Quand le son donne le ton

18 septembre 2019 - Par Héloïse Leclerc

ESPACES CACOPHONIQUES, BROUHAHA DE DISCUSSIONS ENTREMÊLÉES, LISTES D’ÉCOUTE D’ASCENSEUR : L’AMBIANCE SONORE DES RESTAURANTS ET HÔTELS A UN IMPACT MAJEUR SUR L’EXPÉRIENCE CLIENT. À ELLE SEULE, ELLE PEUT DÉTERMINER LA DURÉE DE LA VISITE ET, CHEZ PLUS DES DEUX TIERS DE CONSOMMATEURS CANADIENS, LA POSSIBILITÉ D’UN RETOUR. SANS PARLER DE L’IMPACT DES FAMEUX COMMENTAIRES SUR LES RÉSEAUX SOCIAUX ! ASPECT SANS DOUTE MOINS TANGIBLE QUE LA PRÉSENTATION DES ASSIETTES OU LE LOOK DE LA SALLE À MANGER, L’AMBIANCE SONORE DEMEURE SOUVENT LE PARENT PAUVRE DES ÉTABLISSEMENTS. « PAS D’ARGENT », « PAS LE TEMPS », « PAS UNE PRIORITÉ »… SI VOUS VOUS RECONNAISSEZ DANS CET ARGUMENTAIRE, VOICI DE QUOI ALIMENTER VOTRE RÉFLEXION !

Avant même de songer à une sélection musicale, il faut étudier de nombreux aspects en vue d’assurer une bonne expérience client, prévient d’emblée Mario Lessard, spécialiste en design sonore et développeur d’affaires chez SOLOTECH depuis une dizaine d’années. « La première chose à faire est de déterminer les besoins. Pourquoi veux-tu un système de son ? Si tu me dis que c’est pour offrir une musique d’ambiance et que, un peu plus tard, tu fais venir un DJ ou un duo de chanteurs, le système va sauter. » Même si cette étape relève de l’évidence, Mario Lessard assure que la plupart de ses clients évaluent mal leurs besoins. « Ce ne sont pas des créateurs d’ambiance. Pour certains, c’est un mal nécessaire, et on nous consulte dans les derniers milles du projet. En fin de budget, on devient quasiment un ennemi. »

Dans un monde idéal, son corps de métier serait interpellé en amont de la construction. Grâce à des logiciels spécialisés, le spécialiste pourrait ainsi modéliser les salles en fonction des matériaux retenus et calculer le futur taux de réverbération, une donnée déterminante pour la future qualité du son. En effet, lorsque ce taux excède une seconde, l’empreinte sonore laissée par chaque usager s’additionne, et la pièce devient un véritable bazar qu’une musique trop forte viendra empirer. Un scénario qui semble malheureusement courant. « Les restaurateurs me disent alors qu’ils vont mettre beaucoup de banquettes et de rideaux [pour absorber le son]. Ça aide, mais il y a des limites ! Un traitement acoustique adéquat est indispensable pour maintenir un bon niveau d’occupation de l’établissement. »

Si Mario Lessard se retrouve souvent devant des propriétaires inquiets à l’idée que l’on tapisse leur belle salle de jute, il assure que les matériaux ont beaucoup évolué au cours des dernières années. Ultra-absorbants, ornés de motifs à la mode ou imprimables, ils s’intègrent mieux que jamais au design de l’espace. En dernier recours, dans les lieux vitrés ou dotés de nombreux encadrements, c’est le plafond qui devient la cible du traitement.

Une fois l’espace optimisé, vient le temps de s’intéresser à la diffusion sonore, qui doit être réfléchie en fonction de zones d’ambiance. Dans un grand restaurant à la mode, les besoins à considérer pour la salle à manger principale, le bar, la mezzanine ou le salon privé risquent en effet de diverger en matière de volume. Chaque zone devrait être dotée de ses propres haut-parleurs et commandes. Et n’en déplaise à ceux qui aimeraient régler la question du son en s’équipant d’un amplificateur très puissant, mieux vaut privilégier de petits équipements disséminés stratégiquement. Pour expliquer ce choix, Mario Lessard trace une analogie avec la lumière. « Si tu veux éclairer ta pièce avec un seul spot, tu vas agresser les gens qui sont assis proche. À la place, tu vas préférer mettre des lumières moins fortes un peu partout. »

La multiplication des pièces d’équipement et du câblage nécessaires explique aussi pourquoi il vaut mieux planifier le tout avant le début de la construction : il sera ainsi possible de les loger en tout ou en partie dans les murs. Une mauvaise habitude répandue consiste à placer les instruments de commande derrière le bar. « C’est un milieu aquatique, avec les shooters, les cocktails, l’évier... Si on n’a pas de salle technique, mieux vaut placer le contrôleur principal dans le bureau, sur un support en hauteur. » La plupart des compagnies de matériel sonore, comme Bose et Yamaha, mettent à la disposition de leur clientèle des applications mobiles qui permettent un contrôle via le réseau Wi-Fi.

Si les petits établissements peuvent s’en tirer avec de modestes installations (par exemple dotées d’un seul contrôle) pour 2000 $ à 3000 $, la facture peut facilement s’élever à 150 000 $ dans le cas de grandes surfaces morcelées en plusieurs zones distinctes.

