L’exigence de visas pour les touristes mexicains et tchèques fait réagir l’industrie touristique

 
17 juillet 2009

Le ministre de la Citoyenneté, de l’Immigration et du Multiculturalisme, Jason Kenney, a annoncé que les ressortissants mexicains et tchèques auront dorénavant besoin d’un visa pour entrer au Canada en raison de l’augmentation du nombre de demandes d’asile non justifiées. La décision du ministre, annoncée le 13 juillet, entrait en vigueur dès le 15 juillet dernier. De nombreux organismes du domaine touristique ont contesté cette décision qu’ils croient catastrophique pour leur industrie.

Réactions du Conseil québécois de l’industrie touristique

Le Conseil québécois de l’industrie touristique (CQIT) fustige le ministre fédéral Jason Kenney. Selon lui, cette décision, qui s’applique sans préavis, aura sans aucun doute des retombées négatives sur l’industrie touristique du Québec. En effet, en plus des défis déjà présents tels que le ralentissement économique, la grippe H1N1 et les nombreux caprices de Mère nature, cette imposition immédiate d’obtenir un visa pour entrer au pays causera des torts importants au secteur touristique, croit le CQIT.

Beaucoup d’argent a été investi en promotion sur le marché mexicain depuis quelques années par les différents acteurs du tourisme. Le Mexique est d’ailleurs ainsi devenu le quatrième marché extérieur en importance, car le fait de n’avoir aucun visa à exiger était un avantage concurrentiel par rapport à nos voisins du sud, les États-Unis.

« On imagine bien que l’augmentation substantielle des demandes d’asile frauduleuses de la part de citoyens mexicains et tchèques n’est pas un problème nouveau pour le ministère de la Citoyenneté et de l’Immigration ! Pourquoi alors le gouvernement fédéral impose-t-il ce visa en tout début de saison touristique ? », se questionne Alain April, président du Conseil québécois de l’industrie touristique.

Les ATR associées du Québec indignés

Les ATR associées du Québec, l’organisation qui regroupe 21 associations touristiques régionales (ATR), sont du même avis.

En 2008, la région de Montréal a accueilli 90 000 touristes mexicains, ce qui représenterait des retombées économiques de l’ordre de 60 millions de dollars en dépenses, rappellent les ATR associées. Pour sa part, la région de Québec a dénombré 60 000 touristes mexicains en 2008 et, de ce nombre, 54 % ont visité la région durant les mois d’été. Dans la région des Laurentides, où le mont Tremblant constitue le principal attrait pour ce marché, celui-ci a connu une croissance de 578 % entre 2001 et 2006, ce qui a permis une augmentation de 240 % des dépenses touristiques.

Selon le président-directeur général de Tourisme Montréal, Charles Lapointe, c’est une décision regrettable et il aurait été préférable d’attendre la fin de la saison touristique. De l’avis du président du conseil de l’Office du tourisme de Québec, Dany Thibault, imposer un visa obligatoire aux touristes mexicains en pleine saison touristique, et ce, sans
préavis et sans consultation, est tout simplement inconcevable et inacceptable.

Au nom des entreprises de l’industrie touristique québécoise qu’il représente, le réseau des ATR demande au ministère visé et à son ministre, Jason Kennedey, de retarder la mise en application de la mesure en permettant que d’ici le 15 octobre les visiteurs mexicains puissent entrer au Canada. Le réseau des ATR croit que ce délai permettrait entre autres, d’analyser en profondeur les effets de cette décision sur l’industrie touristique.

La commission canadienne du tourisme fait le point

La commission canadienne du tourisme (CCT) donne un tout autre son de cloche. En effet, cette dernière indique que le bureau de la CCT au Mexique collabore avec les autorités canadiennes pour accélérer la transition et pour communiquer le nouveau processus à l’industrie et aux voyageurs.

« Le Mexique est un marché prioritaire, et nous voulons faire en sorte qu’il soit une source importante de tourisme pour le Canada vu son grand potentiel de croissance. Nous allons également rappeler aux Mexicains qu’ils sont toujours les bienvenus et nous les encouragerons à visiter le Canada et à découvrir tout ce que le pays peut leur offrir. Notre stratégie ne change pas. La CCT poursuivra ses efforts de marketing et de vente, en collaboration avec ses partenaires, afin d’augmenter les revenus et de soutenir l’économie touristique au Canada ».

