Sœur Angèle : « Je suis une passionnée. Une vraie ! »

 
24 mars 2017 | Par Pierre-Alain Belpaire

Arrivée au Québec en 1955 en provenance directe de sa Vénétie natale, Angela Rizzardo entre dans les ordres deux ans plus tard. Sœur Angèle est née. Sa passion pour la cuisine l’amène rapidement à enseigner à l’ITHQ, à publier différents livres et à intervenir dans plusieurs médias. Durant ces soixante années, son large sourire et son accent chantant auront marqué bien des Québécois et inspiré plus d’un cuisinier.

HRImag : Soeur Angèle, vous célébrez en 2017 vos 60 ans de vie professionnelle. Mais comment résumer votre profession ? Êtes-vous une religieuse, une cuisinière, une enseignante, une femme de média… ?

Tout ça à la fois ! L’un m’a amenée à l’autre qui m’a fait découvrir autre chose qui m’a renvoyée au premier et ainsi de suite... Et au final, ça forme un tout. C’est une mission globale.

Ces différents aspects auraient pu sembler inconciliables pourtant…

Quand j’ai commencé, on m’a dit « Ne nous cassez surtout pas les oreilles avec votre engagement religieux ». Mais je n’avais pas besoin de leur casser les oreilles, ça fait partie de moi, c’est mon engagement le plus fort. Et si vous réfléchissez, vous trouverez bien des liens entre la vie religieuse et la cuisine.

Lesquels ?

Les bases de la cuisine, c’est la générosité, l’envie de nourrir les gens, de partager le fruit de notre travail. La table qui réunit les convives, c’est un merveilleux symbole, non ?

Durant ces six décennies, la cuisine et la gastronomie québécoises ont-elles évolué ?

Oui, oui, oui ! À cause de l’information qui est aujourd’hui partout mais, surtout, grâce à l’arrivée de chefs et de cuisiniers venant des quatre coins du globe. J’ai remarqué cela pour la première fois lors de l’Expo 67. Un incroyable rassemblement de nationalités, de styles, de cultures ! C’est cette ouverture sur le monde qui a enrichi notre cuisine québécoise ! L’immigration nous a amené des techniques, des recettes, des produits variés et raffinés. Et ça a dopé la curiosité et la créativité de nos chefs.

Vous êtes d’origine italienne. Vous faisiez donc partie de ces ambassadeurs. Comment l’avez-vous vécu ?

Lorsqu’au début, je proposais de cuisiner des poivrons, des courgettes ou des bulbes de fenouil, il fallait voir leurs têtes ! Ça a pris du temps. Certains avaient peur du changement. Et puis peu à peu, c’est entré dans les mœurs. Il y a bien sûr eu des erreurs, comme cette fâcheuse manie de toujours trop cuire le poisson... Mais je ne leur en ai jamais voulu : respecter les aliments et les techniques des autres, ça s’apprend.

L’image et la popularité des cuisiniers et des chefs ont également fortement changé durant ces 60 ans.

Ils sont partout maintenant ! Dans le temps, j’étais la seule à l’écran ; aujourd’hui, vous allumez votre téléviseur et vous en trouvez tout plein. Et c’est tant mieux !

Êtes-vous consciente de l’influence que vous avez eue, au fil du temps, sur un nombre incalculable de chefs québécois ?

Oh, je ne me suis jamais arrêtée à ça, je n’en ai jamais fait une fixation ! Mais je dois bien vous avouer qu’après 60 ans, je suis encore impressionnée lorsqu’un jeune chef me confie que je suis un exemple à ses yeux. Ce sont ces compliments qui m’ont encouragée à poursuivre. Même si tout cet amour m’étonne toujours autant...

Que voulez-vous dire ?

Comment se fait-il que moi, une simple sœur, je passe à l’écran, je reçoive autant de marques de sympathie, je touche les jeunes et les moins jeunes, qu’un Normand Laprise me glisse que je suis une icône pour lui, que monsieur Paul Bocuse ait tenu à me rencontrer ? Pourquoi moi ? Je ne sais pas. C’est un mystère. Un grand mystère.

Quel est le point commun entre tous ces grands cuisiniers que vous avez côtoyés ?

Sans hésitation, leur simplicité et leur humilité ! Et c’est logique : un cuisinier est là pour servir. Celui qui l’oublie n’a aucune chance de grandir. L’autre marque des plus grands, c’est le respect et l’amour du produit. Vous ne pouvez pas prétendre être un vrai chef québécois si vous ne prenez pas plaisir à travailler les richesses de notre terroir.

Quel message transmettriez-vous aux cuisiniers québécois ?

Restez unis ! Parlez-vous, échangez, apprenez les uns des autres et c’est toute notre gastronomie qui en sortira gagnante !

Malgré votre âge honorable, vous semblez ne jamais vous arrêter. Qu’est-ce qui vous motive encore ?

Je suis une passionnée. Une vraie. J’ai comme un spring en moi. Jusque quand ? On verra. Je vis un jour à la fois, une minute après l’autre. Aussi longtemps que j’aurai la forme et la santé, je continuerai.

(Crédit photo : Jean-François Dommerc)

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