Romy Quenneville-Girard : « Ne pas penser à la fermeture. Pas encore… »

 
7 avril 2020 | Par Pierre-Alain Belpaire

Pour prendre le pouls de notre industrie au cœur de la tempête COVID-19, pour « humaniser » cette terrible crise, HRImag a décidé de donner la parole à diverses personnalités ayant figuré, au cours des dernières années, dans nos hors-séries.
 

C’est depuis l’extérieur du pays que Romy Quenneville-Girard a dû prendre quelques-unes des plus lourdes décisions de sa carrière. Partie passer quelques semaines au Japon, la directrice générale de l’Auberge de jeunesse Magog-Orford a été contrainte de déléguer à ses remplaçants la cessation progressive des activités du Café Les Estries, installé dans l’établissement, ainsi que la réorganisation des horaires de l’Auberge et de l’accueil des visiteurs. «  J’ai finalement pu revenir au Québec plus tôt que prévu, le 17 mars, alors que les mesures et annonces du gouvernement se multipliaient », explique la responsable. Deux jours plus tard, un bref message diffusé sur leurs pages Facebook annonçait la fermeture, « pour une durée indéterminée », du Café et de la réception de l’Auberge de jeunesse.

Comme d’autres, Romy Quenneville-Girard a profité de cette pause inattendue pour opérer un grand ménage de printemps et faire « toutes ces petites choses qu’on n’a pas le temps de faire habituellement ». Elle passe régulièrement à l’Auberge, pour arroser les plantes, éviter que la poussière ne s’accumule et « vérifier que tout soit correct ». Habitué aux éclats de rires et aux bruyantes conversations, l’établissement magogois semble étrangement vide, note sa directrice. « C’est tellement particulier de ne croiser personne dans les corridors. Je m’ennuie du monde, je m’ennuie des voyageurs, je m’ennuie des discussions dans la cuisine et des échanges à la réception, soupire-t-elle. J’ai hâte qu’ils reviennent et que ça reparte. Comme avant. »

La suite des choses

Inaugurée en mai 2017, l’Auberge de jeunesse Magog-Orford a rapidement su séduire un large public, composé tant de jeunes voyageurs que de visiteurs plus âgés. Elle est également parvenue à s’inscrire de manière durable dans la vie de la dynamique cité estrienne. Pourtant, tous les efforts de Romy Quenneville-Girard et de ses troupes pourraient être réduits à néant si la parenthèse devait durer plusieurs mois et non quelques semaines. « Si on n’ouvre pas cet été, il faudra malheureusement prendre de lourdes décisions. Une fermeture définitive ? Je ne veux pas penser à cela. Pas encore. Mais si on ne peut rouvrir assez vite, si on doit faire une croix sur notre belle saison, entre juin et octobre, oui, ce sera difficile de continuer », concède-t-elle.

Mais la jeune femme refuse ce funeste scénario. Et affirme vouloir peu à peu commencer à préparer « la suite des choses ». « On va rouvrir. On doit rouvrir, glisse-t-elle. Le Premier ministre parlait hier d’espoir, de relance, de retour au travail. Ça, ça me parle ! »

Même en cas de réouverture rapide, l’Auberge de jeunesse Magog-Orford, à l’instar des autres acteurs de l’industrie touristique québécoise, ne devrait pas accueillir beaucoup de voyageurs internationaux durant le reste de cette année 2020. Mais si les Québécois répondent présents, le taux d’occupation pourrait malgré tout être relativement bon, estime la directrice générale. « Il faudra les convaincre de visiter leur Québec. Cela leur permettra de voyager sans trop s’éloigner de chez eux et sans trop dépenser. » Et si, de par leur statut ou leur capacité, les auberges de jeunesse peuvent sembler plus « vulnérables » ou sensibles à une telle crise que d’autres types d’hébergements, les prix bas qu’elles affichent pourraient jouer en leur faveur, en leur permettant notamment de séduire une nouvelle clientèle. « Au sortir de la crise, on accueillera peut-être des gens qui ne sont pas habitués aux auberges et qui nous choisiront uniquement pour des raisons économiques. À nous de saisir cette opportunité, d’être sur la coche et de les convaincre de revenir l’année suivante. »

En attendant que soit déterminée la date officielle de ce retour aux affaires tant espéré, Romy Quenneville-Girard réfléchit au meilleur moyen de relever le défi ultime : exister quand tout est fermé. « Des petits mots sur les réseaux sociaux, c’est tout ce qu’on a pour montrer qu’on est encore là, sourit-elle. Aujourd’hui, Facebook et Instagram sont pas mal les seules manières de lever un drapeau pour dire qu’on existe toujours. Mais dès qu’on aura la date, la fameuse date, on entrera dans une autre dynamique. »

Relisez ici le portrait de Romy Quenneville-Girard : Seconde jeunesse

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