Vincent Lafortune, l’homme-orchestre derrière Québec Exquis !

28 mars 2018 - Par Pierre-Alain Belpaire

Du 17 au 29 avril prochain, gourmets et gourmands participeront à la huitième édition du festival Québec Exquis !, « l’événement des chefs et producteurs de la Capitale nationale », comme le définit son fondateur, Vincent Lafortune. Avec une affiche inédite (25 jumelages cuisinier/producteur/photographe) et une impressionnante programmation, le festival entend une fois encore faire « rayonner la scène gastronomique de Québec ». À quelques semaines du coup d’envoi, rencontre avec un organisateur prudent et réfléchi, mais qui ne cherche nullement à cacher ses ambitieux projets futurs.
 
 
HRImag : Vincent Lafortune, vous vous apprêtez à vivre la 8e édition de Québec Exquis ! Quel regard portez-vous sur l’évolution de « votre » événement ?

Quel chemin parcouru… La particularité de Québec Exquis !, c’est que ce n’est pas un événement unique mais plutôt un festival, une multitude d’activités ayant pour thématique commune le goût et la gastronomie. L’ADN de Québec Exquis !, c’est de faire découvrir les beaux produits de la région de Québec et le talent de nos artisans et chefs. Ce jumelage entre producteurs et cuisiniers, c’est ce qui nous différencie, c’est ce qui fait notre force mais aussi notre complexité. 75 entreprises à jumeler, imaginez tout le travail qu’il y a là-derrière…

Mais le concept semble fonctionner et séduire, non ?

Entièrement ! Tenez, plus de 60 % des relations d’affaires que nous mettons sur pied perdurent après le festival. C’est une énorme satisfaction pour nous. On parle de micro-entreprises, de « petits » artisans, de producteurs parfois éloignés de Québec… Sur cette idée de jumelage, on est simplement venu créer de l’enrobage, greffer des activités.

Entre les dégustations, les ateliers, le volet artistique (cinéma et photographie), le marché…, ne craignez-vous pas de trop diversifier votre offre ?

Bien au contraire ! Année après année, ça fait boule de neige, les gens attendent ces activités. Certaines plages horaires sont déjà complètes alors que nous n’avons pas encore débuté la promotion de l’événement. En diversifiant et en étoffant la programmation, on évite aussi de créer un sentiment de frustration. C’est aussi une programmation réfléchie pour être étendue sur deux fins de semaine et pour convenir notamment aux visiteurs venant de l’extérieur de la ville.

Quel est votre public-cible ? Les foodies ? Les familles ? Les professionnels de l’industrie ?

Tous ceux qui aiment boire et manger, tout simplement. Le jeune de 22 ans qui a vu ses parents fréquenter le Saint-Amour et qui veut y emmener sa blonde, les habitués qui vont visiter 13 restaurants en 13 soirées, les clubs de l’âge d’or qui se donnent rendez-vous dans l’un des établissements… C’est assez large. Et c’est ce qu’on veut.

Les événements culinaires et gastronomiques se multiplient depuis quelques années, tant à Québec que dans le reste de la province. Est-ce une saine concurrence ou y voyez-vous une menace ?

Cela dépend de deux facteurs : la nature de votre événement et l’endroit où vous l’organisez. Il est évident qu’à cause de sa population, la saturation arrive plus rapidement à Québec qu’à Montréal. Mais il peut être intéressant de se concerter, de collaborer, de contacter les responsables des autres événements pour voir si on ne peut pas s’entraider. C’est par exemple ce que nous avons fait en nous associant avec les organisateurs des Parcours Épicuriens pour notre volet "Découvrir".

Comment établissez-vous la liste des 25 chefs et 25 producteurs ?

L’idée de base était de s’inspirer du livre d’Anne-Louise Desjardins, Québec Capitale gastronomique, et d’associer un cuisinier et un producteur. Lors de la première édition, on a pu convaincre suffisamment de professionnels pour former 15 duos. Dès la deuxième édition, on a senti que d’autres chefs étaient intéressés, notamment par la perspective de faire d’une période creuse une période d’affluence. Nous avons donc pu faire notre sélection. On tient à garder une base fixe, afin d’assurer une certaine cohésion parmi les 25 associations. Alors oui, évidemment, il y a une certaine liste d’attente…

Comment réagissent ceux que vous refusez ou qui doivent patienter ?

Je pense qu’ils comprennent. Ils savent que l’attente en vaut la peine. On ne veut pas être élitistes, mais on se doit d’être rigoureux. Cette année, on atteint le cap des 25. On va voir ce que ça donne. Si ça fonctionne parfaitement, on pourrait imaginer passer à 30. Mais l’objectif numéro 1, ce n’est pas d’atteindre les 50 ou les 100 jumelages, c’est de privilégier le produit, l’artisan et le chef.

Avez-vous, durant les sept premières éditions, été déçu par l’un de vos choix ?

Sans forcément être déçu, je dois avouer qu’il m’est arrivé de constater que l’un ou l’autre ne correspondait pas à nos attentes. On envoie des clients-mystères dans les différents restaurants afin de faire un suivi. On sait qu’en restauration, il est difficile d’être constant, d’être toujours parfait. Mais ça nous amène à faire des choix, à réviser notre sélection. Il faut aussi comprendre que durant le festival, tous les acteurs doivent agir comme s’ils faisaient partie d’un groupe. Si l’un d’entre eux prend une autre tangente ou la jouer « perso », on en tient compte, évidemment.

