Liza Frulla : « L’ITHQ, le point d’orgue de ma carrière »

 
3 mars 2017 | Par Pierre-Alain Belpaire

Aux commandes de l’Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec (ITHQ) depuis juillet 2015, Liza Frulla s’est immédiatement lancée dans plusieurs chantiers pharaoniques. Objectifs : améliorer et moderniser l’image de cette école bientôt cinquantenaire et tenter d’éviter la lourde pénurie qui menace l’industrie du tourisme et celle des HRI.

HRImag : Liza Frulla, vous êtes devenue directrice générale de l’ITHQ au coeur de l’été 2015. Vingt mois plus tard, êtes-vous satisfaite de ce choix ?

Totalement. Je suis entrée à l’ITHQ comme si j’entrais dans une profession que j’avais toujours exercée. J’avais siégé durant quatre ans au conseil d’administration, j’avais été membre de divers comités, je m’impliquais fortement… Lorsque Lucille Daoust a annoncé son départ de la direction générale et m’a demandé de reprendre les rênes, j’ai bien réfléchi. Et j’ai accepté.

Et vous ne le regrettez pas ?

Pas une seconde !

En quoi cette fonction est-elle intéressante, enrichissante ?

J’avais, jadis, étudié en pédagogie. L’idée de retrouver le milieu éducatif n’était donc pas pour me déplaire. L’industrie du tourisme et de l’hôtellerie, c’est aussi un domaine qui m’est cher. C’est un peu mon milieu naturel : j’ai été élevée dans un univers de bouffe et de gastronomie à l’européenne, mon grand-père italien étant boucher.

Vous avez, dès votre prise de fonction, insisté sur l’importance des échanges internationaux. Vous avez ainsi annoncé des ententes avec l’École hôtelière de La Haye, aux Pays-Bas, et la signature d’un protocole d’entente avec les écoles de formation cubaines et les responsables du tourisme de l’île. Pourquoi ?

Il faut encourager les jeunes – et les moins jeunes aussi d’ailleurs – à être le plus mobiles possible. Pour s’améliorer, pour s’enrichir, pour s’ouvrir à d’autres horizons et d’autres cultures, il est important de parfois aller voir ce qui se fait ailleurs. C’est valable pour nos élèves, ça l’est tout autant pour nos professeurs : le chef Gilles Herzog revient des Bocuse d’Or à Lyon, un autre de nos enseignants est actuellement en Chine avec deux diplômés, …

Mais en quoi ces échanges internationaux sont-ils bénéfiques à l’ITHQ en tant qu’institution ?

La réputation, évidemment ! Ces collaborations sont autant de portes d’entrée dans les grandes écoles du globe. Et puis la volonté de s’améliorer constamment, dont je vous parlais à l’instant, elle s’applique aussi à nous, à l’Institut. Prenez notre accord avec l’École Hôtelière de La Haye, considérée comme un modèle en termes d’accueil, d’hospitality : on veut apprendre d’eux. Mais vous pouvez bien évidemment comprendre qu’eux aussi, en retour, espèrent s’améliorer grâce à nous. C’est pour cela que nous voulons développer des partenariats avec les meilleurs : l’Institut Bocuse, l’école Ferrandi…

Vous évoquiez l’image de l’ITHQ. Quelle est-elle, justement ?

Nous sommes membres de l’association Leading Hotel Schools of the World. C’est une référence internationale. Lorsque des professionnels débarquent ici, ils sont agréablement étonnés, impressionnés même, par deux aspects : tout d’abord, le fait que nous soyons l’un des rares instituts au monde à proposer, en un seul et unique endroit, un hôtel, deux restaurants, des salles de banquet, des laboratoires et des salles de cours ; ensuite, le fait que nous soyons une institution gouvernementale, ce qui est aussi un gage de qualité indéniable.

Vous avez pourtant fait part à plusieurs reprises de votre envie de sortir l’ITHQ de ce modèle…

(elle coupe) Ce que l’on veut, c’est apporter une modification à la Loi sur la fonction publique. Nous souhaitons pouvoir délivrer des baccalauréats.