Minimaliste ou intense

Peu d’établissements québécois ont poussé la note aussi loin que les Cosmos, dans la région de la Capitale-Nationale. En mélomane averti, leur propriétaire, Louis McNeil, actif en restauration depuis 25 ans, se souvient d’avoir toujours investi dans les technologies les plus récentes sur le marché, tant sur le plan du traitement acoustique que de la diffusion sonore. « On a eu les bandes à huit pistes, les VHS de huit heures, les disquettes... On a essayé toutes sortes de styles. L’important a toujours été que le son soit bon. Aujourd’hui, il est possible d’obtenir un son de qualité avec des outils plus faciles à utiliser. »

Afin d’élever l’ambiance, les Cosmos ont embauché leur propre DJ, Alain Simard, mieux connu sous son nom d’artiste, Mister Smith. Chaque mois, il mixe de nouvelles pistes qui sont ajoutées aux centaines déjà produites. De plus, le vendredi soir, un artiste se produit en direct à la succursale de Lebourgneuf, et sa musique est rediffusée en temps réel dans les autres établissements. Les clients peuvent même se connecter au site Internet des restaurants pour se procurer la musique jouée en salle. Le restaurateur est allé jusqu’à « endisquer » et commercialiser quatre CD de musique originale, chacun proposant une ambiance distincte.

« À l’ouverture du premier Cosmos Café, sur Grande-Allée, notre restaurant “pas de bar” qui servait à manger ne ressemblait à rien. Nos déjeuners ne levaient pas. Alors on a fait entrer un musicien du Conservatoire les samedis et dimanches... » En peu de temps, ceux-ci sont devenus si populaires que sa présence n’a plus été nécessaire pour faire salle comble. « Le son idéal ? Tu viens manger, on placote, on s’entend parler. » Dès qu’un silence s’installe dans la conversation ou si l’un des convives s’absente un moment, la musique devrait cependant être assez forte pour combler le vide. Louis McNeil assure n’avoir jamais reçu de commentaires sur le style de musique joué, mais parfois sur le volume. « Il faut vraiment être à l’écoute de la clientèle. »

Le point primordial à déterminer au moment de planifier son ambiance sonore reste le budget, affirme le restaurateur. « Qu’est-ce que l’entrepreneur est capable de dégager comme marge de manœuvre ? Après, il faut magasiner : il existe d’excellentes petites caisses de son qui font bien le travail. Il est aussi important de choisir les bons amplis pour aller avec ces caisses. »

Pas seulement pour la clientèle

Directeur général du Quality Inn & Suites de Val-d’Or, Alexandre Audet a décidé d’approfondir sa réflexion sur l’ambiance sonore il y a un an, à la demande des membres de son personnel. « Ce sont quand même eux qui écoutent le plus la musique. Notre fournisseur de l’époque nous proposait des boucles courtes... et le personnel était tanné ! » Tant qu’à se mettre à la recherche d’un nouveau fournisseur qui lui éviterait d’avoir à se casser la tête pour effectuer des sélections musicales, le directeur s’est interrogé sur le type d’expérience qu’il voulait proposer à ses visiteurs. « J’en suis surtout venu à distinguer des moments de la journée. Le matin, la musique doit être plus dynamique, pour aider à se réveiller. En aprèsmidi, avec les arrivées, je voulais quelque chose de plus relax. La nuit, la musique ne doit surtout pas déranger. »

Une fois ses besoins déterminés, il a comparé l’offre de plusieurs fournisseurs. Le nombre de chaînes, la possibilité de retirer des chansons indésirables des listes de lecture ainsi que la possibilité de télécharger les contenus (plutôt que de dépendre d’une connexion Internet continue) ou d’automatiser les transitions entre les moments de la journée ont guidé son choix vers Stingray. « En plus, tout est inclus dans le forfait, comme le paiement des droits à la SOCAN. »

Bien que le processus ait été amorcé en réponse à une demande de son personnel, Alexandre Audet admet que cela l’a aidé à peaufiner l’identité de son hôtel. « Les employés qui ont le droit de mettre ce qu’ils veulent dans leur établissement, comme la radio commerciale, sont sans doute contents, mais c’est une occasion ratée. »

Selon un sondage effectué en 2015 par la firme Léger, 78 % des consommateurs canadiens disent apprécier davantage leur expérience de repas lorsqu’il y a une ambiance musicale, tandis que deux tiers des répondants indiquent qu’elle influencera leur décision de retourner dans un établissement ou de le recommander. Amis professionnels, mieux vaut donc leur tendre l’oreille !

« Chaque fois que vous jouez de la musique d’ambiance en public, que vous tenez des soirées karaoké ou dansantes ou que vous accueillez des musiciens ou chanteurs en direct, vous devez impérativement payer des droits d’auteur : c’est une loi fédérale », rappelle Marc Richard, gestionnaire de licences à la SOCAN. Le fait de jouer des listes de musique sur Spotify, Google Play Music ou YouTube Music ne vous dégage pas de cette obligation, même si vous dépensez déjà pour ces services d’agrégation.

Il existe de nombreuses licences, qui s’appliquent en fonction de divers usages musicaux et dont leprix est généralement modulé selon la superficie de l’établissement. Depuis le 2 juillet 2019, la coentreprise Entandem offre un guichet unique pour les usagers qui doivent effectuer des paiements à la SOCAN et à RÉ:SONNE

www.entandemlicensing.com

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