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Salle de jeux, coworking : les restaurants à double concept

 
15 mars 2024 | Par Agathe Boucart
Crédit photo: L'aPéro Buvette

Certains entrepreneurs ont décidé de combiner leur activité principale à celle de la restauration, dans l’objectif d’attirer plus de clients et de rentabiliser leur espace au passage. Si certains restaurants et bars à double vocation rencontrent un grand succès, leurs défis sont de taille.

« Ici c’est mon bureau de design, mais ce soir ce sera une buvette de quartier », rit Mélisande Lefebvre, copropriétaire de L’aPéro Buvette. Le bureau se situe dans les anciens locaux de Arte & Farina, dans le quartier Centre-Sud à Montréal. Chaque jeudi et vendredi soir, il se métamorphose en bar à vin. Au premier regard, le local à tous les aspects d’une buvette normale : des bouteilles de vin sont disposées autour du comptoir qui abrite une dizaine de chaises hautes. « Et pourtant, un bureau se cache dans cet espace », sourit Mélisande Lefebvre.

Elle se dirige vers le bar, ouvre un placard et attrape un casque. « Ici, c’est notre espace paperasse : il y a l’imprimante, les bouquins et les casques de chantier. » Elle pointe du doigt un meuble vitré dans un coin de la pièce : « Là c’est notre matériauthèque. À un moment, j’ai eu envie de le givrer, mais les clients me disaient qu’ils trouvaient ça cool de voir les tissus, les couleurs et les tuiles… »

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Tous les jours, les employés viennent chercher leur matériel et s’installent au bar pour travailler. La propriétaire a rejeté l’idée de travailler dans une tour ou un « loft fermé impersonnel ». Le concept est de travailler dans un endroit convivial et inspirant, où les gens viennent découvrir le vin nature après leur journée de travail.

La restauration, « une activité en soi »

Les clients sont tentés d’entrer à l’intérieur du local dans la journée, quand ils aperçoivent l’équipe de travail. La propriétaire a déjà pensé à ouvrir la buvette au public pour en faire un espace de travail partagé, mais émet un doute : « Plus il y a de gens, plus c’est dérangeant. Il faudrait que je m’interrompe pour servir les clients alors que je suis en train de travailler sur mes projets de design… »

« C’est pas simple de naviguer dans ces eaux-là, déclare Martin Vézina, vice-président aux affaires publiques et gouvernementales à l’Association Restauration Québec (ARQ). La restauration est une activité en soi, il faut savoir gérer des stocks, des ressources humaines. Ajouter une activité complémentaire demande que tout se passe déjà très bien. » Selon le vice-président, l’entrepreneur doit toujours garder en tête la vocation principale.

Située à quelques pas de L’aPéro Buvette, La Livrerie est née d’un désir de se démarquer des autres librairies en s’inscrivant dans une coopérative de travail. C’est un espace dans lequel les lecteurs peuvent dévorer un livre et un café en même temps. La propriétaire de l’établissement, Mylène Abboud, assure : « Combiner le travail avec la passion dans un même endroit, c’est l’avenir. » On pense aussi au Céramique Café ou au Café Camas, dédiés respectivement à la céramique et à l’exposition d’œuvres.

Cartes sur table

« Ici, les clients ne viennent pas seulement pour manger, ils viennent d’abord pour jouer », affirme la gérante du Randolph Pub Ludique de Québec, Nadège Biondi. Le premier pub a ouvert ses portes en 2012 dans le Quartier Latin, à Montréal ; aujourd’hui, l’enseigne compte sept succursales dans la province avec chacune jusqu’à 250 places assises.

Le service permet aux clients de passer entre trois et cinq heures à table, à jouer et grignoter. D’abord, un serveur vêtu d’un chandail noir établi le premier contact avec le client. Il s’assure qu’il connaît bien le concept et prend la commande des plats. Ensuite, l’animateur, qui porte un chandail rouge, arrive à la table et propose des jeux de société en fonction du niveau de chaque personne. La plupart des gens n’arrêtent pas de jouer lorsqu’ils mangent. « Le Randolph a mis en place une entrée à neuf dollars, pour s’assurer qu’un revenu soit assuré », indique Martin Vézina.

Ce concept de restaurant à double vocation fait face à plusieurs contraintes, admet la gérante. Certains plats, comme les tacos, sont difficilement maniables d’une seule main et risquent d’endommager les jeux. Elle relève deux autres contraintes liées à l’espace : « On est aussi moins efficace qu’un restaurant classique parce que les gens restent plus longtemps. Aussi, on peut accueillir moins de gens en même temps à cause de la place que prennent les jeux. Généralement, deux personnes prennent une table de quatre... »

Malgré cela, Martin Vézina affirme que le Randolph a su démontrer que les deux activités sont complémentaires. D’après lui, le pub ludique est un bon exemple de restaurant à double vocation qui plaît au Québec : « un endroit où les gens peuvent emprunter des jeux, se rencontrer entre amis et manger dans un espace distinct de la maison… »

Aussi, avec l’augmentation du coût des loyers, le vice-président de l’ARQ pense que certains commerçants ont raison de créer de nouveaux concepts à double vocation, qui leur permettent de « ne pas trop augmenter les prix, puisqu’on sait que le consommateur y est frileux ».

Mots-clés: Québec (province)
Restauration

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