Desjardins présente une étude sur l’évolution de l’hôtellerie au Québec

2 avril 2015

La division des Études économiques de Desjardins s’est récemment penchée sur l’évolution du secteur de l’hôtellerie au Québec depuis les 15 dernières années. Voici un résumé de leur enquête :

Des hôtels ferment leurs portes, d’autres sont convertis en résidences pour étudiants alors que se multiplient les offres d’hébergement par des particuliers. Bien que les hôteliers rivalisent d’imagination pour offrir à leur clientèle des concepts novateurs, la pression est à la hausse pour l’industrie de l’hébergement et les paramètres économiques ne lui sont pas tous favorables en 2015. Le secteur de l’hôtellerie a du pain sur la planche et n’aura d’autre choix que de travailler en équipe avec les autres partenaires de l’industrie touristique.

Une évolution contrastée depuis le début du siècle

Le nombre de chambres disponibles dans les établissements hôteliers et résidences de tourisme a plafonné à environ 77 000 unités entre 2008 et 2009 pour diminuer par la suite (voir graphique 1). En 2014, la moyenne du nombre de chambres disponibles était de 70 871.

Pourquoi une baisse de cette ampleur ?

La santé du secteur de l’hôtellerie est liée de près à l’évolution de la conjoncture économique, mais on ne peut attribuer entièrement la diminution du nombre d’unités à la récession. Il est vrai que le climat économique a été particulièrement hésitant depuis 2009, tant en Europe, qu’aux États-Unis et au Canada, ce qui a pu jouer sur la demande. Ainsi, un certain nombre d’hôtels ont fermé leurs portes et nombre d’entre eux ont désormais une nouvelle vocation (hébergement pour étudiants, résidences pour personnes âgées, logements locatifs, etc.). En parallèle, on a vu de plus en plus de particuliers ouvrir leur domicile aux voyageurs contre rémunération, sans que ces chambres n’apparaissent dans les statistiques officielles.

Du côté des chambres occupées, on constate que leur nombre a culminé une première fois en 2008 pour ensuite chuter de façon importante et remonter graduellement (voir graphique 2). Ainsi, le taux d’occupation moyen a évolué en dents de scie depuis 2000 (voir graphique 3) pour atteindre 56,1 % en 2014. Ce résultat est également attribuable au nombre d’unités qui est en diminution dans le réseau officiel de l’hébergement.

Le prix des chambres, pas toujours à la hausse…

Même si les prix quotidiens moyens ont tendance à augmenter, ils peuvent tout aussi bien diminuer (voir graphique 4). C’est ce qui a été observé en 2009 alors que le prix quotidien moyen est passé à 115,80 $ par chambre au lieu de 121,40 $ pour 2008. À noter, le prix de 2009 était aussi inférieur à celui de 2007. Bien sûr, le prix moyen varie d’une région à l’autre. La baisse de 2009 s’est particulièrement fait sentir dans la région métropolitaine de Montréal (-17,1 %) et dans la région métropolitaine de Québec (-18,5 %).

D’un abri pour la nuit à une expérience inoubliable

Fini l’époque où l’hébergement consistait simplement à offrir un abri pour la nuit. Plusieurs hôtels et gîtes axent maintenant leurs efforts sur le « bien-être ». Pour certains, celui-ci se définit par la qualité du sommeil (qui passe par une foule de détails tels que le confort de la literie, l’insonorisation ou la qualité de l’air), d’autres tentent de faciliter la vie de leurs hôtes en leur permettant de préserver leurs habitudes quotidiennes, notamment face à l’entraînement. Les idées ne manquent pas pour s’assurer de répondre aux attentes et dans un marché où la concurrence s’intensifie, il n’y a pas de place pour l’immobilisme. Il en va de la vitalité, voire de la survie des établissements eux-mêmes.

Les technologies de l’information changent la donne

De toute évidence, l’accueil, la vente et le marketing de l’industrie sont passés au 21e siècle. Ainsi, les établissements doivent s’afficher sur le Web. Afin de multiplier leur visibilité, les hôteliers ont également recours aux agences de voyages en ligne. Ces dernières présentent différents avantages, comme une diffusion internationale, un taux d’occupation supérieur, des facilités de réservation et de paiement, une disponibilité 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 et des applications mobiles.

