20 ans de La Cache d’Amélie : « Le secret ? Nos têtes de cochon ! »

28 octobre 2016 - Par Pierre-Alain Belpaire

Voici vingt ans, Glenn Forbes et Lynn Harvey délaissaient la Capitale nationale, pliaient bagage et mettaient le cap à l’Est. « Le bâtiment de la rue Maguire dans lequel était installé notre restaurant ne nous appartenait pas. Ça compliquait bien des choses », glisse Lynn. « Nous avons appris que le presbytère de Baie-Comeau était en vente. Et comme il n’y avait pas de restaurant de fine cuisine là, on a foncé… » Ainsi est née La Cache d’Amélie.

Si les deux tourtereaux n’étaient nullement novices dans l’univers de la restauration, il leur a fallu s’adapter et s’ajuster. « On n’est pas à Montréal ou à Québec. Ici, les commandes se font une fois par semaine, l’approvisionnement est plus compliqué, le fournisseur de vins se déplace une à deux fois par an. Il faut prévoir, planifier. Mais on s’arrange. Et surtout, on apprend. » À force de travail et de persévérance, le couple parvient à convaincre et séduire la clientèle locale. Tout en conservant sa griffe et son esprit gastronomiques. « On reste à l’affût des vagues, des tendances. On fouille, on est curieux. Ce n’est pas parce qu’on est en région qu’on n’a pas le droit d’innover ! »

Dans cette région verdoyante, prisée des amateurs de chasse et de pêche, l’accès aux produits du terroir semble pourtant poser problème. « Ça peut paraître étonnant mais c’est une énorme lacune. Et pourtant, il y a de quoi par ici, en termes de poissons ou de fruits de mer notamment, mais on n’est tellement pas nombreux dans le coin que ce n’est pas intéressant pour les vendeurs qui préfèrent aller livrer ça aux grands noms de Québec et Montréal. Les meilleurs produits nord-côtiers partent ailleurs. C’est triste mais c’est comme ça ! »

Fidélité, travail, entêtement

À la fin du siècle dernier, les perspectives économiques étaient plutôt réjouissantes sur la Côte-Nord. Mais la situation s’est nettement détériorée. « Les trois dernières années ont été particulièrement difficiles », confirme Lynn Harvey. « L’avantage d’une ville industrielle, c’est qu’elle vit à l’année et pas uniquement durant quelques mois lors des périodes touristiques. On a la chance de pouvoir compter sur une clientèle régulière. »

Outre leur travail intense, leur esprit entrepreneurial et la fidèle clientèle locale, les propriétaires de La Cache d’Amélie doivent aussi leur exceptionnelle longévité au fait qu’ils habitent l’étage situé juste au-dessus de leur établissement. « Ça et le fait que je sois en salle pendant que Glenn est en cuisine. On peut ainsi contrôler parfaitement nos affaires », précise la maîtresse de maison. « Mais le secret ultime du succès, c’est sans doute le fait que nous soyons tous les deux de vraies têtes de cochons… »

Si ces divers ingrédients lui ont permis d’atteindre le cap, exceptionnel, des 20 ans, le duo garde la tête froide. Et répète à l’envi que rien n’est jamais acquis. « C’est un équilibre tellement fragile. Dans notre milieu, la commission Charbonneau a par exemple eu des conséquences très délicates. Tout le monde se connaît, tout le monde se fréquente. Mais des dîners d’affaires, on n’en a plus. L’architecte qui venait manger avec son chum du ministère, on ne le voit plus… »

Dans quelques années, qu’ils aient trouvé ou non un repreneur (« La question de la relève en région est particulièrement inquiétante »), les restaurateurs tireront un trait définitif sur leur prolifique carrière. Mais pourraient bien décider de profiter encore un peu de l’air salin et de la merveilleuse vue que leur offre le Saint-Laurent. « On a une qualité de vie incroyable ici. On verra bien… »


(Crédit photo : Geneviève Rioux Savard Photographe / Facebook)

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