Gaspésie

26 mars 2018 - Par Pierre-Alain Belpaire

Deux d’entre eux viennent de Québec. Un autre est originaire de l’Estrie. Le quatrième est Breton. Quant au dernier, il a vu le jour en Angleterre. Ces cinq personnalités sont pourtant devenues, au fil des ans, de parfaits ambassadeurs de cette Gaspésie qui les a accueillis. Chacun d’entre eux se fait d’ailleurs une joie de vanter les décors, la qualité de vie et les gourmands plaisirs qui les ont convaincus de poser leurs bagages dans la célèbre péninsule.

LE BRASSEUR DIFFÉRENT

Il est le brasseur dont tout le monde parle, celui dont les bières poussent les amateurs à faire la file durant des heures devant un dépanneur spécialisé de Québec ou de Montréal... quand ils ne prennent pas directement leur voiture pour rallier Val-d’Espoir.

S’il est évidemment satisfait de cette soudaine popularité, Benoît Couillard s’en étonne encore. « Je suis moi-même un grand amateur de bières. Pourtant, je n’aurais jamais patienté une demi-journée pour en déguster une... », confie-t-il, sourire aux lèvres.

Originaire des Cantons-de-l’Est, le jeune homme mise avant tout sur les produits locaux, les fruits, le miel... « Je vise une approche “terroir”. Jamais vous ne me verrez faire une bière à la mangue ou aux fruits de la passion », assure le fondateur de la brasserie Auval.

Benoît Couillard affirme n’être guère inquiet face à la multiplication des brasseries artisanales dans l’Est de la province. Bien au contraire ! « Pour l’heure, chacun parvient encore à tirer son épingle du jeu. Il y a de la place pour tout le monde. Ça nous pousse à nous différencier, à nous améliorer. Ce qui me surprend le plus, c’est la réaction de la clientèle locale : elle qui était extrêmement frileuse voici 10 ans, la voilà devenue experte et curieuse, analyse le brasseur, qui précise s’accommoder parfaitement de l’éloignement. Si je visais un gros volume, ce serait problématique, oui, mais ce n’est nullement mon objectif. »

S’il ne compte pas augmenter ses volumes, Benoît Couillard entend continuer à travailler la qualité, réinjecter les bénéfices dans ses installations et améliorer l’accueil des visiteurs. « Et, surtout, continuer de m’amuser ! »

 
 

LE CHEF DOUBLEMENT AMOUREUX

Il a conservé de son Angleterre natale un accent tranchant et un humour tout british. Voilà pourtant 40 ans que le chef Desmond Ogden posait ses valises à Gaspé. La jolie conclusion d’une belle histoire d’amour. Évidemment.

Au fil des ans, l’homme apprend le français, s’adapte, s’intègre. Et finit par tomber amoureux une seconde fois, séduit par le charme fou de la Gaspésie. « La tranquillité, les paysages, les odeurs, la richesse du terroir, l’accueil qu’on vous réserve... Comment résister à tout cela ? », sourit-il.

Le couple achète, en 2004, la Maison William Wakeham, splendide bâtiment de Gaspé classé monument historique. Après s’être contentés durant les premières années d’une offre de restauration, les propriétaires décident d’aménager quelques chambres. « Mais c’est surtout le contenu de nos assiettes qui a fait notre réputation », glisse, avec fierté, le dirigeant du chapitre régional de la Société des Chefs, Cuisiniers et Pâtissiers du Québec.

Malgré ses origines européennes, le chef Ogden a rapidement fait sienne la gastronomie gaspésienne. « Vous savez, cette cuisine basée sur les recettes des mamans et grands-mamans, sur l’utilisation de poissons et fruits de mer récoltés quelques heures plus tôt, cette cuisine assez simple mais tellement chaleureuse... »

Après quatre décennies, la passion semble intacte.

 
 

LA DÉVOUÉE MENEUSE DE TROUPES

Voici plus de 20 ans, une poignée d’artisans agricoles gaspésiens décidaient d’unir leurs forces, de s’organiser, de se rassembler. Aujourd’hui, quelque 160 membres, qu’ils soient producteurs, transformateurs, commerçants, restaurateurs ou aubergistes, ont rejoint les rangs de Gaspésie Gourmande. Depuis quelques années, ces dynamiques acteurs se sont donné un défi supplémentaire : faire découvrir, tant aux touristes qu’aux locaux ou aux chefs, les trésors gastronomiques de la péninsule.

