Veille de tempête (3/5) : « On a eu très peur de fermer définitivement »

 
15 septembre 2020 | Par Laurence-Michèle Dufour

Ils y ont mis leurs efforts, leur envie, leur énergie, leurs économies : dans les derniers instants de 2019 et les premières longueurs de 2020, plusieurs entrepreneurs se sont investis corps et âme pour ouvrir ou reprendre l’établissement de leurs rêves. Mais quelques semaines plus tard, une pandémie s’abattait sur le Québec et sur la planète entière. Comment ceux qui venaient à peine d’inaugurer leur restaurant, leur auberge ou leur hôtel ont-ils affronté cette terrible tempête ? HRImag donne la parole à cinq d’entre eux.

Épisode 3 : Karina Tétrault, Olivier Martinez et Charles Thibault, Lundis au soleil, Montréal
 

Depuis quelques années déjà, le trio composé de Karina Tétrault, Olivier Martinez et Charles Thibault rêvait de « ce » projet. Ils en peaufinaient les contours, tout en travaillant dans l’équipe de service de la populaire Buvette Chez Simone, dans le quartier Mile-End de Montréal. Les locaux visités jusque-là ne correspondaient pas à leurs attentes, jusqu’à ce qu’un jour, une amie attire leur attention sur le Concours entrepreneurial de l’espace Jarry. Mis en place par l’organisme PME MTL Centre-Est, cette initiative visait à revitaliser la promenade Jarry en sondant d’abord les habitants du quartier et en attribuant ensuite des bourses aux petites entreprises afin de les encourager à s’y installer.

« C’est drôle, j’habite le quartier depuis dix ans et on ne l’avait même pas considéré dans nos recherches, sourit Karina Tétrault. En plus de nous permettre de nous imaginer ici, notre participation au concours nous a poussés à faire un plan d’affaires et des prévisions financières plus approfondis. »

La première place glanée au concours leur vaudra une bourse de 25 000 dollars. Seule condition : que l’ouverture se tienne dans un temps déterminé. Une fois le local trouvé, une série de rénovations s’amorçaient dans cet ancien dépanneur posé au coin de la rue St-Hubert. Les propriétaires du bâtiment recevaient, eux aussi, une subvention, de la Ville cette fois, pour entreprendre les transformations nécessaires à ce changement d’usage.

Les astres semblaient enfin alignés.

Lorsque le gouvernement annonçait la fermeture des écoles le vendredi 13 mars dernier, le trio s’affairait à ajuster les derniers détails en vue de la petite fête de préouverture prévue ce soir-là.

« C’est la seule fois que le restaurant aura été rempli à pleine capacité, souffle Karina Tétrault. Dès notre première semaine d’ouverture, il a fallu fonctionner à capacité réduite. Quelques jours plus tard, on nous annonçait l’arrêt complet de toutes les activités en salle. On a eu très peur de devoir fermer définitivement. »

Les jeunes entrepreneurs, encore méconnus de leur voisinage, n’eurent d’autre choix que de « se réinventer ». Un concept un peu absurde alors qu’ils avaient à peine eu l’occasion d’exister. Avec un cellier déjà bien rempli, ils se tournèrent aussitôt vers une formule "pour emporter" afin d’assurer leur survie.

« On a eu la chance d’avoir un chef extraordinaire (Frédéric Bourgault) qui a voulu se prêter au jeu, confie la propriétaire. Sans lui, ça aurait été impossible. Il aurait pu choisir, comme beaucoup d’autres, de profiter de la PCU. Sans accès aux subventions salariales de notre côté, c’était plutôt difficile de rivaliser avec les avantages de la prestation. Surtout pour demander à un chef aussi créatif de mettre ses assiettes dans des boîtes... »

Avec l’aide de quelques amis, les trois compères créèrent même un petit marché de légumes et de produits fins qui prenait vie dans le local à quelques reprises. Les événements firent jaser et donnèrent un solide coup de pouce pour aider à se faire connaître des résidents du quartier.

Au moment où l’autorisation de rouvrir était annoncée au mois de juin, le trio préfèrait jouer de prudence. « Le take-out fonctionnait bien, on voulait attendre que ce soit bien certain, confie Karina Tétrault. Pour être honnête, investir dans une terrasse et devoir fermer à nouveau, ça nous aurait fait couler. »

C’est donc depuis le 16 juillet dernier que l’entreprise accueille « à nouveau » ses clients. Les permis de terrasses temporaires délivrés cet été par les arrondissements, plus simplement alloués et beaucoup moins contraignants, sont d’un grand secours pour les restaurateurs.

« Depuis qu’on a ouvert la salle et la terrasse, ça se passe même mieux qu’on ne l’espérait, se réjouit Karina Tétrault. Avec le mobilier extérieur directement posé sur le trottoir, on se sent comme en Europe. Ça se rapproche de ce qu’on voulait faire initialement. Mais c’est de tout le côté convivial et festif du projet, brimé par la crise sanitaire, dont on a hâte de pouvoir enfin profiter. »

(Crédit photo : Adèle Pasquin)

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