« The Catastrophic Meal » : Quel contenu dans nos assiettes en 2067 ?

3 mai 2017 - Par Pierre-Alain Belpaire

Du 24 au 27 avril, la petite localité danoise de Ringkøbing s’est offert un incroyable voyage dans le temps. Jusqu’en 2067, très précisément. À l’initiative de la Québécoise Justine de Valicourt, désormais enseignante à la Vestjyllands Højskole, plusieurs chefs et scientifiques de la gastronomie se sont réunis pour méditer sur ce que pourrait être la restauration de demain. L’intitulé de l’événement, « The Catastrophic Meal », laissait peu de place au doute : si rien n’est fait aujourd’hui, nos assiettes risquent d’être nettement différentes dans cinquante ans.

Durant l’événement scandinave, des cuisiniers venus d’Afrique du Sud, de l’Italie, du Guatemala, ..., ont été invités à bâtir un menu en tenant compte de différents phénomènes contemporains (déplacement de populations, surpêche, réchauffement climatique, déforestation…) et de leurs conséquences futures sur la scène gastronomique. Retour aux techniques de cuisson des Premières Nations, dessert préparé à base d’herbes oubliées, recette d’omelettes dans laquelle les œufs sont remplacés par des algues, …, les participants se sont ainsi vu imposer des défis aussi originaux que futuristes.

« Moi, j’ai dû imaginer un plat de haute-gastronomie mettant à l’honneur les insectes, sourit le représentant canadien, le chef Jean-Louis Thémistocle. Lorsque j’ai commencé à m’intéresser aux insectes voici 25 ans, c’était juste par curiosité. Et voilà qu’aujourd’hui, je me rends compte que j’ai tapé dans le mille. Si plusieurs ingrédients et animaux devaient disparaître durant les prochaines décennies, les insectes deviendraient en effet un aliment incontournable : ils sont faciles à élever, riches en protéines … et tellement délicieux ! »

Si certains dénoncent un scénario catastrophiste et estiment que ces théories tiennent davantage de la science-fiction, l’enseignant de l’Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec affirme que ce schéma est, au contraire, très plausible. « Il n’y a qu’à voir ce qui se passe un peu partout autour du globe, soupire-t-il. Ce n’est malheureusement pas du tout fictif. »

Mais si la catastrophe est annoncée et redoutée par un nombre grandissant d’experts, elle peut encore être évitée. Aux quatre coins de la planète se multiplient les prises de conscience et initiatives concrètes. Durant son séjour sur le Vieux-Continent, « Chef Thémis » a d’ailleurs pu constater à quel point le Québec et le Canada accusent un retard certain sur ce plan. « L’Europe mise énormément sur l’agriculture biologique et écologique, sur le respect des terres, sur l’interdiction des pesticides … Dans les restaurants danois, plus de 90 % des recettes sont préparées à base d’ingrédients locaux. De notre côté de l’océan, on en est encore aux débuts : on en parle de plus en plus, certes, mais au niveau de l’application, du passage à l’acte, ça semble plus compliqué. »

Jean-Louis Thémistocle donne encore l’exemple de l’école hôtelière d’Amsterdam. Pour qu’un projet y soit accepté, il doit respecter trois critères : santé, durable et biologique. « Si les trois conditions ne sont pas remplies, on passe à autre chose, tout simplement ! Dans nos écoles québécoises, on observe une certaine sensibilisation au tri des déchets et à la consommation responsable, et c’est tant mieux, mais la route est encore longue avant de voir l’ITHQ se doter d’un jardin écolo grand comme deux terrains de football … »

Pouding d’algues préparé durant l’événement.

(Crédit photo : Catastrophic Meal - En couverture : Affiche de l’événement)

Pour en savoir davantage sur The Catastrophic Meal :
- Sur le Web : aarhus2017.dk
- Sur Facebook : Aarhus 2017 - European Capital of Culture

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