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Nord-du-Québec

Si vivre dans la région du Nord-du-Québec apporte son lot de défis, celle-ci recèle également de nombreuses richesses, son terroir, ses étendues et ses populations, son rythme et son histoire millénaire font de ce coin de pays un lieu attachant, et tous s’entendent pour affirmer que, lorsqu’on y met le pied, on ne veut plus en repartir. Que l’on y soit né ou qu’on l’ait adopté, le Nord-du-Québec demeure le secret le mieux gardé du territoire québécois.

 
26 mars 2020 | Par Marie-Ève Garon
GUYLAINE LEBREUX

Richesse boréale

Depuis plus de 40 ans, Guylaine Lebreux travaille à la Fédération des coopératives du Nouveau-Québec (Nunavik) qui comprend plusieurs divisions, dont les secteurs hôtelier et touristique (Aventures Inuit). Si le hasard l’a conduite à endosser un rôle dans cette organisation, la gentillesse de ses membres l’a convaincue de rester. « C’est un endroit si paisible », confie la coordonnatrice des opérations hôtelières.

La Fédération est un mouvement coopératif géré exclusivement par le personnel inuit et cri, ce qui assure le maintien de l’expérience acquise dans la communauté. « Le tourisme se développe tranquillement. C’est plus accessible qu’avant, mais les membres des communautés ne veulent pas développer à un rythme effréné. » Des touristes de toutes nationalités commencent tout de même à séjourner dans les hôtels appartenant au réseau. « Cependant, 90 % de la clientèle est composée de professionnels de Montréal et d’un peu partout au Québec. »

En 40 ans, la taille des villages a explosé, tout comme la demande, sans cesse croissante, en établissements hôteliers modernes. La transition entre le passé et l’avenir s’avère d’ailleurs un point crucial aux yeux des différentes générations, pour qui les traditions n’ont pas toujours la même portée. « Les adultes ayant entre 40 et 60 ans ne sont pas nés avec la technologie et ils n’ont pas nécessairement été élevés de façon traditionnelle non plus », souligne Guylaine Lebreux, qui croit que les jeunes générations s’avèrent mieux outillées pour faire face au monde actuel. « Une de nos gérantes d’hôtel, nouvellement retraitée, est venue au monde dans un igloo. Elle a dû tout apprendre, de la gestion de l’établissement à l’utilisation du logiciel Hotello. C’est tout dire quant au chemin parcouru et à la richesse derrière chaque histoire de vie ! »

NATHANIEL PERRON

Choisir le Nord

Nathaniel Perron a décidé de revenir dans son Chibougamau natal pour endosser un rôle de chef cuisinier et s’atteler à devenir un bon entrepreneur. Celui qui a toujours aimé recevoir à sa table était en quelque sorte prédestiné à emprunter un parcours qui mettrait à l’honneur les bonnes choses de la vie.

Après des études à l’ITHQ, le jeune cuisinier passe par l’Auberge Saint-Gabriel et le restaurant O’Thym, deux enseignes montréalaises, avant de retrouver le Nord-du-Québec. Là, les astres s’alignent pour le « Chef Nath », qui peut suivre sa propre voie. Entre ses quarts de travail dans les cuisines d’une mine, il s’amuse à concocter des plats pour ses proches. « Les commentaires étaient tellement bons que j’ai décidé de mettre en oeuvre mon projet de chef à domicile. » Le bouche-à- oreille a tôt fait de propulser son entreprise, si bien que Chef Nath a désormais pignon sur rue.

Friand des trésors du terroir nordique, le sympathique cuisinier bénéficie d’un terrain de jeu hors du commun. Il affectionne tout particulièrement les produits de saison, dont les différentes variétés de champignons. « Ils poussent littéralement dans nos cours ! Comme les professeurs nous le disaient : "Retournez dans votre patelin et travaillez les produits de la place, car ça fera augmenter la valeur de la région". »

Aujourd’hui, Nathaniel Perron est le seul dans le coin à offrir une cuisine gastronomique. Les Chibougamois l’encouragent et lui expriment toute leur gratitude pour cet accès privilégié aux plaisirs de la table. Cette reconnaissance le remplit d’une immense fierté. « Si tous les jeunes qui ont un savoir-faire restent dans les grandes villes, on ne réglera jamais le problème d’exode qui est criant dans le Nord. Avec un peu de volonté, il y a de place pour faire beaucoup de choses. »

MIRIAM AUDREY LESSARD-LÉGARÉ

Un pont entre les communautés

Originaire du Grand Montréal, Miriam Audrey Lessard-Légaré sillonne les routes du Nord grâce à son métier de biologiste. La directrice de FaunENord, qui se consacre au développement durable de cette région du Québec, a apprivoisé son territoire d’adoption en allant à la rencontre des communautés qui en font toute la richesse. « Le principal défi à mon arrivée fut de trouver un endroit où loger. C’est une réalité particulière à Chibougamau. Mais la beauté de la nature et la gentillesse des habitants compensent rapidement cet inconvénient. »

