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« Un restaurant en milieu rural, c’est plus que de la nourriture »

 
22 janvier 2024 | Par Bastien Durand
Crédit photo: Le Brise-bise à Gaspé (Gaspésie)

En région, les restaurants peuvent représenter bien plus qu’un lieu où boire et manger. C’est le sujet du travail de recherche de Léo Blain-Tremblay, ancien salarié de la restauration et étudiant à la maîtrise de sciences de gestion à l’UQÀM. 

Récipiendaire du prix coup de cœur de l’industrie de l’Association québécoise de la formation en restauration, tourisme et hôtellerie (AQFORTH) en novembre dernier, il est accompagné dans ses travaux par Dominic Lapointe, professeur titulaire au département d’études urbaines et touristiques.

HRImag s’est entretenu avec eux du rôle et des responsabilités des restaurants dans le tissu social local.

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HRImag : Pourquoi avoir eu envie de travailler sur ce sujet ?

Léo Blain-Tremblay : J’ai travaillé dans la restauration pendant environ quatre ans, d’abord à 18 ans en tant qu’assistant serveur au Brise-Bise à Gaspé, puis, après des cours de cuisine à l’ITHQ [Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec], j’ai continué au même endroit en gravissant les échelons. Je commence à connaître le milieu.

L’élément déclencheur de ma réflexion sur le rôle du restaurant comme lieu de vie d’une collectivité, c’est la pandémie, plus spécifiquement le temps des fêtes en 2021 et en 2022. Les restrictions sanitaires sont tombées, mais le Brise-Bise n’a pas ouvert le 31 décembre comme espéré… Avec mes amis, on allait au bistro pour fêter le jour de l’an comme beaucoup de Gaspésiens. J’ai commencé à questionner le propriétaire pour comprendre. Son problème principal était le manque de personnel. J’y ai réfléchi par la suite : est-ce que le restaurant est responsable d’offrir à sa communauté un lieu pour fêter, pour se retrouver en toutes circonstances ?

Dominic Lapointe : Des travaux ont été publiés par rapport aux microbrasseries en région et à leurs impacts sur le tissu social et culturel. Pour les restaurants, il n’y en a pas ou très peu. Beaucoup se sont développés avec une vision très sectorielle : on offre tant de repas, tant de couverts, et en période estivale on fait plus d’argent. Mais la réflexion plus large autour de ce que peut ajouter un établissement à un milieu de vie et sur sa responsabilité sociale est très intéressante.

Dominic Lapointe et Léo Blain-Tremblay à l’UQÀM le 9 janvier. Photo : Bastien Durand

Qu’entendez-vous par « responsabilité sociale » d’un restaurant ?

Léo Blain-Tremblay : C’est la dynamique qui gravite autour du restaurant. Comment les gérants ou les propriétaires voient leur rôle dans une communauté ? Pour l’instant, d’après les quelques discussions que j’ai pu avoir, beaucoup d’entre eux ont de leur responsabilité sociale une vision philanthropique, en donnant de l’argent à l’équipe de hockey ou au club de natation du coin par exemple. Mais c’est aussi la responsabilité d’offrir un lieu de vie et de rencontre. Dans des endroits avec peu de services publics à disposition, c’est d’autant plus important.

Dominic Lapointe : En février 2022, le seul restaurant ouvert toute l’année à Natashquan (Côte-Nord) fermait ses portes. Je me souviens alors avoir lu des commentaires sur le post Facebook du restaurant qui annonçait sa fermeture. Une personne avait écrit : « Où est-ce qu’on va aller manger à la Fête des mères ? ». C’est une question que l’on ne se pose pas dans un milieu urbain. Ça peut sembler anecdotique mais ça représente bien la perte que ça amène dans ses endroits reculés. Les gens vont trouver des alternatives, ils vont s’inviter, ils vont aller chez les uns et les autres, mais ça montre qu’un restaurant, c’est plus que de la nourriture.

Quel est l’impact du tourisme en milieu rural ?

Dominic Lapointe : D’un côté, on a une offre de restauration enviable l’été, mais pour les locaux, elle reste difficile d’accès avec beaucoup de visiteurs. Certains ont d’ailleurs réservé en avance et les horaires sont adaptés aux touristes. Aux Îles-de-la-Madeleine, par exemple, où l’enjeu est présent, les restaurateurs tentent de s’organiser pendant la saison morte. Ils ont notamment mis en place une plateforme où l’on peut voir quel établissement est ouvert et quand. C’est bien pour les visiteurs mais aussi pour les locaux. Par contre, dans un village où tu as deux restaurants ouverts l’été, ça ne marche pas. L’enjeu principal est l’accès spontané pour la population locale.

Léo Blain-Tremblay : À Percé (Gaspésie), l’été, il y a une dizaine de restaurants dans un coin de rue et les tables sont bondées. Mais en hiver, il n’y a presque plus rien. Comment faire pour que l’offre puisse perdurer pour les habitants qui y vivent à l’année ?

Mots-clés: Québec (province)
Restauration

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