« Nous sommes devenus une marque de commerce respectée, une véritable force de frappe, se réjouit Johanne Michaud, directrice de l’organisme depuis janvier 2016. Mais on peut et on doit faire encore mieux. »

Et pour aller plus loin, Johanne Michaud déborde d’idées et de projets.
Elle entend, par exemple, développer le volet commercial, multiplier les missions de promotion, poursuivre l’édition annuelle d’un guide (distribué, tout de même, à 36 000 exemplaires !), réunir, en une seule liste exhaustive, les produits offerts par l’ensemble des membres de Gaspésie Gourmande ou, encore, lever une armée de courtiers-distributeurs en partenariat avec les voisins madelinots, prête à conquérir la province... « Il n’y a pas de secret : quand vous êtes éloignés des grands centres, si vous voulez exister, ça vous prend de la visibilité et une bonne dose de créativité », analyse-t-elle.

Originaire de Québec, la directrice a atterri en Gaspésie voici plus d’une décennie. « Je suis aujourd’hui Gaspésienne de cœur, s’émeut-elle. J’ai adopté cette région, elle m’a adoptée en retour. Ce qui me plaît le plus ? De constater au quotidien qu’ici, tout est possible ! »

 
 

LE CUEILLEUR D’ALGUES DE L’EXTRÊME

« Je ne dirais pas que c’est agréable. Tolérable, tout au plus... » Antoine Nicolas, fondateur et directeur d’Océan de Saveurs, n’est pas un pêcheur comme les autres. Ce Breton d’origine, débarqué en Gaspésie en 2011, est un cueilleur d’algues professionnel. « Et j’ai même une double particularité par rapport aux autres cueilleurs : je plonge et je le fais à l’année, précise-t-il. Dans 99 % des cas, c’est en apnée. Sur le plan physique, évidemment, c’est extrême. Très extrême. Je ne pourrai pas faire ça toute ma vie... »

Pour l’heure, cet expert en produits de la mer livre les fruits de ses escapades marines à quelque 75 établissements, principalement des restaurants haut de gamme de Montréal ou de Québec (comme Toqué !, Montréal Plaza ou Chez Boulay). « Je pêche 15 espèces différentes. Enfin, 15 noms en français... Car si on prend les noms latins, ça monte à plus de 100. Et dans tout ça, croyez-moi, vous n’en trouverez pas deux qui goûtent pareil ! », s’amuse celui qui gère aussi la transformation et la distribution.

Alors que les produits locaux et riches en protéines végétales sont en plein essor, les algues devraient rapidement jouer les premiers rôles, espère le jeune trentenaire. « Elles sont à la croisée de trois chemins : entre l’aliment, le complément alimentaire et le médicament. C’est un produit à multiples facettes, avec un énorme potentiel. »

Arrivé en Gaspésie « un peu par défaut », Antoine Nicolas sait la chance qu’il a d’évoluer dans ce décor de rêve. « Une vraie carte postale, sourit-il. Une carte qui se prolonge d’ailleurs sous l’eau ! »

 
 

L’AUBERGISTE QUATRE ÉTOILES

Perchée à plus de 600 mètres d’altitude dans un décor enchanteur, l’Auberge de montagne des Chic-Chocs ravit les amateurs de plein air depuis sa construction en 2006. Affichant un taux d’occupation de 86 % en saison hivernale et de près de 80 % l’été, le luxueux établissement a confondu les sceptiques qui s’étonnaient de voir débarquer une telle offre sous la bannière Sépaq.

« Il faut reconnaître que c’était un sacré pari de la part du gouvernement de l’époque, souligne le directeur Guy Laroche. L’objectif était audacieux : prouver que la Sépaq pouvait s’adresser à un autre public que les campeurs et les chasseurs. Aujourd’hui, on peut affirmer que cette audace a payé. On reste bien sûr différents des autres parcs et réserves du réseau, mais c’est justement là la grande force de la Sépaq : la complémentarité des sites. »

En ajustant sa tarification, en améliorant le transport des visiteurs, en offrant des séjours mieux adaptés, les équipes de l’Auberge de montagne des Chic-Chocs sont parvenues à attirer et à fidéliser une clientèle encore largement québécoise. Pour franchir d’autres caps, le directeur rêve de nouveaux sentiers et de nouvelles pistes de ski. « On travaille fort, on se perfectionne, on tient compte des commentaires. »

Sans vouloir nullement dénigrer et minimiser les efforts passés et futurs, Guy Laroche reconnaît que son Auberge bénéficie, en outre, d’un atout incroyable : son emplacement. « L’absence de pollution lumineuse, l’éloignement des centres urbains et des grands axes, la possibilité de croiser un orignal à tout moment... ça aide, souffle-t-il. C’est une nature sauvage mais accessible. Une beauté parfaite ! »

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