L’économie collaborative, une opportunité pour l’hôtellerie québécoise ?

24 novembre 2016 - Par Pierre-Alain Belpaire

Le 7e Colloque Touristique, organisé par les étudiants en Techniques de tourisme du Cégep Limoilou, se penchait, ce mercredi soir, sur le phénomène, international et galopant, de l’économie collaborative et sur ses impacts potentiels sur l’industrie touristique locale.



De plus en plus populaire, l’économie collaborative (Airbnb, Uber,...) mise principalement sur l’expérience offerte à l’utilisateur, l’immersion locale, la facilité d’utilisation et la technologie mobile. « Ces joueurs dérangent car ils déstabilisent l’industrie touristique traditionnelle, qui leur reproche de bafouer les règles (fiscales, zonage…) », estime Aude Lenoir, analyste au Réseau de veille en tourisme de la Chaire de tourisme Transat ESG-UQAM. 

Pour contrer ce phénomène, plusieurs acteurs de l’hôtellerie ont décidé d’agir et de réagir. Pour s’adapter à ces nouveaux venus, certains ont ainsi décidé de s’inspirer de leurs méthodes. Les hôtels Indigo proposent par exemple à leurs visiteurs une liste de coups de cœur établie par les membres du personnel ou les voyageurs passés précédemment par l’établissement, des offres promotionnelles dans les commerces locaux,… L’hôtellerie « traditionnelle » peut aussi s’inspirer de la présentation simplifiée et de l’ergonomie des sites collaboratifs, de la place laissée aux commentaires ou du parcours d’achat facilité.

D’autres établissements ont décidé d’établir des partenariats avec ces nouveaux acteurs, d’en faire des alliés. Les hôtels InterContinental ont ainsi trouvé un terrain d’entente avec stay.com tandis que Marriott mentionne ses espaces de réunion vacants sur la plateforme liquidspace. Certains vont même plus loin et ouvrent leur portefeuille : Accorhotels, par exemple, a acquis onefinestay pour quelque 150 millions d’euros afin d’inclure, prochainement, cette offre sur leur site web. « L’hôtellerie mondiale a bien compris que l’économie collaborative était là pour durer », résume Aude Lenoir.

Et pour ceux qui refuseraient de fraterniser avec ce jeune ennemi, reste toujours la bonne vieille méthode : miser sur ses propres atouts. L’industrie touristique traditionnelle peut notamment mettre en avant la qualité du service qu’elle offre au client, répondre encore mieux à ses attentes. Voire rehausser son expérience au moyen d’attentions peu coûteuses, comme le Wi-Fi gratuit ou un panier de fruits frais. « N’oublions pas que, même si elle gagne du terrain, l’économie collaborative ne convient pas à tous les voyageurs », rappelle l’analyste, qui refuse l’idée que les hôtels québécois ont réagi trop tard à l’arrivée de ces nouveaux joueurs. « Ils sont sur la bonne voie », préfère-t-elle souligner.

« Ils vampirisent notre industrie »

Présidente de l’Association Hôtelière de la Région de Québec, Michelle Doré place les géants de l’économie collaborative dans la même catégorie que les OTA (les désormais célèbres Online Travel Agencies), la catégorie des « nuages noirs ». « Nous ne sommes pas contre l’économie de partage, nous sommes contre les illégaux d’Airbnb. Le vrai problème, c’est qu’Airbnb est trop souvent une façade pour de l’évasion fiscale », résume-t-elle. Et de rappeler le cas de ce propriétaire possédant 12 condos dans le Vieux-Québec, loués simultanément sur Airbnb. « Que ce soit clair : rendu là, on n’appelle plus ça de l’économie de partage mais de l’hôtellerie. Mais sans les taxes, sans les attestations, sans les impôts… »

À ses yeux, les conséquences de la présence du jeune géant se font déjà sentir dans les résultats enregistrés par l’hôtellerie de la Capitale nationale. Avec une autre conséquence dramatique : la dévitalisation du Vieux-Québec et du centre-ville. « Sous leurs allures charmantes et innovantes, ce sont des entreprises qui vampirisent notre industrie », prévient Michelle Doré.

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