La CSN fait de la syndicalisation dans la restauration « une priorité »

22 octobre 2018 - Par Marie-Ève Garon

La syndicalisation vendredi dernier des employés d’un premier Burger King, à Granby, marque un point de départ d’une « offensive » dans l’industrie de la restauration à l’échelle du Québec. « Nous avons près de 2 000 membres du domaine de la restauration à la CSN (Confédération des syndicats nationaux), soit dans les hôtels ou les rôtisseries, par exemple. Ce n’est donc pas nouveau pour nous, explique David Bergeron-Cyr, président du Syndicat des employé-es de la restauration-CSN. Ce qui est nouveau, c’est qu’on va maintenant s’attarder à tous les types de restaurants, incluant la restauration rapide. »

David Bergeron-Cyr est clair sur la question : « l’origine d’une démarche de syndicalisation, ce sont des mauvais patrons. On peut avoir un mauvais salaire, ne pas avoir d’assurance collective, mais aimer son travail. La meilleure personne pour convaincre quelqu’un de se syndiquer, ce n’est ni moi ni la CSN, c’est un mauvais patron. Ça peut se manifester par un non-respect de l’ancienneté ou l’octroi injuste des heures de travail. Ce sont des décisions arbitraires de la part d’un patron qui ne prendra pas en considération le bien de l’ensemble de ses employés. Ces injustices créent beaucoup de frustrations. »

Afin de pouvoir entamer les procédures d’accréditation, une équipe n’a pas besoin d’obtenir un consensus puisque les normes du travail l’autorisent à partir de 50 % + 1. « Les employés vont signer une carte de membre et doivent remettre un montant symbolique de 2 $, poursuit le président. C’est une ancienne façon de faire qui est restée dans le code du travail. Selon la loi, l’employeur n’a pas à s’ingérer dans la décision des salariés à vouloir se syndiquer. La réalité est autre chose, c’est certain ! Il faut comprendre que lorsqu’est signée une convention collective, en plus de devoir appliquer les normes du travail, les employeurs devront tenir compte de la convention (horaires de travail, ancienneté, salaire). Plusieurs patrons y sont peu enclins, à cause de la diminution de leur droit de gérance. »

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, les processus de négociation ne sont pas forcément tumultueux du début à la fin. Le président du Syndicat précise que « dans le secteur privé, la première négociation est toujours extrêmement difficile puisque les employeurs peuvent se sentir trahis par leurs employés. Beaucoup d’entre eux vont tenter d’empêcher leurs employés de se syndicaliser. C’est une erreur pour deux choses : c’est contraire à la Charte des droits et libertés, puis ça part très mal la relation. Par contre, une fois que le syndicat est passé et que la première convention est signée, ça va très bien par la suite. En général, 90 % des négociations se règlent sans moyen de pression et sans conflits de travail. »

Les avantages d’une syndicalisation

Selon David Bergeron-Cyr, les avantages sont nombreux et ils ne concernent pas uniquement les employés. « Se syndicaliser va empêcher les décisions arbitraires du patron. L’employé a une garantie que ses droits vont être défendus par une organisation si les conditions de travail n’étaient pas respectées. On va remarquer aussi une meilleure organisation du travail au sein de l’entreprise. On a eu des exemples où c’était le chaos, non seulement dans la gestion des ressources humaines mais aussi au niveau des opérations. D’avoir un cadre tel que la convention collective vient définir un certain nombre de choses et aide à structurer l’organisation du travail. Statistiquement, c’est prouvé qu’à moyen terme les travailleurs syndiqués font plus d’argent que les non-syndiqués, particulièrement en ce qui concerne les femmes. »

Le président du Syndicat demeure prudent en ce qui concerne la rareté de main-d’œuvre qui, selon lui, a le dos large par les temps qui court. « Il y a beaucoup de problèmes qui sont davantage liés à la rétention qu’à la rareté de la main-d’œuvre à cause de la mauvaise gestion en matière de ressources humaines ou de l’organisation de beaucoup de patrons. Il y a aussi la mauvaise qualité des conditions de travail. Tout ça crée beaucoup de frustrations et selon moi, ce n’est pas imputable au phénomène de rareté. »

Pour la CSN, la syndicalisation sera désormais une « priorité » pour toutes les régions du Québec. « Notre premier mandat est actuellement de syndiquer ceux qui ne le sont pas (en évitant le maraudage) et ceux ayant les conditions de travail les plus précaires. Ce sont eux qui ont le plus besoin de nous. Et ces deux conditions, nous les retrouvons dans la restauration. »

(Photo de David Bergeron-Cyr prise vendredi dernier. Crédit photo : Jocelyne Riendeau)

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