Dany Thibault (AHQ) : « Nos hôteliers sont résignés »

 
28 août 2020 | Par Pierre-Alain Belpaire

« Il va falloir que je pèse mes mots… », prévient, sourire en coin, Dany Thibault, président du conseil d’administration de l’Association Hôtellerie Québec (AHQ), invité à commenter la situation dans laquelle se trouve son industrie et les gestes que les autorités devront poser pour venir en aide à son secteur.

« Le danger, c’est que l’été fut relativement intéressant dans certaines régions, qui ont reçu beaucoup de visiteurs : Charlevoix, la Gaspésie, les Laurentides… Mais ce serait oublier que le cœur du Québec, sur le plan de l’économie touristique, ça reste Montréal et Québec qui, elles, tirent encore de la patte », nuance le dirigeant. Et de rappeler que, dans les grands centres urbains, les hôteliers ont enregistré des pertes durant une période qui, normalement, aurait dû les voir faire des réserves de liquidités pour affronter le reste de l’année. « Je crains donc que nombre d’entre eux ne puissent surmonter l’automne 2020 et l’hiver 2021, soupire-t-il. Ils n’auront plus d’argent dans leurs poches. »

Insuffisante et mal adaptée

Ce cri de détresse, Ottawa et Québec l’ont entendu. Mais les aides, promesses et réponses qu’ils ont apportées sont bien insuffisantes, juge Dany Thibault. S’il salue ainsi la subvention salariale d’urgence mise en place par le gouvernement Trudeau (« Sans doute la mesure la plus efficace à date »), il regrette qu’elle vienne bientôt à terme. « On est en train de la perdre, note-t-il. Après le 29 novembre, c’est fini ! » L’AHQ, comme d’autres associations provinciales, souhaite donc que cette mesure soit prolongée et étalée sur un « tour de calendrier complet », soit du 1er avril 2020 au 31 mars 2021.

De son côté, le gouvernement Legault a versé aux hôteliers et aux propriétaires de gîtes une subvention équivalant à la taxe sur l’hébergement perçue durant le premier trimestre de l’année 2020, pour un montant total de 13,8 millions $. « C’est excellent, oui, mais bien trop peu », analyse le président. Quant aux autres aides, elles sont venues sous forme de prêts, une formule qui ne convient guère aux hôteliers, poursuit Dany Thibault.

L’homme, qui compte plus de 35 années d’expérience, se remémore les décennies difficiles, durant lesquelles les banques faisaient la sourde oreille aux entrepreneurs du milieu hôtelier. Mais depuis peu, grâce notamment à l’affluence touristique record enregistrée sous nos latitudes, les banquiers avaient enfin daigné s’intéresser aux projets et prêter d’importantes sommes à ces mêmes entrepreneurs qui avaient ainsi pu adapter et moderniser leurs installations. « Et là, le gouvernement nous dit quoi ? "Continuez à vous endetter !", résume le responsable. Mon but n’est pas de taper sur les politiciens, mais nous, ce qu’on veut, c’est une industrie solide ; là, on l’affaiblit. »

L’hôtellerie québécoise est pourtant un incroyable « générateur de richesses », qui a engendré, l’an dernier, 2,3 milliards de dollars en nuitées tandis que ses acteurs versaient quelque 330 millions de taxes aux différents paliers de gouvernements. « Alors, 13,8 millions par rapport à tout ça… », lâche, dans un souffle, Dany Thibault.

Derniers à se relever

Prêts à se battre, à s’accommoder, à se réinventer, mais bien conscients qu’ils dépendront « pour un bon bout de temps » d’une aide extérieure, les hôteliers québécois sont « résignés », glisse le dirigeant du C.A. « Ils savent que passer à travers la tempête sans aide directe en termes de liquidités, ce sera très difficile. »

Déçues, les troupes de l’AHQ le sont aussi. Mais elles n’entendent toutefois pas baisser les bras. Bien au contraire. Alors que la rentrée parlementaire approche à grands pas, elles poursuivront leurs combats. L’organisation souhaite notamment obtenir rapidement de Québec une contribution aux coûts fixes (assurances, taxes foncières, électricité, gaz…) sous forme de subvention en fonction des pertes de revenus. Si, pour l’heure, elle ne peut chiffrer précisément les (futures) fermetures, l’AHQ ne s’en cache pas : sans une intervention rapide et concrète du provincial, sans une prolongation de la subvention salariale fédérale, les conséquences seront dramatiques dans le paysage hôtelier québécois.

« On a été parmi les premiers à mettre un genou en terre, à la mi-mars ; on sera parmi les derniers à se relever, dans le meilleur des cas en mai ou en juin 2021. Enfin, s’il y a un vaccin, si le Grand Prix de Montréal a lieu, si les frontières rouvrent, s’il n’y a pas de deuxième vague…, énumère Dany Thibault. Mais un jour, il y aura une reprise, partout, de New York à Paris. Et si ce jour-là, Montréal n’a plus d’infrastructures hôtelières pour accueillir les touristes du monde entier, ils iront ailleurs. Tout simplement. »
 

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