L’opposition québécoise réagit aussi

Le député de Berthier et porte-parole de l’opposition officielle en matière de tourisme, de faune et de parcs, André Villeneuve, s’inquiète de la décision du gouvernement fédéral. « Tout le monde peut constater aisément que la saison estivale ne bat pas son plein. Avec la perte du Grand Prix de Montréal, une baisse appréhendée des visiteurs américains et ontariens, la crise économique mondiale, une météo qui n’aide pas, cette décision d’Ottawa est une autre tuile pour l’industrie touristique québécoise. À elle seule, elle risque de faire perdre plusieurs millions de dollars. Qu’entend faire la ministre du Tourisme, Nicole Ménard, pour sauver la saison ? À-t-elle un plan ? Si ce n’est pas le cas, il est urgent d’y voir », a conclu André Villeneuve.

Les raisons invoquées par le gouvernement canadien

Concrètement, la situation est celle-ci : les Mexicains ne pouvant faire une demande d’asile à partir du Mexique, a expliqué à la revue HRI Nicolas Fortier, porte-parole du ministère de la Citoyenneté, de l’Immigration et du Multiculturalisme. Ainsi, la majorité des demandeurs d’asile doivent se rendre au Canada pour faire leur demande. Ils y restent jusqu’à ce que le gouvernement canadien statue sur cette dernière, ce qui peut prendre des mois, sinon des années, selon le ministre Kenney. Ainsi, les demandeurs d’asile légitimes restent dans l’incertitude tout ce temps, bloqués parce que les employés du ministère doivent statuer sur quelque 90 % de demandes illégitimes.

Le gouvernement du Canada indique que depuis 2005, le nombre de demandes d’asile provenant du Mexique a presque triplé : le Mexique occupe le premier rang des pays sources de nouveaux arrivants. En 2008, plus de 9400 demandes présentées au Canada provenaient de citoyens mexicains, ce qui représente 25 % de toutes les demandes reçues. Des demandes examinées et traitées en 2008 par la Commission de l’immigration et du statut de réfugié, seulement 11 % ont été acceptées.

Depuis que l’obligation de visa a été levée pour la République tchèque en octobre 2007, près de 3000 demandes d’asile ont été présentées par des ressortissants tchèques, comparativement à moins de cinq en 2006. La République tchèque se classe maintenant au deuxième rang des principaux pays sources pour ce qui est des demandes d’asile.

« En plus des retards importants et de l’augmentation vertigineuse des coûts du système d’octroi de l’asile qu’il crée, le nombre considérable de demandes d’asile nuit à notre capacité de venir en aide aux personnes qui fuient la persécution, a déclaré le ministre Kenney. Trop souvent, les personnes qui ont réellement besoin de la protection du Canada doivent attendre patiemment, des mois, voire des années, avant l’audition de leur demande d’asile. C’est tout à fait inacceptable. Le processus de visa nous permettra d’évaluer qui vient au Canada en tant que visiteur légitime et qui peut vouloir tenter de passer par le système d’octroi de l’asile pour éviter d’être mis en attente dans le système d’immigration. »

Les conséquences à l’international

Selon le journal Le Soleil, le gouvernement tchèque a annoncé que les détenteurs de passeports diplomatiques canadiens devront eux aussi obtenir un visa avant de visiter le pays d’Europe centrale. Toujours en guise de protestation, l’ambassadeur tchèque à Ottawa a été rappelé à Prague. Il est même question que l’Europe exige un visa aux touristes canadiens. D’importantes discussions ont cours au sein de l’Union européenne concernant ce dossier, a rapporté le journal La Presse.

Pour sa part, le Mexique a décidé d’imposer des visas aux responsables gouvernementaux et aux diplomates canadiens, a annoncé la ministre mexicaine des Affaires étrangères, Patricia Espinosa, selon l’Agence France-Presse. Le Mexique a en revanche décidé de ne pas imposer de visas aux touristes canadiens qui se rendent au Mexique pour ne pas influer sur l’industrie touristique mexicaine, a précisé la ministre.

En quoi consiste la procédure pour obtenir un visa ?

Les touristes mexicains et tchèque doivent maintenant faire une demande de visa de résident temporaire et satisfaire aux exigences qui s’appliquent. Il incombe au demandeur de convaincre l’agent des visas que son séjour au Canada est temporaire, qu’il n’a pas l’intention d’y rester plus longtemps que prévu, qu’il a assez d’argent pour couvrir ses dépenses pendant son séjour au pays, qu’il est en bonne santé, qu’il n’a pas de casier judiciaire et qu’il ne constitue pas un danger pour la sécurité des Canadiens.

Mots-clés: International
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