Pourquoi franchiser ?

3 septembre 2015 - Par Sophie Suraniti

Selon la dernière étude sur le poids relatif de la franchise dans l’économie québécoise¹, ce « modèle économique (…) crée, toutes proportions gardées, autant d’entreprises que l’ensemble de l’économie québécoise tout en limitant les fermetures comparativement aux autres formes d’entrepreneuriat ». Voici quelques avis d’experts avant de se lancer – ou pas – dans l’aventure…

L’AVIS DE PIERRE GARCEAU, PRÉSIDENT-DIRECTEUR GÉNÉRAL DE LA FONDATION QUÉBÉCOISE DE LA FRANCHISE (FQF)

« Devenir franchiseur est une question d’opportunisme dans le bon sens du terme. J’ai un concept qui fonctionne ; je l’ai testé à différents endroits. Je souhaite maintenant le développer dans le modèle d’affaires qu’est la franchise. Au lieu d’investir d’importantes sommes dans des succursales, ce sont les franchisés – des entrepreneurs indépendants – qui vont contribuer à l’ouverture des points de vente. Lorsqu’on se lance dans une entreprise, les fondations doivent être solides. Malheureusement, l’absence de préparation et les mauvais conseils dont certains, franchiseurs et franchisés, sont victimes sont encore légion. Au Québec, nous devons former les entrepreneurs au concept de franchise, leur apprendre à maîtriser la théorie avant de la mettre en pratique. Quelles sont les valeurs de l’entreprise ? Quel est le plan d’affaires ? Répondre clairement à ces questions est important ! C’est pourquoi nous avons lancé l’Académie québécoise de la franchise (AQF) en janvier 2013. Son rôle est de former les individus à la nouvelle ère de la franchise. La franchise 3.0. Partis d’un schéma relationnel franchiseur-franchisé très hiérarchique, nous nous dirigeons désormais vers un modèle de partenariat stratégique. Le franchiseur dépend du franchisé et vice-versa. »

L’AVIS DE RICHARD SCOFIELD, VICE-PRÉSIDENT VENTES ET RESTAURATION DES RÔTISSERIES ST-HUBERT

« Même si nous avons un modèle d’affaires mixte, mi-franchisé, mi-corporatif², être franchiseur a toujours été notre raison d’être. Notre besoin n’a pas évolué depuis que nous sommes en affaires (le premier Saint-Hubert a ouvert en 1951 !) et nous pensons qu’il y a encore du travail à faire localement. Seulement, il y a des moments où nous développons plus, et d’autres moins. Le modèle corporatif nous permet de tester le marché, de cerner les besoins et aussi de vivre l’expérience des franchisés – comme mieux comprendre leurs contraintes. C’est pourquoi nous conservons une dizaine de restaurants corporatifs, répartis selon nos concepts, avec ou sans service en salle à manger (traditionnelle ou express). Nous pourrions restreindre leur nombre. Chaque année, nous réévaluons et nous adaptons selon nos besoins stratégiques. Il nous est arrivé de reprendre des restaurants pour diverses raisons ; par exemple à cause de constructions importantes mettant en péril l’emplacement. Certains sites sont stratégiques, plus dispendieux à opérer, tandis que d’autres se révèlent moins rentables, mais nous les maintenons. En général, les restaurants franchisés ont une meilleure performance que les restaurants corporatifs car les franchisés s’impliquent beaucoup et ont investi dedans. Grâce à eux, nous apprenons beaucoup ».

