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Code QR : du menu virtuel aux enjeux de cybersécurité

 
29 septembre 2021
Crédit photo: Elf-Moondance / Pixabay

Lorsque Sasha Steinberg a rouvert son pub après un confinement pandémique l’an dernier, elle a effacé le tableau mural énonçant les quelque 50 cidres qu’elle offre et a cessé d’imprimer des centaines de menus, pour remplacer ces options par des carrés pixelisés en noir et blanc sur les tables. Lorsqu’ils sont scannés avec un téléphone, les codes QR (Quick Response) du Cider House génèrent un questionnaire de dépistage de COVID-19, et les clients qui ne signalent aucun symptôme peuvent ensuite cliquer sur le menu de l’établissement de l’ouest de Toronto.

« Cela a fonctionné comme dans un rêve, raconte Mme Steinberg. À certains égards, c’est une amélioration, car ça réduit les tâches associées au nettoyage constant des menus et à la mise à jour du tableau. Je ne pense pas que nous reviendrons à nos menus habituels à l’avenir. » Plusieurs autres entreprises ont pris des mesures similaires, estimant qu’il s’agissait d’une solution rentable et facile à utiliser, car la technologie QR peut créer un lien vers des sites web, des formulaires ou des applications. C’est rapide et souvent gratuit.

La technologie des codes QR, initialement développée pour l’industrie automobile, remonte aux années 1990. La technologie a fait du surplace jusqu’à ce que les mesures pandémiques créent un créneau parfait pour son utilisation. Les gens sont maintenant plus nombreux à vouloir éviter de manipuler des objets comme des menus, des stylos, des formulaires ou des appareils partagés. « J’utilisais à peine un code QR avant la pandémie et maintenant, non seulement je les utilise, mais je sais très bien les utiliser », a observé Sylvain Charlebois, directeur d’un laboratoire analytique en agroalimentaire à l’Université Dalhousie, à Halifax.

Un récent sondage qu’il a mené a révélé que trois Canadiens sur cinq ont utilisé des codes QR dans un restaurant ou une épicerie au cours du mois précédent. Cela signifie qu’environ 40 % des Canadiens n’utilisent pas les codes QR, mais M. Charlebois a souligné que ce pourcentage était beaucoup plus faible parmi les millénariaux et membres de la génération Z. Il estime en outre que l’utilisation des codes QR augmentera encore, puisque les détaillants et les entreprises alimentaires voient de plus en plus la richesse des données qu’ils peuvent fournir et leur facilité d’utilisation. « Vous ne savez jamais que vous avez réellement besoin de quelque chose jusqu’à ce que vous le voyiez ou l’utilisiez bien », a-t-il avancé.

Brèches de sécurité

Cependant, il prévient que les entreprises et les consommateurs doivent être prudents, car n’importe qui peut générer un code QR, ce qui soulève des problèmes de cybersécurité puisque certains peuvent les utiliser pour duper ou arnaquer. « Les gens scannent tout et tiennent pour acquis que les choses sont sûres, mais si les codes QR doivent être utilisés plus souvent, nous devrions commencer à réfléchir à l’authenticité », a-t-il affirmé.

La Saskatchewan a pour sa part supprimé les codes QR des dossiers de vaccination la semaine dernière, après une brèche impliquant au moins 19 codes qui affichaient les informations de santé de la mauvaise personne. Des semaines plus tôt, certains médias au Québec rapportaient que des codes QR avaient été volés sur des passeports vaccinaux appartenant à des membres de l’Assemblée nationale. De l’autre côté de la frontière, le procureur général de Floride, Ashley Moody, a prévenu que les escrocs pouvaient utiliser cette technologie pour rediriger les consommateurs vers des sites web malveillants.

« Les risques sont là, a souligné Imran Ahmad, associé chez Norton Rose Fulbright Canada et coresponsable de la pratique de la protection des données, de la confidentialité et de la cybersécurité du cabinet. Les pirates sont en constante évolution. Ils sont super sophistiqués. Ils vont trouver un moyen de vous rediriger vers un site qui peut être malveillant ou un site qui a l’air légitime, mais qui exécute de mauvaises choses en arrière-plan, peut-être à votre insu. »

Au Cider House, Mme Steinberg conserve certains menus en papier scellés dans une couverture en plastique lavable pour les invités qui n’utiliseront pas de codes QR ou qui ne sont pas des utilisateurs aguerris de téléphones intelligents. Le menu et le système de filtrage qu’elle utilise proviennent de Canatrace, qui indique sur son site web qu’il se conforme à la législation canadienne sur la protection de la vie privée, n’utilise les informations personnelles qu’en cas d’exposition à la COVID-19 et supprime les données de son système après 30 jours.

M. Ahmad recommande aux entreprises à la recherche d’un service de code QR de consulter des documents de présentation technique vérifiant les politiques de confidentialité du fournisseur, et de se renseigner auprès d’autres entreprises utilisant déjà ces produits au sujet de leur expérience.

(La Presse Canadienne)

Mots-clés: Technologie
Restauration
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