Rodrigue Gagnon : « Je me suis adapté aux élèves »

16 juillet 2018 - Par Pierre-Alain Belpaire

Au cœur de l’été, alors que la plupart des écoles de la province ont fermé leurs portes et que certains établissements préparent - déjà - la future année scolaire, HRImag a tenu à rendre hommage à quelques enseignants fraîchement retraités qui auront marqué de leur empreinte l’industrie québécoise de l’hôtellerie et de la restauration.
 
 
Après 21 ans d’enseignement, d’abord au sein du Centre intégré en alimentation et tourisme (devenu École hôtelière de la Capitale) puis dans les classes du Collège Mérici, Rodrigue Gagnon vient de raccrocher ses patins. En charge, au fil des saisons, des cours de sommellerie, de mixologie ou encore de service aux tables, l’homme a vu évoluer l’univers de la formation et estime que l’arrivée d’Internet et des nouvelles technologies fut « généralement positive ».
 
 
HRImag : Rodrigue Gagnon, devenir professeur, était-ce un objectif que vous vous étiez fixé étant jeune ou l’êtes-vous devenu par hasard ou par la force des choses ?

Pour être très honnête, je n’avais jamais songé ou rêvé à devenir enseignant. J’ai eu un début de parcours assez classique : j’ai commencé à travailler en restauration à 17 ans, j’ai suivi une formation à l’ITHQ, effectué des stages et des formations, notamment en Europe, à Bordeaux. J’ai ensuite intégré les équipes de l’Astral, à Québec. J’aimais la restauration et je me voyais y faire carrière.

Comment dès lors êtes-vous devenu enseignant ?

On m’a demandé de me charger des nouveaux employés, de former les membres du personnel. Et je me suis rendu compte que j’avais un certain plaisir et une vraie facilité à le faire. Quand j’ai été approché par le milieu scolaire, je me suis laissé tenter. J’ai fait un bac en enseignement, je me suis pris au jeu.

Vous dites avoir commencé relativement tard à enseigner, vers 40 ans. Est-ce un regret ?

Pas du tout. À mes yeux, il me fallait une expérience de terrain, un bagage qui me donne de la crédibilité face aux étudiants. Et je n’ai d’ailleurs jamais quitté entièrement le terrain. Je pense que si mon message passait aussi bien auprès des élèves, c’est parce que j’étais capable de multiplier les exemples concrets, de leur expliquer des cas vécus. Il est important de leur faire aimer ces métiers, cette industrie. La restauration n’offre pas des conditions faciles, mais si tu aimes ton métier, s’il te passionne, tu auras déjà fait un grand pas...

Durant ces deux décennies, comment ont évolué les élèves ?

Le changement est radical. C’est surtout le volet communication qui a été chamboulé. L’arrivée du Web et des réseaux sociaux a changé la donne. De manière positive, généralement ! L’étudiant de 17 ans de 2018 n’a plus rien à voir avec l’étudiant de 1998. Aujourd’hui, une classe de 30 jeunes, ça signifie 30 téléphones.

Grâce à cette technologie, les élèves actuels vous semblent-ils mieux informés ?

Peut-être... Je dirais qu’ils sont mieux préparés mais aussi plus inquiets. L’information est partout, permanente. Et j’ai parfois l’impression qu’ils ont peur d’en rater le moindre détail, qu’ils ont peur de se tromper. Il m’est arrivé de retirer un téléphone des mains d’un élève pour son propre bien. Et généralement, l’élève comprenait et me remerciait.

Et vous, êtes-vous resté le même professeur durant ces 21 années ?

Non, je me suis adapté aux élèves, à la clientèle moderne. J’ai aussi suivi des formations. La mixologie, par exemple, a beaucoup évolué en quelques années. Mais la base de notre métier n’a pas changé, les différents emplois en restauration, les différentes tâches à remplir derrière un bar sont sensiblement les mêmes qu’il y a 20 ans.

La plupart des établissements québécois offrant des formations en hôtellerie et restauration connaissent actuellement une pénurie d’étudiants. Êtes-vous inquiet ? Ou pensez-vous que cela ne sera que passager ?

C’est inquiétant. Alarmant ! Il manque surtout d’étudiants intéressés par ces métiers !

Quelle est, selon vous, votre plus belle réalisation ? Votre plus grande fierté ?

Je ne peux m’empêcher de sourire lorsque je vois d’anciens étudiants occuper aujourd’hui des postes importants. Quand j’ai annoncé ma retraite sur Facebook, j’ai reçu 400 messages d’étudiants. De savoir que vous les avez marqués, que vous leur avez appris quelque chose, ça vous touche, évidemment.

Le mot « retraite » vous fait-il peur ?

Non. J’avais envie d’autre chose, envie de prendre du temps pour moi. Je vais faire une pause de quelques mois et je reviendrai sans doute offrir mes services à l’industrie, je retrouverai très probablement le milieu de la restauration. Partiellement du moins...

L’enseignement vous manquera ?

Je ne pense pas. J’ai fait ce que j’avais à faire, j’ai vécu de très belles années, mais ma décision est prise. Je ne la regretterai pas.
 
 
(Crédit photo : gracieuseté Rodrigue Gagnon)

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