Établissements pour aînés : « Richard Martineau ne sait pas de quoi il parle ! »

 
24 avril 2020 | Par Pierre-Alain Belpaire

Samedi dernier, dans les colonnes du Journal de Montréal, le chroniqueur Richard Martineau se fendait d’une opinion au titre on-ne-peut-plus limpide : « Devenir riche grâce aux vieux ». Se mettant dans la peau d’un propriétaire de sept établissements, l’auteur y explique à son « ami » imaginaire que, de nos jours, la meilleure manière de « s’en mettre plein les poches » consiste à ouvrir des « maisons pour vieux ». « Non seulement tu ne manqueras jamais de clients, mon chum, mais tu devras ouvrir d’autres maisons de vieux pour répondre à la demande ! Surtout qu’au Québec, les vieux, on ne les garde pas à la maison, nooooon. On les parque ! »

Rebondissant sur les (graves) dysfonctionnements observés, au cours des dernières semaines, dans certaines résidences et centres d’hébergement, Richard Martineau évoque des aînés mal alimentés (« Ça coûte plus cher nourrir des chiens »), qu’on ne divertit pas ou prou (« Tu as sûrement un beau-frère ou un cousin qui joue de l’orgue ») et qui ne reçoivent aucune visite. Et qui, surtout, ne risquent pas de se plaindre des agissements du propriétaire ou de ses équipes. « Tu peux faire ce que tu veux, personne ne va le savoir (…) D’abord, la moitié sont Alzheimer, ils ne savent même pas où ils sont. Et l’autre moitié se contente de rien. Un café filtre, un biscuit en forme de feuille d’érable, et ils sont heureux ! » Et le virulent scribe de conclure sur une référence à la commission Charbonneau, en indiquant, accusateur, qu’il suffit de corrompre quelque peu pour obtenir les permis d’exploitation. « T’as juste à envoyer des chèques au bon parti, c’est tout ! »

« Chialeux en chef »

Président des Jardins du Patrimoine d’Amos, Jean-Pier Frigon s’est étranglé en découvrant ces quelques paragraphes. Dans un langage tout aussi fleuri que celui de Richard Martineau, le responsable de cette résidence comptant 181 logements pour 210 locataires a décidé de faire entendre son « profond dégoût » et de réagir en envoyant un courrier incendiaire au chroniqueur, à ses employeurs mais aussi à diverses personnalités politiques. « Quand je pense aux efforts et à l’énergie qu’on met, depuis des semaines, pour lutter contre cette crise et que je lis ensuite un tel torchon, je ne pouvais pas me taire, s’emporte-t-il en entrevue avec HRImag. C’est d’un irrespect ! »

Entre quelques noms d’oiseaux et une envolée de sacres bien sentis, le dirigeant pointe les deux principales erreurs commises par le « chialeux en chef ». « Il est persuadé que notre but, c’est de faire du cash, alors que nous, on travaille avant tout pour nos résidents. J’ai ici une trentaine d’employés qui sont prêts à tout pour le bien-être de tous ces gens. Ça, il ne le dit pas, il ne le sait pas. Il n’a aucune espèce d’idée de notre réalité. Mais a-t-il seulement un jour mis les pieds dans une résidence ? » Rappelant que la crise actuelle est mondiale et exceptionnelle (« À part lui, qui a la science infuse, qui aurait pu prédire tout ça ? »), Jean-Pier Frigon souligne que le chroniqueur oublie que la pénurie de personnel dans les CHSLD ne date pas d’hier. « Ça fait cinq ans qu’on dénonce ça, qu’on se bat contre ça. Mais monsieur Legault n’est pas le bon Dieu : quand bien même vous les payeriez 100 pièces de l’heure, il manquerait encore de personnel. Y en a pas de monde. Celui qui n’a pas compris que ça peut avoir un impact sur le quotidien des résidences est aveugle. »

S’il s’efforce, au fil de la discussion d’adopter un ton plus positif, en mentionnant notamment, les nombreux commentaires de soutien reçus au cours des dernières semaines, Jean-Pier Frigon craint que de tels discours ne viennent « tout gâcher ». « Évidemment, tout n’est pas parfait et on devra tirer des leçons de cette crise et le système devra être amélioré, mais c*****, tout le monde fait son possible, les Trudeau et Legault font de leur mieux, les associations, les dirigeants, les employés, on est tous au maximum, et lui, Martineau, il se sert de sa tribune pour déverser son fiel sur tout le monde. Comme ça, gratuitement, sans savoir. Et le pire, c’est qu’une partie de ses lecteurs vont le croire aveuglément. »

Comme son premier courrier est resté lettre morte, le président des Jardins du Patrimoine amossois n’entend pas baisser les bras et adressera sous peu une seconde réplique. « C’est le moment de se serrer les coudes, pas de chercher un coupable ou de cracher dans la soupe. Et si tu veux vraiment critiquer, débarque avec des arguments, des chiffres, des solutions : chialer dans le vide, juste pour se faire applaudir par la galerie, ça, je ne peux pas le supporter… »
 

(Crédit photo : Kaboompics / pexels)

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