Aubergélit : « Cette auberge, je la porte dans mes veines »

9 août 2019 - Par Pierre-Alain Belpaire

Inaugurée voici un peu plus d’un an, l’auberge de jeunesse Aubergélit, posée sur les bords du fleuve à Saint-Jean-Port-Joli, s’est vu couvrir d’honneurs dès ses premiers mois d’exploitation. Après le prix de la relève Mallette, après la Bourse d’honneur du Québec remise par le ministère de l’Économie et de l’Innovation, la fondatrice et propriétaire des lieux Marie-Pier Patoine a remporté, en juin dernier, le très convoité titre national lors du 21e Gala OSEntreprendre, dans la catégorie « Service aux individus ».

« J’ai pleuré, confie-t-elle. En montant sur scène pour recevoir mon prix, je ne pouvais pas y croire. Ça récompense tellement de travail. Tellement. J’aurais voulu pouvoir remercier tout le monde, citer tous ceux qui m’ont permis d’y arriver. Ces derniers mois n’ont pas été simples, loin de là, mais j’y suis parvenue grâce à tous ceux qui ont cru en moi et en cette auberge. »

Après avoir œuvré durant huit ans dans l’univers de l’hôtellerie et de la restauration et avoir voyagé de Trois-Rivières à la Colombie-Britannique, de Québec à Paris, la jeune femme retrouve l’entreprise agricole familiale. « J’y ai touché à tout : le service à la clientèle, la gestion, les produits, ... J’ai compris que j’étais capable de faire beaucoup de choses. » Mais une dépression et des raisons personnelles la poussent à faire « certains choix de vie » et la convainquent qu’elle devra peut-être se créer sa propre job. « Ma job de rêve », précise-t-elle.

« J’ai tout vendu et j’ai atterri ici, poursuit Marie-Pier Patoine. Je voulais me reposer, j’en avais vraiment besoin. Ma sœur s’est retrouvée dans la région et travaillait à la microbrasserie du village, le Ras L’Bock. Un soir, entre quelques bières avec elle et les responsables du pub, on s’est dit qu’il manquait une auberge de jeunesse dans le coin. Et puisque personne ne s’était lancé, moi, je devais tenter ma chance. C’est comme ça qu’est née l’Aubergélit. »

Pour se donner toutes les chances de réussir, la jeune femme suit un cours en démarrage d’entreprise. Et cogne, en parallèle, à différentes portes. À sa grande (mais agréable) surprise, la majorité des habitants et commerçants de la région réagissent positivement à son projet. « Ils ont embarqué dans ma folie, s’exclame-t-elle. Certains m’ont offert des meubles, d’autres m’ont promis du sirop pour un an ou des pains à un prix incroyable. Et c’est ainsi que plusieurs partenariats se sont créés. »

Ces collaborations, Marie-Pier les met notamment à l’honneur chaque matin en proposant à ses convives des gaufres fabriquées avec la farine biologique de la Seigneurie des Aulnaies, du sirop provenant de l’érablière voisine Marc-A. Deschènes, du café torréfié au Bonté Divine ou encore du pain né dans les fourneaux de la boulangerie Sibuet. Tous des artisans et producteurs installés dans un rayon de quelques kilomètres à peine de l’auberge de jeunesse. « Je veux qu’en venant chez nous, la clientèle goûte le meilleur de notre terroir », explique la propriétaire.

Si elle a séduit les professionnels de la région et les juges de différents concours, la formule mise au point par Marie-Pier Patoine a également convaincu nombre de voyageurs. En un an à peine, le jeune établissement a compté un peu moins de 3 000 nuitées et quelque 1 800 clients au profil plutôt varié : des familles, de jeunes couples, des voyageurs, des « têtes blanches »... Des résultats plus qu’honorables que la maîtresse des lieux explique par plusieurs raisons : le spot parfait, des lieux charmants, une équipe de bénévoles « du tonnerre », des produits exceptionnels... Et lorsqu’on lui fait remarquer qu’elle n’est sans doute pas étrangère à ces jolis succès, la dame laisse passer un bref et rare silence. « Cette auberge, je la porte dans mes veines, lâche-t-elle finalement. J’y ai mis toute mon énergie, tout mon amour. Peut-être que les gens le ressentent... »

En multipliant les partenariats et en améliorant son offre, la jeune entrepreneure espère, dans les prochaines années, continuer de surprendre ses clients. Et se met à rêver de visiteurs réguliers, qui reviendraient la visiter à chaque saison et n’hésiteraient pas à passer plusieurs jours chez elle. « Pour tenir le coup, il va aussi falloir que je prenne un peu de temps pour moi et pour mon fils. Je vais devoir me décider à quitter ma salle de lavage... »

(Photo tirée de la page Facebook de l’Aubergélit. Avec l’autorisation de Marie-Pier Patoine)

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