La diversité culturelle présente dans cette partie de la province apporte une couleur et un dynamisme tout à fait uniques en sol québécois. « On travaille tant avec les Jamésiens qu’avec les Cris, c’est-à-dire qu’on atteint l’ensemble du territoire. Il y a une belle cohabitation entre les communautés qui se trouvent à proximité les unes des autres. » Après 20 ans, FaunENord a tissé des liens serrés avec les membres de ces communautés, dont les maîtres de trappe. « Chaque année, nous tenons avec eux des consultations qui s’avèrent indispensables puisqu’elles assurent une gestion respectueuse de leur territoire. C’est ce qui fait que nos projets fonctionnent. »

Pour la dirigeante, l’ouverture d’esprit, la créativité et la capacité d’adaptation sont de véritables atouts lorsqu’on s’établit au Nord. « Il faut être capable de s’adapter à toutes les situations, car il est rare que les choses se déroulent comme prévu. » L’insuffisance des ressources, tant humaines, matérielles que technologiques, complique souvent les opérations. La pénurie de main-d’oeuvre qualifiée qui sévit à l’échelle de la province s’avère d’autant plus poignante dans le Nord.

« Heureusement, il est plus facile de convaincre les gens de rester ici que de les y attirer ! »

JOCELYN MIRE

Ancrer son univers

Enseignant en cuisine à l’école de la réserve crie de Waswanipi, Jocelyn Mire vit au rythme du Nord depuis 14 ans. Après un tour du monde en voilier, le dynamique professeur accepte un poste dans cette contrée qui lui est inconnue. Aujourd’hui, le Montréalais d’origine croit que rien n’aurait pu égaler la valorisation que lui amène son travail et la fierté face à la réussite de ses élèves. « Le contact s’est fait naturellement. C’est un peuple qui aime rire et avec lequel je me suis tout de suite senti bien ! »

La Commission Scolaire Crie compte neuf communautés, et Waswanipi se trouve la plus au sud. « J’enseigne à des adultes de 19 à 53 ans. Ici, la théorie, ça ne fonctionne pas, alors on va tout de suite en cuisine. C’est de cette manière qu’ils apprennent. » Selon l’enseignant, certains veulent en faire un métier tandis que d’autres désirent simplement apprendre à mieux cuisiner. Quoi qu’il en soit, la pérennité des classes ne semble guère en péril. « On n’a jamais eu de problème de recrutement ! Le marketing, ce sont mes anciens étudiants qui s’en chargent », glisse-t-il candidement, en précisant tout de même ne pas être à l’abri d’une pénurie compte tenu du potentiel de clientèle qui diminue de façon organique au sein des communautés.

Depuis quelques années, ce diplômé de l’ITHQ a rencontré l’amour sous les traits d’une Nord- Québécoise, ce qui n’a fait que renforcer son attachement à cette patrie. « Le rythme de vie est tellement différent ! Je finis de travailler à 15h30 et, deux minutes plus tard, je suis revenu à la maison. On ne trouve ni cinéma ni salle de spectacles, mais nous avons la nature, et cette proximité change bien des choses. »

BRIAN URQUHART

L’appel de la patrie

Lorsqu’il a quitté l’Écosse, en 1968, Brian Urquhart ne se doutait pas qu’il passerait cinq décennies auprès des communautés du Nord québécois et canadien. « J’avais l’intention de ne rester que deux ans, mais je suis devenu accro ! J’ai travaillé dans plusieurs collectivités du Nunavik et du Nunavut. J’ai parcouru la majorité du territoire. » Aujourd’hui, le patriarche a des petits-enfants et même des arrière-petits-enfants qui assurent sa descendance sous ces latitudes nordiques.

Brian Urquhart agit à titre de coordonnateur au développement économique et touristique au sein de la corporation Nunaturlik Landholding, qui sert les intérêts de la communauté Kangiqsujuaq. Le gestionnaire reconnaît que les défis y sont nombreux. « Lorsqu’on a débuté en 2007, nous subissions la pression de consultants gouvernementaux pour commercialiser des forfaits touristiques. La plupart d’entre eux n’étaient pas conscients des réalités de la vie dans un village nordique. » Selon le gestionnaire, le développement de cette région doit aller de pair avec le rythme et l’acceptation de la communauté. « Les Inuits ont une culture et un lien avec la terre encore très forts. »

L’Écossais d’origine ajoute que les changements climatiques, qui ont considérablement raccourci l’hiver, représentent un enjeu de taille pour ces communautés. « Cela a un impact sur les pratiques traditionnelles de chasse et de pêche et, par le fait même, sur les attractions touristiques. L’évolution des conditions météorologiques fait en sorte que nous avons toujours besoin de plus qu’un plan B. » Le coordonnateur travaille en étroite collaboration avec l’école locale afin d’initier les jeunes aux avantages du tourisme. « Ils sont très fiers de leur culture et n’hésitent pas à la partager avec les visiteurs. Je crois que ces jeunes ont un bel avenir devant eux ! »

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