Toutefois, tout n’est pas rose et plusieurs pratiques amènent des insatisfactions. En effet, certaines agences ont des taux de commission pouvant atteindre jusqu’à 30 % et d’autres demandent une avance de commissions sur des séjours qui n’ont pas encore été effectués. Face à ces situations, des chaînes et associations hôtelières ont décidé de mettre sur pied de nouveaux canaux de communication et de distribution. En parallèle, les établissements tentent d’augmenter leurs ventes via leurs propres sites, mais la compétition est féroce sur les moteurs de recherche où les premiers rangs sont très convoités par les agences. De même, ces dernières ont déjà fait leurs armes en ce qui a trait aux applications mobiles, ce qui n’est pas toujours le cas des hôteliers.

Le marché fantôme de la location dans des résidences privées est aussi une source de problèmes. Les plateformes numériques telles que Airbnb, FlipKey ou HomeAway sont des carrefours où l’on peut louer une chambre, un appartement ou une maison à la journée, à la semaine ou au mois, et ce, partout dans le monde. Là où le bât blesse, c’est que certains locateurs se présentent comme des exploitants immobiliers alors qu’ils se comportent comme des hôteliers. Par contre, comme ils ne paient pas les taxes, assurances et permis qui sont exigés des établissements officiels, leur pratique est considérée comme de l’« hébergement illégal ». Par ailleurs, le manque de standards dans ce type d’hébergement fait en sorte qu’il n’y a pas d’obligation à se conformer à des normes, alors que les hôteliers doivent engager des frais pour les respecter. Au Québec, un comité consultatif a été mis sur pied au début de 2014 pour travailler à des solutions puisque le phénomène dépasse largement les régions de Montréal et de Québec.

Finalement, les technologies de l’information peuvent à la fois bâtir ou détruire la réputation d’un établissement. La rapidité avec laquelle l’information circule sur Internet et la possibilité de transmettre des commentaires jusqu’aux confins de la planète laissent peu de place à l’erreur. Le secteur de l’hébergement est donc définitivement sous pression.

Quelques paramètres pour l’année 2015

Il est toujours hasardeux de faire une prévision puisque de nombreux facteurs économiques sont en cause et il est difficile de savoir quels seront ceux qui pèseront le plus. Néanmoins, le tableau 1 permet d’avoir un aperçu des éléments économiques qui pourraient jouer sur le succès de l’industrie cette année. Au chapitre des points positifs, le dollar canadien favorisera l’entrée des voyageurs étrangers et limitera les sorties des Canadiens et des Québécois hors du Canada. Les ménages américains de leur côté verront leur situation économique s’améliorer, notamment avec la création d’emplois et la diminution du taux de chômage. Par ailleurs, le coût de l’énergie sera aussi à l’avantage des voyageurs et des établissements d’hébergement qui verront diminuer leur facture au moins pour un moment. Les taux d’intérêt très bas sont également propices aux investissements, à l’heure où la concurrence est de plus en plus vive. Enfin, le Canada et le Québec demeurent des destinations sécuritaires, ce qui n’est pas un argument négligeable.


Tableau 1 – Secteur de l’hébergement au Québec

Un aperçu de l’année 2015 : les points positifs et négatifs


Du côté des points négatifs, le niveau d’endettement des ménages québécois et canadiens laisse peu de marge de manœuvre pour dépenser dans les hôtels. La diminution du nombre de congrès internationaux en 2015 par rapport à 2014 à Montréal et à Québec est un autre point à considérer. La popularité croissante des carrefours numériques tels Airbnb semble plus rapide que la riposte de l’industrie qui, néanmoins, s’organise peu à peu. Enfin, la concurrence internationale s’intensifie, ce qui requiert un effort additionnel pour attirer l’attention sur le Québec.

En conclusion

Bien que l’hébergement soit une activité économique très concrète, de plus en plus d’aspects de celle-ci se dématérialisent avec l’utilisation d’Internet. Désormais, l’hébergement s’accompagne d’une offre qui est ancrée dans un quartier, une ville ou une région, que ce soit par ses activités ou ses saveurs. La popularité croissante de l’hébergement fantôme répond à un besoin, c’est pourquoi l’un des grands défis du secteur officiel de l’hébergement est de trouver des réponses à cette demande (en coopération avec l’industrie touristique dans son ensemble) afin de garantir une expérience insurpassable à la clientèle tout en conservant la pérennité de ses activités. Ce qui représente tout un programme en perspective !

Source : © Desjardins, Études économiques

Photo : freedigitalphotos.net par Salavatore Vuono

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