Susie Grynol, la nouvelle voix des hôteliers canadiens

2 décembre 2016 - Par Pierre-Alain Belpaire

Après 25 ans à la tête de l’Association des Hôtels du Canada, Anthony Pollard a cédé sa place, voici quelques semaines, à Susie Grynol. « Nous sommes très heureux qu’elle se joigne à l’AHC en tant que présidente et sommes privilégiés d’avoir quelqu’un possédant de tels talents, une telle expérience et un tel éventail de connaissances au sein de notre industrie », soulignait alors Philippe Gadbois, président du conseil d’administration de l’AHC.

Originaire de Fort Frances (« Une petite ville du nord-ouest de l’Ontario, quelque part entre Winnipeg et Thunder Bay »), la jeune femme possède déjà une impressionnante carte de visite. Diplômée en histoire, en sciences politiques et en gestion des associations, elle débute sa carrière au sein de la Chambre des Communes avant d’intégrer l’Association des firmes d’ingénieurs-conseils du Canada et d’y gravir divers échelons. « J’y suis restée huit ans. J’ai commencé au poste de coordinatrice aux relations gouvernementales et j’ai fini vice-présidente. » Depuis 2013, Susie Grynol officiait au sein du Conseil canadien du commerce de détail (CCCD), à titre, une fois encore, de vice-présidente aux affaires gouvernementales. « Finances, relations internationales, ressources humaines, ... Beaucoup d’ouvrage, magnifique expérience », résume-t-elle.

Parfaitement bilingue (« Presque parfaitement ... »), la nouvelle présidente de 35 ans dresse, pour HRImag, la liste des principaux chantiers à mettre en place et des nombreux objectifs qu’elle s’est fixés.

Quel genre de présidente serez-vous ? De quelle manière comptez-vous diriger l’AHC ?

Je ne veux pas prendre des décisions seule mais avec mes collaborateurs. Je m’informe beaucoup, je pose énormément de questions, je veux parfaitement analyser et maîtriser les dossiers. Je veux connaître tous les faits avant de prendre une décision. Et pour ça, j’utilise toutes les forces de mon équipe, je veux les inclure dans la prise de décision.

Parmi les principaux dossiers que vous serez amenée à gérer, il y a évidemment l’émergence de l’économie collaborative et le « problème Airbnb ». Comment abordez-vous ce point ?

C’est sans doute notre plus grand défi, en effet. Le vrai problème, ce sont les gens qui possèdent différentes unités et qui agissent comme s’ils possédaient un hôtel mais sans payer de taxes, en ne suivant aucun règlement fédéral, provincial ou municipal, et qui n’ont même bien souvent aucune connaissance des réglementations en matière de santé ou de sécurité.

Vous ne condamnez donc pas Airbnb mais bien ses dérives ?

Effectivement. Je ne vise pas les gens qui vont décider de louer leur sous-sol et qui, eux, respectent la définition et la philosophie de l’économie de partage. Je vise ceux qui en font presque un métier : on ne peut pas accepter ni se permettre une telle compétition.

Le gouvernement fédéral prend-il le dossier au sérieux ? Que peut-il ou doit-il faire ?

Il est, à mon sens, trop tôt pour dire ce que le fédéral doit faire ou s’il traite bien ce dossier. Mais l’une de mes priorités en 2017 sera d’avoir une discussion avec les autorités fédérales. Certaines municipalités, certaines provinces ont déjà pris des décisions sur ce sujet. Il faut les étudier, s’en inspirer.

Quels seront les autres dossiers chauds qui vous attendent ?

Il y a bien évidemment les ressources humaines : notre industrie est saisonnière et peine bien souvent à trouver de la main-d’œuvre. On aurait sans doute besoin d’améliorer le Programme des Travailleurs Étrangers Temporaires pour être certain que les hôtels puissent accueillir du personnel venant de l’étranger.
Je veux aussi m’attaquer à la problématique des frais liés à l’utilisation de cartes de crédit. Les hôteliers canadiens doivent payer 1,5 % à chaque achat effectué par Visa ou MasterCard. Ce sont des frais bien trop importants. Ailleurs dans le monde, ces frais sont jusqu’à cinq fois plus bas. Il faut trouver une solution !

Dans un article paru récemment dans HRImag, on apprenait que 95 % des clients de l’hôtellerie canadienne étaient Canadiens ou Américains. Comment attirer davantage de clients internationaux ?

Il faudra tout d’abord encourager les visiteurs à venir au Canada. Pour cela, on aura besoin du support du gouvernement fédéral, de bonnes campagnes de marketing ... Lorsqu’on aura réussi à convaincre les visiteurs de venir ici, il faudra leur proposer des billets d’avion à prix raisonnables. Actuellement, ils sont bien trop élevés. Comparez avec le coût d’un billet ailleurs dans le monde : il faut absolument qu’ils baissent ! Enfin, si les gens sont convaincus et qu’ils achètent leur billet d’avion, il faut être certain que leur expérience aux douanes, à l’immigration soit "smooth", simplifiée. Elle est là, la solution pour faire venir des visiteurs internationaux dans nos hôtels. Dans ce dossier, on peut heureusement compter sur la collaboration de nombreux partenaires (Destination Canada, Association de l’Industrie Touristique, les compagnies aériennes...).

Malgré tous ces défis auxquels vous aurez à faire face, considérez-vous que l’industrie hôtelière canadienne est en bonne santé ?

Dans l’ensemble, oui. Ça va bien, voire très bien dans plusieurs provinces. D’autres, comme l’Alberta, doivent encore se remettre de la chute des prix du pétrole, mais les choses vont mieux, elles sont parvenues à se stabiliser. Notre industrie a besoin de savoir que les règlements gouvernementaux nous protègent, nous soutiennent.

Quelles seront vos premières mesures, vos premières décisions concrètes ?

Comme je vous l’indiquais, je suis vraiment en mode écoute, en mode apprentissage. Listen, learn and analyze. Je tiens aussi à rencontrer un maximum de nos membres à travers tout le pays.

Quel rôle exact joue aujourd’hui l’AHC ? Quel lien entretient-elle avec les hôteliers canadiens ?

Nous sommes leur avocat. On s’occupe des affaires gouvernementales. Quand il y a un obstacle, une barrière, nous sommes là pour élaborer un plan et l’exécuter. Nous sommes aussi le porte-parole des hôteliers, nous les représentons et les défendons dans les médias.

Mais chaque province possède déjà une association qui joue ces rôles ...

Oui, au niveau provincial. Mais nous tenons absolument à impliquer les provinces, à collaborer avec elles. C’est pourquoi chacune d’elles possède un siège dans notre conseil d’administration. Elles représentent la moitié de notre C.A. Si nous voulons que les choses s’améliorent, nous devons absolument collaborer.

(Crédit photo : Alex Sarna Photo, Ottawa Corporate & Portrait Photographer : www.alexsarnaphoto.com)

Pour suivre l’Association des Hôtels du Canada :

À lire aussi !




PROPOSEZ UNE
NOUVELLE !


© HRI 2012-2019
Tous droits réservés.

HRImag est un média francophone (site Web et magazine papier) qui offre de l'information de pointe sur l'industrie des HRI (hôtels, restaurants et institutions.