Quel rôle exact jouez-vous durant le festival ?

Moi, je suis un gars de terrain, j’ai grandi dans l’univers de la restauration et de l’alimentation. Il est donc clair que durant le festival, vous ne devez pas vous attendre à ce que je gère tout depuis mon bureau… Je suis plutôt un homme-orchestre : je visite les restaurants, je fais des animations, je supporte les équipes. Bref, je suis un peu partout à la fois.

Mais parvenez-vous à en profiter un minimum ?

Lors des deux dernières éditions, j’ai pu en profiter davantage. On était bien rôdés, tout allait de soi. Cette fois-ci, avec les nouveautés et la hausse du nombre de jumelages, je pense que ce sera un peu plus stressant. Mais je me réserve toujours l’un ou l’autre moment plaisant.

Lorsque vous regardez dans le rétroviseur et repensez aux sept éditions passées de Québec Exquis !, quel est le moment dont vous êtes le plus fier ?

Sans hésitation, la création de la Soirée Haute Cuisine voici cinq ans. Je souhaitais lancer la programmation de Québec Exquis ! de manière un peu originale, loin des conférences de presse classiques. Je me suis dit que le lancement pourrait servir à une fondation et permettrait ainsi d’allier philanthropie et gastronomie. Lors du dernier lancement, on a réuni 300 représentants du monde des affaires, on a levé 95 000 $ remis à la Fondation Tel-Jeunes. Au cours du festival, d’autres activités permettent également de récolter des fonds, comme le "Grand Festin", au profit de la Tablée des Chefs, ou "Cuisiner au suivant". C’est une immense fierté.
 
 
(Crédit photo : Krystel V. Morin)
 

La liste des jumelages de cette 8e édition de Québec Exquis ! :

1. Olivier Bernadet, La Traite - Cidrerie Verger Bilodeau -Photographe : Patrick Grégoire

2. François Blais, Bistro B - Fromagerie des Grondines - Photographe : Éric Massicote

3. Anne-Marie Boissonnault, La Fenouillière - Maison Orphée - Photographe : Geneviève Lagacé

4. Jean-Luc Boulay, Le Saint-Amour - Aliksir huiles essentielles - Photographe : André-Olivier Lyra

5. Mathieu Brisson, Le Clocher Penché - Du Capitaine Ferme & Vinaigrerie - Photographe : Magali Cancel

6. Maxime de La Durantaye, Table.-Hôtel PUR - Fumoir St-Antoine - Photographe : Valérie Cliche

7. François Drouin, Le Café du Monde - Le Canard Goulu - Photographe : Stéphanie Nantel

8. Patrick Dubé, Hôtel Le Bonne Entente/Monte Cristo - Élevages Turlo - Photographe : Catherine Martel

9. David Forbes, Bistro-bar tournant CIEL ! - Ferme Orléans - Photographe : Gilles Lauzon

10. Yannick Fortin, Le Graffiti - Ferme Ancestrale Germain - Photographe : Nadia Bélanger

11. Jean-François Girard, L’Échaudé - Fumoir Grizzly - Photographe : Alexandra Collin

12. Olivier Godbout, La Planque Restaurant - L’Ail de l’Île - Photographe : Marie Sébire

13. Dominic Jacques, Chez Rioux & Pettigrew - Cassis Monna & Filles - Photographe : Francis Fontaine

14. Frédéric Laplante, Légende - Les Fines herbes par Daniel - Photographe : Francis Bouchard

15. Yvan Lebrun, Initiale - Ferme d’Achille Argouseraie - Photographe : Sébastien Picard

16. Christian Lemelin, Simple Snack Sympathique - Produits d’Érable Lachance - Photographe : Pierre Pelletier

17. Marie-Chantal Lepage, Tempéra Québecor signé Marie-Chantal Lepage – Naturoney - Photographe : Benoît Levac

18. Arnaud Marchand, Chez Boulay – bistro boréal - Canneberge Nutra-Fruit - Photographe : Krystel V. Morin

19. Stéphane Modat, Fairmont Le Château Frontenac/Champlain - Laiterie Charlevoix - Photographe : Émilie Nadeau

20. Julien Ouellet, Chez Muffy/Auberge Saint-Antoine - Chèvrerie de Charlevoix - Photographe : Claude Mathieu

21. Olivier Pouliot, Le Hobbit Bistro - Les Fromages de l’isle d’Orléans - Photographe : Liana Paré

22. Stéphane Roth, Tournebroche - Maison Maurice Dufour/Famille Migneron Charlevoix - Photographe : Bernard Dagenais

23. Patrick Simon, Les Sales Gosses - Ferme l’Oiseau Bleu - Photographe : Marjorie Roy

24. Hervé Toussaint, Le Louis-Hébert - Ferme Caprivoix - Photographe : Annie Simard

25. Raphaël Vézina, Laurie Raphaël - Cidrerie et Vergers Pedneault - Photographe : Karyne Gagné




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