Meilleur ami de l’homme, pire ennemi de la punaise de lit

18 novembre 2016 - Par Pierre-Alain Belpaire

Bandit, magnifique et attachante boule de poils, a six nouvelles amies depuis la semaine dernière. Le splendide berger a offert, aux étudiantes en gestion hôtelière du Cégep de Saint-Hyacinthe / ITHQ une démonstration aussi remarquable que remarquée. Son flair et son intelligence en font en effet un allié de taille dans la chasse aux punaises de lit. « C’est la première fois que je fais appel à des conférenciers et qu’on utilise un chien pour aborder ce sujet extrêmement important, confie Sylvain Drouin, professeur à l’Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec. Mais vu la réaction des élèves, je peux vous assurer que ce ne sera pas la dernière fois. »

S’il revient fréquemment dans l’actualité, le dossier des punaises de lit reste encore tabou dans l’industrie hôtelière. « Ce n’est pas le sujet le plus sexy, certes, mais il faut en parler car personne n’est à l’abri, rappelle Sylvain Drouin. Nos étudiantes connaissaient le phénomène, elles en avaient déjà entendu parler lors de cours, mais je crois qu’elles ne saisissaient pas son ampleur. C’est pourquoi quelques jours avant la conférence, je leur ai demandé de préparer le dossier en collectant les commentaires et plaintes déposées en lignes par des clients. Elles ont été surprises de constater à quel point les mots "punaises de lit" revenaient fréquemment sur le net, sur Tripadvisor notamment. Ces petites bêtes peuvent avoir un impact immense sur l’image et la réputation d’une entreprise. Il ne faut surtout pas les sous-estimer. »

Pour détecter ces minuscules envahisseurs, une majorité d’hôteliers font encore aujourd’hui confiance à l’œil humain. Pourtant, plusieurs études scientifiques ont estimé que l’efficacité d’un tel examen tournait autour des 30 %, les œufs et les larves échappant dans bien des cas à la vigilance du chasseur. Les pièges, qui fonctionnent surtout auprès des punaises adultes, sensibles aux phéromones, offrent également un rendement peu élevé.

Une troisième technique, de plus en plus utilisée, fait appel au meilleur ami de l’homme. « Attention, ce ne sont pas tous les chiens qui ont le même talent, certaines races ont un meilleur flair que d’autres. Il faut aussi que les chiens reçoivent une bonne formation, de près de 2 000 heures, et qu’on leur impose des exercices quotidiens pour travailler leurs réflexes, pour qu’ils soient toujours au sommet de leur art et capables de détecter un œuf caché dans une suite d’hôtel », explique Luc Dethier. Avec sa sœur, maître-chien diplômée, ce biologiste, expert en lutte intégrée, a créé Elite K9, une entreprise spécialisée dans la détection canine des punaises de lit. « La détection uniquement, pas l’extermination », précise-t-il. « Ce qui signifie absence de conflit d’intérêts et indépendance totale. De plus, nos chiens sont brillants mais parfaitement incapables de mentir », sourit le scientifique.

Princesse, Lucky et Bandit sont à ce point redoutables que leur taux d’efficacité atteint les 95 %. Si un nombre croissant d’hôteliers, de particuliers ou de résidences pour personnes âgées font confiance aux sens aiguisés de ces braves bêtes, la méthode reste encore assez peu connue. « Ce qui la freine, c’est que beaucoup d’hôtels ont des contrats avec des exterminateurs, qui offrent une détection visuelle préalable, avec les lacunes qui vont de pair. Les détections inefficaces par des chiens peu formés ont également donné de cette méthode une mauvaise image, nous faisant passer pour des amateurs, des improvisateurs, se souvient Luc Dethier. Mais les choses changent petit à petit, les sociétés de détection canine sont désormais bien plus professionnelles. » La méfiance grandissante des consommateurs, inquiets de la présence de punaises de lit, aide également au développement de cette technique. « En exhibant le certificat que nous leur remettons et en expliquant nos méthodes et les résultats incroyables obtenus par nos chiens, les établissements peuvent prouver aux clients qu’ils agissent, qu’ils se soucient de cette problématique. »

Malgré tous les efforts déployés, le risque zéro n’existe pas : personne n’est à l’abri d’une invasion de punaises de lit. « On peut toutefois éviter la propagation en agissant le plus rapidement possible lorsqu’un client ou un employé mentionne ce problème, souligne Sylvain Drouin. La meilleure arme préventive reste de former le personnel. À moins de poster à l’entrée de tous les hôtels de la province un chien qui reniflerait chaque voyageur et chaque bagage… »

(Crédit photo : Élite K9)

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