Mais vous offrez déjà aujourd’hui un baccalauréat en tourisme avec l’ESG-UQAM, non ?

Effectivement. Et je salue d’ailleurs l’ESG, d’excellents partenaires. Nous allons évidemment conserver ce baccalauréat, je ne vois aucune raison de modifier la situation. Mais c’est au niveau de la gestion hôtelière internationale que nous souhaiterions offrir un baccalauréat. On a déjà le programme, mais le diplôme délivré est une certification ITHQ, pas un diplôme gouvernemental.

Où en sont les discussions et négociations avec le gouvernement ?

Elles cheminent, elles cheminent... On avance très bien et j’espère que le dossier aboutira en juin prochain. La ministre responsable (Hélène David) collabore entièrement. Elle a mis sur pied en décembre un comité composé de trois sommités en éducation, qui ont étudié le dossier, qui nous ont rendu visite, qui ont rencontré nos étudiants mais ont aussi discuté avec les responsables de l’ESG et plusieurs autres personnes. On espère qu’ils vont notamment saisir le potentiel impact qu’aurait, à l’international, l’attribution d’un tel diplôme universitaire. On attend leurs conclusions dans les prochains jours.

Vous avez également annoncé récemment la mise sur pied d’une Unité mixte de recherche (UMR) en sciences gastronomiques, en partenariat avec l’Université Laval et financée par la Société des casinos du Québec

La Société des casinos est l’un des partenaires financiers, certes, mais d’autres, issus du privé, viendront s’ajouter prochainement. Cette unité nous permettra de faire de la recherche appliquée, consacrée au secteur de la restauration au sens large. Nous allons pouvoir profiter de l’expertise de l’Université Laval en sciences des aliments. Cela fait deux ans que nous travaillons sur ce projet qui n’en est qu’à ses débuts.

Parmi tous ces dossiers et chantiers, avez-vous le temps de penser aux préparatifs du 50e anniversaire de l’ITHQ, qui sera célébré en 2018 ?

Évidemment ! J’ai mis sur pied un comité du 50e. Il sera notamment important de regrouper et mobiliser nos diplômés, qui œuvrent aujourd’hui un peu partout au Québec.

En un demi-siècle, l’ITHQ est devenue une école renommée, qui a fait ses preuves. Mais sur quels points votre école doit-elle encore travailler ? Quels sont les défis qu’elle devra relever ?

Nous devons toujours nous améliorer. Continuer à viser l’excellence. On ne peut jamais se reposer sur nos lauriers. Tenez, nous allons prochainement recevoir la délégation de formateurs cubains pour développer avec eux une véritable gastronomie cubaine. Nous allons évidemment apprendre de cette expérience. Par ailleurs, nous allons également devoir mieux cibler les besoins de notre industrie, définir les secteurs dans lesquels il faudra investir.

Que voulez-vous dire ?
Je suis inquiète car il va falloir absolument valoriser la main-d’œuvre dans notre formidable industrie. Il est impératif que l’on valorise les métiers, les professions de ce secteur et que l’on s’ajuste également aux valeurs et aux attentes des jeunes d’aujourd’hui. Il faudra faire passer ce message à l’industrie, mais aussi aux ministères, aux décideurs... Dans les 20 prochaines années, on parle d’une pénurie de 50 000 travailleurs. Il faut l’éviter. Il n’est pas trop tard pour réagir mais il est minuit moins une.

Vous avez fait carrière en politique et dans les médias. En quoi ces expériences vous aident-elles aujourd’hui ?

J’ai en fait évolué dans trois domaines : le marketing, la politique et les médias. Et ce que je fais actuellement me permet d’utiliser ce que j’ai appris lors de ces trois périodes de ma vie professionnelle. J’ai besoin du marketing pour valoriser les professions de notre industrie ; l’ITHQ est une institution gouvernementale et je me sens parfaitement à l’aise dans l’univers politique ; enfin, mon passé médiatique me permet de parler aisément avec différents publics. Quand on voit ça sous cet angle, ce poste à l’ITHQ, c’est un peu le point d’orgue de ma carrière.

(Crédit photo : ITHQ)


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