Résidences en pandémie (3/8) : Réaliser son rêve à 87 ans

 
4 janvier 2021 | Par Marie Pâris

Pour sa fête, Pierre Poirier voulait sauter en parachute. Un rêve qu’il caressait depuis une cinquantaine d’années et qu’il avait mis de côté en devenant père, en s’occupant de sa femme souffrante, puis en tombant lui-même malade. La résidence Chartwell Bois-de-Boulogne, où il habitait, était justement partenaire de Rêve d’une vie Canada, un organisme qui offre aux aînés la possibilité de réaliser un rêve. « On faisait une promotion du programme et on invitait les résidents à nous parler de leurs rêves », raconte Talia Leos, responsable des programmes d’animation et des loisirs à la résidence montréalaise. « Un jour, M. Poirier est venu me demander de façon très discrète, un peu gênée, s’il pouvait me parler de quelque chose... Et il m’a expliqué que depuis l’âge de 30 ans il voulait faire du parachute, et il voulait savoir si c’était possible qu’on lui offre ça pour son anniversaire... »

La responsable lui indique alors que la décision ne dépend pas d’elle et qu’il y a toute une procédure de validation avec l’organisme. M. Poirier embarque donc, et participe de bon cœur aux différents entretiens. Pendant les semaines qui suivent, impatient, il vient régulièrement demander à Talia Leos si elle a des nouvelles. Cette dernière reçoit finalement l’approbation de Rêves d’une vie Canada quelques jours avant la fête des anniversaires des résidents du mois ; M. Poirier commençait alors à être un peu déçu de ne pas avoir de réponse...

Le jour de la fête, en septembre 2019, la responsable de l’animation laisse une petite enveloppe sur l’assiette du résident, lui disant de ne pas l’ouvrir. Elle nomme alors au micro tous les fêtés du mois, et chacun est applaudi. Quand arrive le tour de M. Poirier, qu’elle a laissé à la fin, elle lui propose de venir en avant pour ouvrir son enveloppe devant tout le monde. « On lui avait choisi une carte avec des montgolfières, dans laquelle on lui disait que son rêve allait se réaliser, se souvient Talia Leos. Il était en larmes ! Il a fait le tour des tables après car tout le monde voulait lui parler. C’était un moment très émotif, et merveilleux. »

La vedette de la résidence

La responsable de l’animation se met par la suite à la recherche d’une école pour le saut en parachute, planifie la date, demande l’approbation du médecin du résident… « M. Poirier me disait : "Dépêche-toi, avant que le médecin ne change d’avis !". Il ne fallait pas qu’il fasse trop froid non plus… » Le saut a finalement lieu le 19 octobre, soit deux jours avant la fermeture de l’école. Des membres de sa famille accompagnent M. Poirier, ainsi que quelques résidents ; Chartwell a en effet organisé une sortie avec son autobus pour aller voir le saut. « On a tout suivi : l’accueil, la formation, l’habillement, bref, toute la préparation, puis le saut, raconte la responsable. C’était une super belle journée. »

Devant 22 résidents équipés de jumelles, Pierre Poirier saute du haut de 13 500 pieds. « Il était vraiment content quand il a reçu son diplôme. L’école l’a même annoncé au micro ; c’était quand même un événement exceptionnel pour eux aussi, souligne Talia Leos. Il a ensuite été la vedette de la résidence pendant plusieurs mois. Il s’exclamait qu’il allait retourner sauter l’année prochaine ! » Chartwell Bois-de-Boulogne organise par la suite un événement à la résidence pour ceux qui n’ont pas pu venir assister au saut : Pierre Poirier y raconte son aventure, à grand renfort de diapositives. La réalisation de ce rêve, qui a également intéressé la presse locale, a valu à la résidence Chartwell Bois-de-Boulogne le prix Coup de cœur 2020 lors du gala du Regroupement Québécois des Résidences pour Aînés.

Réaliser des petites rêves

Pierre Poirier meurt finalement durant l’été qui suit. « Ce saut, c’est un événement que je ne pourrai jamais oublier. Quand j’y pense, ça vient me chercher, confie Talia Leos avec de l’émotion dans la voix. Non seulement c’était un beau rêve, mais M. Poirier était aussi quelqu’un qu’on aimait beaucoup. Il était très participatif pendant les activités, souriant et sympathique, aimé de tous. Il faisait des blagues tout le temps. » Si ce n’est pas le premier rêve que la résidence a réalisé avec Rêves d’une vie Canada, c’est celui qui a eu le plus d’impact sur les autres résidents ; dans les mois qui suivent, la responsable de l’animation reçoit trois nouvelles demandes de réalisation de rêves.

Mais entretemps, Rêves d’une vie met fin à sa branche canadienne, et la pandémie vient chambouler la planète. Pierre Poirier aura donc probablement été parmi les derniers à avoir profité du programme. « Depuis, on s’organise à petite échelle, explique Talia Leos. On ne peut plus tout faire, mais on veut continuer à motiver les résidents à réaliser des petits rêves, ce qu’on appelle ici "les moments de bonheur". C’est important de réaliser des souhaits du quotidien pour garder le beau moral des résidents ; surtout ces temps-ci. »

(Crédit photo : Résidence Chartwell)

Pour suivre la résidence Chartwell Bois-de-Boulogne :

Mots-clés: 06 Montréal
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