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Nicolas Delrieu : « Mon seul travail, c’est d’accompagner et d’aider »

 
8 avril 2020 | Par Pierre-Alain Belpaire

Pour prendre le pouls de notre industrie au cœur de la tempête COVID-19, pour « humaniser » cette terrible crise, HRImag a décidé de donner la parole à diverses personnalités ayant figuré, au cours des dernières années, dans nos hors-séries.
 

Comme tout le monde, Nicolas Delrieu a vu la vague COVID-19 s’approcher, lentement mais sûrement, du Québec. Et comme tout professionnel de l’industrie des HRI, le copropriétaire du restaurant Le Speakeasy et de la crèmerie voisine Freeze Brothers s’est demandé quand elle déferlerait sur notre province, le poussant à cesser ou à repenser ses opérations. C’est finalement une nette diminution de l’achalandage qui aura fini de le convaincre de mettre la clé sous la porte. « Durant la fin de semaine des 14 et 15 mars, on avait à peine une dizaine de clients ; d’habitude, on peut accueillir près de 120 personnes. On avait compris… », se souvient-il.

Avec son associé Cédric Saint-Onge, le jeune homme d’affaires tente d’embarquer dans l’aventure « prêt-à-emporter ». Ils tiendront une semaine. « Ça ne collait tout simplement pas avec notre concept de speakeasy. On a donc choisi de fermer, purement et simplement. Ce ne fut pas une décision simple, ni pour nous ni pour les employés. »

Au cours des dernières années, Nicolas Delrieu a, à maintes reprises, déclaré son amour à l’industrie de la restauration et, surtout, à ceux qui la font vivre. En janvier 2019, il emmenait ainsi ses troupes passer quelques jours sous le soleil cubain, histoire de resserrer les liens. Face à la tempête qui touche ses établissements depuis trois semaines, l’entrepreneur le dit et le répète : sa priorité, c’est de s’assurer que la vingtaine d’employés s’en sortent indemnes. « Mon seul travail depuis qu’on a fermé, c’est de les accompagner, de les aider du mieux que je peux, assure-t-il. On leur a distribué la nourriture. On a gardé le plus longtemps possible ceux qui avaient le plus besoin d’argent. Je sais que la plupart de nos employés vivent "chèque après chèque". On leur a bien fait comprendre de nous demander s’ils avaient besoin de quelque chose, de ne surtout pas hésiter. »

Sur le groupe créé sur Messenger et qui réunit le personnel du Speakeasy, on s’échange des nouvelles, on partage des niaiseries, on discute de choses plus sérieuses. Certains gardent le moral et tentent, tant bien que mal, de profiter de ces congés inespérés ; d’autres commencent à trouver le temps bien long. « Je leur parle tous les jours, glisse Nicolas Delrieu. Je sais que ça fait un peu paternaliste, mais que voulez-vous ? Ma blonde, qui travaille dans une grande entreprise, ne comprend pas ce comportement. Moi, j’en ai besoin. Et je pense que les employés aussi. »

Concours de dessins

Depuis la fermeture, le bienveillant patron a rangé, trié, nettoyé, repeint. Il a refait le carrelage et quelques légers travaux dans les salles de bain. « En temps normal, quand on est ouvert sept jours sur sept, il aurait fallu condamner le restaurant ou interdire l’accès à certains espaces pour faire tout ça. » Et maintenant ? Nicolas Delrieu attend. « On n’a plus de stocks, on n’a plus de personnel, et on a la chance de pouvoir compter sur un propriétaire en or, très compréhensif : il n’y a donc pas vraiment d’urgence sur ce plan-là. » On sent pourtant, dans la voix du restaurateur, une réelle impatience de retrouver visiteurs et employés, de rentrer dans le feu de l’action. Et l’annonce, ce mardi, du report du Grand Prix du Canada lui laisse un goût amer. « C’est notre deuxième plus gros moment du calendrier après le Jour de l’An. Même si on rouvre rapidement, ces reports et ces annulations vont avoir un immense impact », se désole-t-il.

Pour se remettre dans le bain, Nicolas Delrieu pourrait finalement écouter ses cuisiniers qui le conjurent de songer, malgré tout, à une formule « à emporter », en l’adaptant au concept et à l’image du Speakeasy. Cette semaine, il a aussi ressenti le profond besoin de reprendre contact avec ses clients. Un message posté ce mercredi matin sur Facebook invite ainsi les enfants à envoyer leurs plus beaux dessins : en plus de se mériter une crème glacée gratuite, les 50 premiers artistes auront le plaisir de voir leurs œuvres exposées dans la crèmerie Freeze Brothers durant tout l’été. « Et j’ai commandé un gros sticker arc-en-ciel pour l’afficher dans notre vitrine, poursuit Nicolas Delrieu. On travaille aussi sur les menus d’été. Et si on n’ouvre pas durant l’été ? Eh bien, on les rangera précieusement et on préparera les menus d’hiver… »
 

Relisez ici le portrait de Nicolas Delrieu : Fulgurante ascension

Mots-clés: 06 Montréal
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