient semblables et éviter ainsi d’éventuels conflits au sein de son réseau.

En pleine ampleur

Malgré les bons résultats enregistrés au cours des dernières années, le modèle de la franchise reste moins populaire au Québec que dans le reste de l’Amérique du Nord. « La restauration québécoise est encore un monde d’indépendants », rappelle le professeur Latour (Collège Mérici). Mais les choses changent, et les chaînes et franchises prennent de plus en plus d’ampleur. « Et ce mouvement n’est pas propre aux villes de Montréal et de Québec, assure Christian Champagne (CQF). On le note aux quatre coins de la province. »

Aide bienvenue

Si, de l’avis des différents intervenants, les « nouveaux franchisés » semblent mieux informés et mieux préparés que par le passé, la complexité de l’inévitable chapitre juridique pose encore et toujours problème. « Le Web fournit évidemment de nombreux renseignements et permet d’éclaircir bien des points, mais l’objectif, c’est que ces gens deviennent franchisés, pas juristes ou avocats », mentionne Me Gagnon.

Pour se faire aider, les candidats potentiels veilleront donc à prendre conseil auprès de consultants spécialisés. « Car si certains points du contrat sont mal interprétés, si les rôles qu’aura à jouer le futur franchisé ne sont pas connus, on part sur de bien mauvaises bases », résume le patron du CQF. Et le rêve risque dès lors de se transformer en cauchemar…

Plusieurs sites Web peuvent aider les (futurs) franchisés en leur fournissant de l’information sur ce modèle ou en les mettant en contact avec divers experts. Parmi eux : www.cqf.ca
www.quebec-franchise.qc.ca
www.flagfranchise.com

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