Redorer l’image des résidus alimentaires pour réduire le gaspillage

 
16 janvier 2020 | Par Marie-Ève Garon

La question du gaspillage alimentaire s’avère actuellement très préoccupante. Malgré une certaine prise de conscience, tant dans l’espace citoyen que du côté des chefs et des cuisiniers, les tonnes d’aliments gaspillés au Canada se comptent toujours en millions. Même si ce fléau alimentaire concerne tout le monde, la responsabilisation est complexe et repose bien souvent sur des initiatives qu’une poignée d’organisations portent à bout de bras.

« De façon générale, la population ne fait pas encore le lien entre gaspillage alimentaire et crise climatique, à quel point justement l’agriculture et l’alimentation jouent un grand rôle dans le dérèglement du climat, mentionne Marianne Garnier, chargée du projet Sauve ta bouffe. En 2050, nous serons près de 10 milliards d’humains sur la planète. Comment arriver à nourrir tout ce monde sans une déforestation complète ? » Selon la responsable, il serait beaucoup plus efficace de réduire le gaspillage alimentaire que de toujours produire plus de nourriture puisque la quantité produite serait, à l’échelle planétaire, déjà amplement suffisante. « Il faut ultimement arriver à une meilleure distribution de ces ressources. La structure en place favorise énormément le gaspillage et c’est à ce niveau-là qu’on a beaucoup à travailler. »

Des chiffres qui en disent long

Une récente étude menée par Value Chain Management International et Second Harvest dévoile des statistiques concernant le gaspillage alimentaire, de la ferme à l’assiette, qui se révèlent pour le moins inquiétantes. D’après l’enquête, le secteur des HRI à l’échelle du pays gaspille à lui seul (et par an !) 1,44 million de tonnes, soit l’équivalent de 7,14 milliards $.

Les statistiques concernant uniquement la province de Québec s’avèrent plus difficiles à trouver, mais certaines données demeurent fort éclairantes. « La Communauté métropolitaine de Québec (CMQ) a récemment évalué que 125 000 tonnes de résidus alimentaires sont gaspillées sur son territoire chaque année. Celles-ci sont produites à toutes les étapes de la chaîne agroalimentaire : transformation, ménage, HRI… »

Marianne Garnier estime qu’un véritable travail de conscientisation a été amorcé il y a 10 ans et que plusieurs initiatives européennes inspirent les organismes québécois à aller de l’avant au niveau du développement d’outils favorisant la réduction à la source des déchets. « En 2011, l’ONU a émis un rapport qui faisait état de cette problématique. C’est dans cette perspective qu’on a vu la pertinence de mettre sur pied notamment le comité Sauve ta bouffe, né de l’organisme Les amiEs de la Terre de Québec. » Même si plusieurs activités sont mises de l’avant afin de mobiliser la population envers la question du gaspillage (fête de quartier, restaurant éphémère, partenariat avec les écoles, livres de recettes…), la chargée de projet croit qu’un travail de promotion des résidus est encore nécessaire.

Un peu d’amour envers les indésirables

Les tendances actuelles montrent un intérêt marqué de la part des consommateurs pour un mode de vie plus éthique et responsable. La partie comestible des résidus alimentaires pourrait ainsi représenter un atout sur la carte d’un restaurant dans la mesure où l’offre se voudrait alléchante, moderne et distinctive. « Prenons l’exemple du restaurant La Souche, de Stoneham, qui offre des chips de pelures de pommes de terre. Ça permet à l’équipe en cuisine de réduire considérablement cette portion de résidus et de valoriser le produit. » Cet item semble même avoir gagné la faveur des clients. La responsable mentionne que l’appellation et la façon de présenter ce type de plat représentent des points fondamentaux dans le changement des mentalités.

« Nous faisons beaucoup de sensibilisation et d’éducation auprès des mangeurs au niveau des parties comestibles inutilisées ainsi que tout ce qui concerne la question du marketing alimentaire des résidus. On essaie d’induire une demande pour ce type de produits-là. Le restaurateur a tout autant intérêt à aller dans ce sens. »

Même si elle est consciente de l’urgence d’agir, Marianne Garnier conserve son optimisme face à l’avenir. L’utilisation en Europe de l’intelligence artificielle pour la caractérisation des déchets dans le secteur de la restauration participe actuellement à lui donner de l’espoir. Une équipe européenne a développé un robot en mesure de déceler les pertes selon le type d’aliment et de calculer de façon très précise le taux de gaspillage de l’établissement. « À la fin de la semaine, le restaurateur reçoit un rapport et bénéficie du service-conseil mis à sa disposition pour envisager diverses solutions. Je suis heureuse de voir ces avancées car, disons-le, nous avons accumulé pas mal de retard en matière de gaspillage au cours des dernières décennies. »

Le 23 janvier prochain Les amiEs de la Terre de Québec lanceront le livre Sauve ta bouffe.

(Crédit photo : Facebook / Sauve ta bouffe)

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