Richard Giguère : « 29 ans d’enseignement, ça vous marque »

20 juillet 2018 - Par Pierre-Alain Belpaire

Au cœur de l’été, alors que la plupart des écoles de la province ont fermé leurs portes et que certains établissements préparent - déjà - la future année scolaire, HRImag a tenu à rendre hommage à quelques enseignants fraîchement retraités qui auront marqué de leur empreinte l’industrie québécoise de l’hôtellerie et de la restauration.
 
 
Entré au Collège Mérici voici près de trois décennies grâce à une rencontre fortuite à l’épicerie, Richard Giguère avait « besoin de changement, d’autre chose, de projets, de voyages...­ ». Le voilà retraité, mais pas inactif. Loin de là.
 
 
HRImag : Richard Giguère, peut-on prendre quelques minutes pour discuter de votre départ à la retraite ?

Pas de problème ! Il y aura peut-être un peu de bruit derrière moi : je viens d’acheter un restaurant sur Saint-Vallier, à Québec, avec des associés. On va transformer les lieux, faire des rénovations et préparer un concept péruvien.

Pas besoin donc de vous demander si, à vos yeux, « retraite » rime avec « repos »...

Oh que non... Moi, j’ai travaillé au Collège Mérici pendant 29 ans, j’ai participé à l’ouverture du programme de gestion hôtelière et de la restauration, j’ai toujours été actif. J’ai par exemple une petite job de guide accompagnateur pour des groupes : j’y prends un réel plaisir. Je ne peux pas ne rien faire. C’est impensable. Ce que je ne veux pas, par contre, c’est un horaire 9 à 5. J’estime qu’à mon âge, j’ai droit à une certaine liberté. C’est l’une des raisons pour lesquelles je ne me lance pas seul dans ce projet de restaurant péruvien.

Est-ce la première fois que vous serez à la tête d’un restaurant ?

Ça peut paraître étonnant, mais oui ! J’ai tout de même opéré le resto-école à Mérici, j’y ai acquis une certaine expérience, j’ai travaillé dans des hôtels, mais ce ne sera évidemment pas pareil.

Comment êtes-vous devenu enseignant ?

Un peu par hasard... Je n’aurais jamais imaginé devenir professeur. J’avais étudié à Mérici et un jour, j’ai croisé un de mes anciens enseignants ... à l’épicerie. Le Collège cherchait des profs pour le programme en tourisme, il m’a conseillé de postuler. Je suis allé porter mon C.V. à M. Jean Lapointe, aujourd’hui décédé. Et un mois plus tard, la secrétaire m’appelait pour passer une entrevue pour une charge de cours. J’y suis allé. Et j’étais engagé dans l’après-midi.

Vous avez dû faire un choix entre l’enseignement et le terrain ?

Dans un certain sens, oui : j’étais gérant d’un restaurant sur la Grande-Allée. Au début, j’ai pu faire les deux, mais j’ai dû choisir lorsque le Collège Mérici a déposé un dossier pour pouvoir obtenir un programme en gestion hôtelière. Il n’y en avait pas à l’époque à Québec. En avril, on nous a donné l’autorisation de commencer les cours ... en août ! Ce fut tout un défi !

Un défi réussi ?

Entièrement ! On a eu une première cohorte de 36 étudiants, puis 60, et c’est même monté jusque 150.

Mais vous avez, comme la grande majorité des établissements québécois, ressenti la pénurie d’étudiants qui frappe depuis quelques années. Êtes-vous inquiet ou optimiste ?

Plutôt optimiste. On est une période creuse, délicate. Il y a évidemment une raison démographique, mais il faut aussi se pencher d’urgence sur la revalorisation de ces métiers, qui offrent des possibilités d’emplois exceptionnelles. Il y a de superbes histoires sur lesquelles il faudrait insister davantage. Tenez, je suis là en face du Pied Bleu : ce sont deux anciens élèves qui sont derrière ce projet, qui se sont rencontrés sur les bancs de notre école. Ne mentons pas : ce ne sont pas tous les étudiants qui deviendront directeurs de chaînes hôtelières, mais les possibilités sont immenses ! Si j’avais 18 ans, je n’hésiterais pas une seconde...

Qu’est-ce qui vous a motivé durant ces 29 années ?

La passion. Si tu ne l’as pas, dans n’importe quel domaine, tu ne peux pas durer 10, 20 ou 30 ans. Ce qui me plaisait aussi, c’était que chaque cohorte était différente de la précédente.

Comment définiriez-vous un « bon » élève ?

Pour moi, c’est celui qui s’implique, qui ose poser des questions, qui veut aller plus loin. Quand je dis « s’impliquer », ça signifie en classe et en dehors de celle-ci, lors des activités parascolaires. J’ai eu la chance d’aller quatre fois en Chine avec des étudiants et d’accueillir, en retour, des élèves de Beijing. Ce fut très stimulant pour moi, encore davantage pour les jeunes qui s’étaient impliqués dans ces projets.

Devant une classe, quel était le style « Richard Giguère » ?

J’ai toujours tout fait pour transmettre ma passion aux jeunes que j’avais en face de moi, je tenais à ce que mon amour du métier se reflète dans mon enseignement. J’ai aussi toujours misé sur la pratique, je tenais à mettre mes étudiants en action, à rendre les cours dynamiques. J’ai par exemple instauré des ateliers de discussions où on a pu débattre du partage des pourboires ou de la pénurie de main-d’oeuvre.

Est-ce que tout ça va vous manquer ?

(Gros soupir) Oui. Évidemment. 29 ans d’enseignement, ça vous marque. Mais j’étais rendu à un point dans ma vie où j’avais besoin de changement, d’autre chose, de projets, de voyages. C’était le bon moment pour quitter, à la veille de la 30e année.

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