L’AVIS DE TOM O’NEILL, PRÉSIDENT DE LA FRANCHISE QUESADA AU CANADA

« Pour nous, un franchisé est à la fois un entrepreneur et un gérant. C’est ce profil que nous recherchons en tant que franchiseur. Le franchisage est une façon de réduire les risques de part et d’autre. Le franchisé doit être impliqué – il doit posséder au minimum 25 % des actions – et travailler ! Car la clé du succès est de collaborer, de former une équipe. Tout le contraire de l’image du Malboro Man, le cow-boy solitaire ! De notre côté, nous offrons une véritable expertise – avec, d’abord et avant tout, un concept qui marche et qui plaît³ ! Nous proposons à nos franchisés plusieurs choses dont une formation en ligne (comment gérer un restaurant, contrôler la main-d’œuvre, le coût des matières premières, etc.), une immersion de deux semaines et plus dans un restaurant en activité, des rencontres régulières. Nos agents de développement font le lien sur le terrain et suivent de près chaque succursale. Avec les moyens de communication actuels, nos franchisés ne sont pas seuls. Nous les aidons à cibler leur clientèle locale, à bien communiquer dans leur zone. Nous voyons la franchise comme un vrai partenariat ; la puissance de la bannière augmentant la valeur d’une succursale franchisée. »

L’AVIS DE BENOIT SAINT-MARTIN, EXPERT EN GESTION DE FRANCHISE

« En matière de franchise, le Québec ne bénéficie pas des mêmes protections que dans d’autres provinces canadiennes. Par exemple, on constate que l’écart est grand entre le Québec et l’Ontario à la lecture de la Loi Arthur Wishart (2000) sur la divulgation relative aux franchises 4. Cette loi oblige notamment le franchiseur à divulguer son chiffre d’affaires. Au Québec, nous sommes plutôt dans les limbes ! Le gouvernement n’accorde pas la protection que les franchisés réclament depuis des années, à savoir le droit de pouvoir négocier les termes du contrat. Les franchisés aimeraient que le franchiseur s’engage davantage. Or, nous sommes encore dans le contexte où le franchiseur est le patron. Certains franchiseurs font de mauvais recrutements, vendent mal leur concept, sont sans scrupule, trop pressés de développer. Mais de l’autre côté, il y a aussi des franchisés qui ne font pas leur travail, qui manquent cruellement de compétences. Tout n’est pas noir ou blanc ! Les responsabilités se situent de part et d’autre. À Québec, j’observe que depuis 2008 les grandes franchises envahissent la ville, qu’elles "écrasent" les plus faibles car la capacité financière fait vraiment toute la différence. Parallèlement, il y a le modèle "corporatif" que certains réussissent très bien et qui se développe. »


  • ¹ Étude sur le poids relatif de la franchise dans l’économie québécoise, deuxième édition, janvier 2014, Conseil québécois de la franchise.
  • ² Les Rôtisseries St-Hubert, ce sont 117 restaurants au Québec, en Ontario et au Nouveau-Brunswick, dont 11 restaurants corporatifs et 106 rôtisseries franchisées.
  • ³ La chaîne de restauration rapide Quesada Burritos & Tacos au printemps 2015, c’est 43 restaurants en activité au Canada, 15 succursales franchisées en cours, 75 franchises accordées. L’objectif d’ici la fin de 2015 est d’atteindre 50 franchises pour le Québec et 300 pour le Canada.
  • 4 Cette loi (Arthur Wishart Act) peut être consultée en français à cette adresse : www.e-laws.gov.on.ca

Les entrevues et collectes de données ont été réalisées en mars 2015. Les chiffres et titres ont pu changer depuis.

Dans cette édition

Les temps changent (la restauration et les clients aussi) !
Double vie
Michelle Doré
Brenda Poirier
Le saumon
Les œufs
Les services de restauration de congrès
La boulangerie en cuisine
Le nuage dont tout le monde parle
Délais pour s’opposer à des cotisations
Un splash de plaisir
Mimi la nuit par Louis Béliveau
La santé et sécurité au travail pour le personnel du secteur hôtelier



PROPOSEZ UNE
NOUVELLE !


© HRI 2012-2018
Tous droits réservés.

HRImag est un média francophone (site Web et magazine papier) qui offre de l'information de pointe sur l'industrie des HRI (hôtels, restaurants et institutions.