La critique de restaurants, de la diffamation ?

27 juin 2007

Un établissement peut-il intenter des poursuites contre un journaliste qui aurait publié une mauvaise critique à son sujet ? C’est ce qui est arrivé en Australie, où la Cour suprême vient de donner gain de cause aux propriétaires du restaurant Coco Roco, qui avait fait faillite en 2003 peu après avoir essuyé une critique acerbe de Matthew Evans, un journaliste du Sydney Morning Herald. Les prix étaient exorbitants alors que ce qu’il y avait de mieux à ce restaurant, c’était la vue sur le port de Sydney, avait publié le journal. Les propriétaires, qui venaient à peine d’investir dans leur établissement près de 3 millions de dollars en rénovations, ont décidé de poursuivre le journal et son critique pour diffamation. Alors que leur poursuite avait été rejetée par un tribunal de première instance, ils se sont vus donner raison par une cour d’appel, ce qui a ensuite été confirmé par le jugement de la High Court d’Australie, le 14 juin dernier, à six juges contre un.

Un tel précédent peut-il se répéter au Québec ? Selon Sophie Perreault, experte juridique en médias et communications chez Ogilvy Renault, il existe une différence importante entre notre droit et celui pratiqué en Australie : le concept de la faute. En effet, même si un journaliste publie une mauvaise critique, cela ne signifie pas qu’il a commis une faute par devers le restaurateur ou l’hôtelier. S’il est demeuré de bonne foi, loyal et honnête, sans acharnement et dans l’intérêt du public, il n’aura pas fauté, et ce, même si sa critique est profondément subjective. Pour qu’il y ait diffamation, il faut en outre que l’établissement concerné fasse lui-même la preuve qu’il a subi des dommages et que ceux-ci ont un lien de cause à effet avec la faute commise. Par exemple, dans le cas d’un restaurant, il lui faudrait démontrer que tout allait très bien et que soudain, il a dû essuyer des pertes en lien direct avec une critique qui aurait été écrite de mauvaise foi. Tout cela est fort délicat à prouver et nécessite l’intervention d’un expert.

Au Québec, la seule affaire se rapprochant de ce cas australien a opposé le Guide Ulysse à une auberge des Cantons-de-l’Est, en 2001. La description de l’établissement, qui spécifiait que la décoration de l’auberge était « de mauvais goût » n’a pas été jugée diffamatoire, car celle-ci avait été écrite de façon loyale, en notant au passage des aspects positifs, en plus de ne pas avoir causé de dommages évidents à l’entreprise.

Enfin, il est à noter que les restaurateurs ne sont pas toujours à couteaux tirés avec les critiques, et ce, même lorsque les commentaires publiés sont peu élogieux. En effet, plusieurs d’entre eux voient simplement là une façon de cibler les produits et services à améliorer, comme le fait remarquer la revue américaine Restaurants & Institutions. De plus, selon cette dernière, la vague immense de commentaires de clients, satisfaits ou non, qui sont publiés sur Internet noie l’effet que pourrait avoir une critique écrite dans un journal. D’ailleurs, de nombreux restaurateurs se tournent désormais vers ce média afin de tâter le pouls de leur clientèle, notamment en créant des blogues.

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