Dépenses énergétiques dans les hôtels

Quand la technologie refroidit la facture

1er décembre 2013

Par Piel Côté

Le chauffage et la climatisation représentent environ 43 % des demandes énergétiques d’un hôtel au Québec. Il n’est donc pas étonnant de constater que les prouesses technologiques aient été multipliées pour ralentir les compteurs d’Hydro-Québec.

Dans les établissements d’hébergement, on implante de plus en plus des systèmes de gestion énergétique électroniques complexes, mais simples à manipuler, permettant principalement de contrôler les pointes d’énergie et d’économiser des kilowatts.

L’entreprise Sara-Tech offre l’outil Ambiance aux hôteliers pour mieux gérer l’appétit énergétique de leur établissement, tandis que d’autres compagnies, comme Verdant, qui est située à Montréal, proposent des dispositifs tels qu’Enviro IQ.

Les outils Ambiance et Enviro IQ permettent de régir les besoins énergétiques de chaque chambre de l’hôtel. Alors qu’Ambiance est réglable directement de l’interface des réservations, Enviro IQ peut être réglé à partir d’une tablette ou d’un téléphone intelligent. On peut donc descendre la température ambiante d’une chambre à 16 °C si l’on sait qu’elle ne sera pas occupée pour les quatre prochains jours et la remonter à un niveau confortable quelques heures avant l’arrivée du client.

« La mise en veille des chambres est le plus gros avantage offert par Ambiance et les autres systèmes de gestion », confirme Frédéric Arsenault, directeur général de l’Hôtel Gouverneur, à Rouyn-Noranda.

Directeur général de l’Hôtel M¹, Kristopher Wekarchuk affirme qu’un outil de gestion semblable « fait partie de l’établissement. C’est un outil de contrôle budgétaire et ça nous permet de faire une bonne gestion des pointes énergétiques », explique-t-il.

« Par exemple, on peut contrôler un arrêt du chauffe-eau de la piscine entre 16 h et 19 h en hiver si l’on voit que la quantité de kilowatts engloutis à cette heure est trop élevée », renchérit Nicolas Dancause, agent de marketing chez Sara-Tech.

L’outil de gestion permet de réduire au maximum les fluctuations, ce qui équivaut presque à une réduction instantanée des coûts.

Il est également possible de contrôler la climatisation avec des puces installées sur les fenêtres de la chambre. Si une fenêtre ouverte est oubliée durant un jour de canicule en été, la climatisation serait alors bloquée par l’entremise de la console centrale de l’hôtel.

Nicolas Dancause explique que bon an, mal an, Ambiance réduit les coûts d’électricité de 18 %. « En hiver, on peut réduire la facture de 12 %, alors qu’en été, les économies se chiffrent à 24 % », mentionne-t-il à propos du système Ambiance. L’Agence de l’efficacité énergétique du Québec a d’ailleurs obtenu les mêmes résultats lorsqu’elle a testé le produit Ambiance. Idem chez Verdant, où l’on parle d’une économie qui peut atteindre 40 %, mais la normale oscille plutôt entre 15 et 20 %. M. Werkarchuk parle quant à lui de 15 % d’économie à l’Hôtel M.

Encore là, cela dépend de notre situation géographique, comme l’a bien expliqué M. Arsenault, qui travaille au nord du 48e parallèle, en Abitibi-Témiscamingue. « J’ai vu une diminution de ma consommation de 22 %, mais ma facture n’a diminué que de 6 ou 7 %, car nos nuits hivernales atteignent parfois - 35 ou - 36 °C, alors les pointes de consommation demeurent coûteuses », analyse-t-il.

Au lieu de s’apitoyer sur son sort, l’Hôtel Gouverneur a entrepris d’améliorer l’éclairage qui, rappelons-le, représente 23 % des dépenses énergétiques. M. Arsenault et son équipe ont donc fait successivement évoluer les globes de technologie halogène standard aux globes fluocompacts puis aux diodes électroluminescentes, mieux connues sous l’acronyme DEL.

« En six mois et demi, avec les remises d’Hydro-Québec, le changement était devenu rentable et nous économisons dorénavant 20 % comparativement à l’ancienne facturation », se réjouit M. Arsenault.

ÉCORESPONSABLE OU RESPONSABLE FINANCIÈREMENT

Selon Nicolas Dancause, les entrepreneurs de l’industrie hôtelière n’intègrent cependant pas les systèmes comme Ambiance ou ceux offerts chez Verdant par souci de plaire aux activistes de Greenpeace, mais plutôt dans le but d’alléger le portefeuille.

« J’aimerais vous dire que c’est le cas, mais comme les systèmes sont rentables en trois ans, les gens font davantage cela pour épargner des sous. Ça peut leur donner une conscience tranquille de savoir qu’ils aident l’environnement, mais aucun des hôteliers qui ont notre système ne m’a dit l’avoir fait uniquement pour des raisons écologiques. »

L’argent est le nerf de la guerre, comme on dit.


Le chauffage est le domaine le plus énergivore avec 35 % des dépenses d’énergie d’un hôtel ; suivent l’éclairage (23 %), la climatisation (18 %), l’eau (15 %) et la cuisine (9 %).

