L’étrange itinéraire de cette frite si populaire

13 juillet 2017 - Par Pierre-Alain Belpaire

De par le monde, plus de 10 millions de tonnes de frites sont englouties chaque année. En ce 13 juillet, Journée internationale de la Frite (eh oui !), attardons-nous quelques instants sur ce curieux, gourmand et légendaire petit morceau de pomme de terre.

Une origine disputée

Belges et Français sont persuadés que la renommée frite est née dans leurs contrées. Mais à ce jour, aucun historien n’a pu départager définitivement les deux nations. Selon les premiers, la frite aurait vu le jour au milieu du 17e siècle, dans les environs de Namur (à une soixantaine de kilomètres de Bruxelles), au cœur d’un glacial hiver. Faute de poissons à se mettre sous la dent, les habitants auraient décidé de plonger, dans une huile brûlante, quelques morceaux de patates. Leurs voisins du Sud évoquent quant à eux une création plus récente, certes, mais mieux documentée : en 1794, une cuisinière française, Madame Mérigot, explique dans un ouvrage de recettes comment « préparer en friture des patates coupées en tranches et cuites au saindoux ou au beurre », reprenant alors une mode née sur les bords de la Seine aux lendemains de la Révolution française.

Des « french » fries pas très « frenchies »…

Mais si les deux pays revendiquent cette croustillante paternité, pourquoi les frites sont-elles nommées French Fries aux quatre coins du monde et non Belgian Fries ? Certains linguistes avancent que le terme « french » ne désignerait nullement une origine géographique mais proviendrait plutôt du verbe « to french », fréquemment utilisé voici deux siècles en Irlande et signifiant « désosser » ou ... « découper en morceaux ». En immigrant aux quatre coins du globe, les Irlandais auraient emmené hors de leur île cette expression vernaculaire. D’autres chercheurs estiment que ce sont les soldats américains qui rendirent populaire cette expression à leur retour d’Europe au terme de la Première Guerre mondiale, après avoir sympathisé avec des soldats belges qui leur offrirent quelques frites. Et puisqu’aux yeux d’un Américain, rien ne ressemble plus à un Belge francophone qu’un Français… Enfin bref, vous avez compris.

Une véritable religion

Si origine et étymologie n’ont pas sans doute pas fini de faire réfléchir historiens, linguistes et autres universitaires, les cuisiniers, eux, ont saisi la patate au bond. Résultat : la frite est devenue, en quelques décennies à peine, un phénomène mondial incontournable. Sa présence dans la plupart des établissements de restauration rapide n’est bien évidemment pas étrangère à cette explosion de popularité.

S’ils ne se sont pas (encore ?) officiellement vu reconnaître la paternité de cette fameuse frite, les Belges sont, au fil des ans, devenus experts en la matière. D’Ostende à Liège, d’Anvers à Mons, plus de 5 000 friteries perpétuent la grasse mais appréciée tradition. Et si vous faites un détour par Bruges, rendez-vous au Musée de la Frite, ouvert voici dix ans et entièrement dédié à cette célèbre déclinaison de la pomme de terre. Surréaliste ? Non, belge…

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