Données obtenues du ministère des Ressources naturelles


CHOISIR le bon équipement de cuisine

Si le ministère des Ressources naturelles nous indique que la cuisine génère 9 % des dépenses d’énergie d’un hôtel, il n’en demeure pas moins que dans certains cas, c’est beaucoup plus ! Le simple fait de choisir un système d’éclairage et des équipements de cuisine homologués par ENERGY STAR® peut faire réaliser à l’établissement des économies d’énergie (et donc de dollars) substantielles. « Une cuisine dotée d’équipements ENERGY STAR® peut faire économiser jusqu’à près de 1 000 $ par année en énergie », confirme Dianna Miller, chef ENERGY STAR® de l’Office de l’efficacité énergétique de Ressources naturelles Canada.

Pour consulter le Guide ENERGY STAR® pour les cuisines commerciales

QUELLE CERTIFICATION CHOISIR ?

En tant que propriétaire, il est légitime de se questionner au sujet des certifications vertes disponibles. LEED, LEAF, BOMA BESt, Clé Verte, Réservert, nommez-les, les choix sont multiples. Il faut toutefois savoir ce que l’on possède vraiment ; avez-vous une bâtisse verte dont la construction est réalisée de façon écologique, des habitudes favorisant le développement durable ou encore cherchez-vous à faire un coup de marketing pour promouvoir votre entreprise ?

Commençons d’abord avec la pratique BESt, qui signifie Building Environmental Standards. Cette certification reconnaît la « durabilité des immeubles commerciaux basée sur la plateforme Green Globes ». BESt évalue six critères et possède quatre niveaux.

La deuxième, LEAF, vise davantage les restaurants. Cette certification cible bien sûr la réduction des coûts d’énergie, mais ce n’est pas tout. LEAF met aussi l’accent sur l’accroissement de la visibilité et insiste sur les retombées publicitaires créées par l’adhésion au programme. Les responsables de la norme apportent des arguments statistiques pour appuyer l’éventuelle hausse de visibilité, tels que 79 % des clients ont davantage tendance à manger dans un restaurant certifié et 61 % affirment être prêts à payer plus pour manger dans un restaurant vert.

Enfin, la certification LEED est régie par le Conseil du bâtiment durable du Canada. C’est un véritable signe d’implication pour les commerçants qui tentent d’acquérir cette certification, et un nouvel examen est requis tous les cinq ans pour conserver leur licence. Bien que LEED offre du soutien quand vient le temps de promouvoir la certification à des fins de marketing, l’accent est vraiment mis sur l’économie énergétique. La norme LEED peut être obtenue à six niveaux différents, comme dans le cas d’une nouvelle construction, d’un quartier ou simplement du noyau de la bâtisse.

Présidente de l’Hôtel M à Saint-Hyacinthe, Nellie Robin a choisi la certification LEED, parce qu’elle croit que c’est la plus complète. « C’est beaucoup d’implication en temps et en argent, mais nous étions le premier hôtel au Canada à obtenir la certification LEED, donc nous avons décidé d’aller de l’avant avec cette norme écologique », dit Mme Robin.

L’association des hôtels du Canada offre aussi son programme, appelé Clé verte, tout comme RéserVert est proposé par l’Association des hôtels du Québec. « RéserVert est plus complet à mon avis et il met davantage l’accent sur le développement durable à long terme », soutient Frédéric Arsenault, de l’Hôtel Gouverneur de Rouyn-Noranda.

Les options sont nombreuses et, en quelque sorte, il s’agit de magasiner pour savoir quelle certification offre le meilleur rapport qualité-prix et trouver celle qui convient le mieux aux besoins de votre commerce.

UN OUTIL pour trouver les occasions d’économie

Avant de vous engager dans des dépenses substantielles, il serait judicieux de commencer votre démarche par un examen de la situation. Pour vous aider dans ce processus, Ressources naturelles Canada chapeaute une initiative d’analyse comparative nationale du rendement énergétique pour les secteurs des bâtiments commerciaux et institutionnels. L’outil de référence bilingue, appelé ENERGY STAR® Portfolio Manager, permet de calculer la consommation d’énergie actuelle de votre établissement, de quelle façon elle est dépensée et à quel endroit précis du bâtiment, ce qui facilitera l’identification des occasions d’économies réelles. L’outil d’analyse comparative du rendement énergétique est gratuit, pourquoi s’en passer ?

Information : portfoliomanager.energystar.gov

VOTRE PROJET est-il admissible à une subvention ?

Hydro-Québec offre différents programmes de subvention pour encourager les mesures menant à la réduction de la consommation de kilowattheures (kWh). Les commerces avec un projet générant 25 000 kWh et plus d’économies annuelles admissibles d’énergie électrique pourraient soumettre leur projet au volet Prescriptif (bâtiments de 5 000 mètres carrés (m2) et moins) ou au volet Sur mesure (bâtiments de 5 000 m2 et plus) du programme Bâtiments.

Notez que les projets touchant les mesures de géothermie, les mesures associées à des boucles d’eau glacée ou d’eau chaude (refroidisseur, tour d’eau, pompe à débit variable, etc.) et les mesures associées aux comptoirs réfrigérés ou chambres froides peuvent être présentés pour les entreprises de toute superficie dans le volet Sur mesure de ce programme.

Information : www.hydroquebec.com/affaires/efficacite-energetique/programmes/

¹Membre de la chaîne Holiday Inn Express

Dans cette édition

L’induction
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Les applications et nouveautés technos utiles en hôtellerie et restauration
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LES FOURS COMBINÉS



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