Petites abeilles et grands projets

28 juin 2019 - Par Pierre-Alain Belpaire

Voici quelques jours, l’Hôtel Monville, déjà salué à différentes reprises pour ses initiatives durables, a accueilli plusieurs milliers de nouveaux visiteurs d’un genre très particulier : une ruche posée sur le toit de l’établissement permettra en effet à une horde de bienveillantes abeilles de polliniser la flore de la métropole. Derrière ce projet, réalisé en partenariat avec l’entreprise Alvéole, se cache la directrice des opérations de l’hôtel, Sarah Mahu. Membre du mouvement international Femmes pour le Climat et figurant dans la cohorte 2019 du Parcours Développement durable Montréal, l’inspirante jeune femme entend bien ne pas s’arrêter là et trouver rapidement d’autres projets, d’autres combats.

HRImag : Sarah Mahu, comment est né le projet d’installer une ruche à l’Hôtel Monville ?

Tout a commencé voici un peu plus d’un an. Nous avions rencontré des membres d’Alvéole peu après l’inauguration de l’hôtel. L’idée m’a tout de suite plu, mais il fallait voir si c’était faisable en termes techniques. Il fallait également motiver nos équipes et notre chef. Et à ma plus grande joie, tout le monde a embarqué ! Cela s’est donc fait de manière très simple, très limpide.

Quels objectifs poursuivez-vous avec une telle démarche ?

Notre objectif premier est de continuer à nous impliquer en matière de développement durable, en travaillant notamment aux côtés de compagnies locales, comme Alvéole. C’est une vraie priorité pour nous.

Vous n’êtes pas le premier établissement québécois à installer une ruche et à accueillir des abeilles. Comment s’assurer que ces initiatives écoresponsables ne sont pas uniquement de jolis coups marketing ?

Je ne parlerai pas au nom des autres hôtels, mais du côté de l’Hôtel Monville, il y a une réflexion permanente autour du développement durable et ce, depuis que nous avons ouvert nos portes. Cette envie de s’impliquer et de faire bouger les choses, tant sur le plan écologique qu’au niveau social, est sincère. Un an après l’inauguration, nous mettons les bouchées doubles et passons à la vitesse supérieure. Mais évidemment, je ne vais pas vous mentir, c’est aussi bon pour l’image de l’hôtel.

Votre parcours professionnel vous destinait-il à vous impliquer dans de tels projets ?

Je travaille dans l’industrie hôtelière depuis 15 ans : en France, mon pays d’origine, tout d’abord, puis aux États-Unis et, enfin, à Montréal. J’ai travaillé pour de grands groupes, comme Hilton ou Sheraton, mais je pense que l’hôtellerie indépendante me convenait davantage car le personnel y est plus impliqué dans la prise de décisions, comme celles entourant le développement durable.

L’hôtellerie avance-t-elle trop lentement sur les questions durables, écologiques, énergétiques… ?

Malheureusement, oui. Mais je pense que c’est en train de changer, que nous entamons une nouvelle ère, une ère de changements.

Quels sont actuellement les principaux freins ? L’argent ? La peur du changement ?

Je pense que ce sont surtout des raisons monétaires. Changer des processus coûte cher et prend du temps. L’objectif numéro 1 d’un hôtel, c’est de faire des gains, des bénéfices. Et mettre en place de nouvelles pratiques, de beaux projets peut être long. Et donc coûteux.

Mais sur le long terme, ces pratiques et projets durables peuvent s’avérer payants, non ?

Sur le long terme, oui, j’en suis persuadée ! Mais ce n’est pas toujours facile de convaincre les décideurs. Par ailleurs, je pense que l’argument financier ne devrait pas être l’unique motivation des hôtels. En 2019, beaucoup de gens sont conscients des problèmes liés au climat ou à la pollution : l’engagement écologique ou social d’un établissement peut donc devenir un critère de sélection. Au Monville, certains clients ou compagnies nous appellent pour connaître nos projets, nos engagements et nous choisissent en fonction de cela.

Quand vous préparez un nouveau dossier « durable », souhaitez-vous en priorité convaincre vos collègues ou le public ?

Il est indispensable de convaincre mes collègues. Seule, sans leur aide, je n’y arriverais pas. Il faut qu’ils croient en la pertinence et en l’importance de chacun de ces projets. Si eux n’adhèrent pas, ce n’est pas la peine de continuer.

Mais est-ce le rôle des hôtels de s’embarquer dans des combats sociaux ou environnementaux ?

Ce n’est peut-être pas notre rôle principal, mais je crois que les hôtels et les restaurants peuvent donner l’exemple. Nous sommes des citoyens, non ?

De tels projets coûtent-ils cher à mettre en place ?

Pas vraiment. Prenez les ruches : ce n’est pas très dispendieux, ni très compliqué à installer. Le plus difficile, comme souvent, c’est de changer les habitudes et les mentalités. Mais, une fois encore, on note aujourd’hui une plus grande ouverture d’esprit sur ces questions.

Plusieurs hôtels montréalais se sont récemment démarqués par de belles initiatives durables…

… et c’est tant mieux ! Une telle concurrence doit nous inspirer, mais aussi nous pousser à aller plus loin.

Mais si les initiatives privées, « à petite échelle », se multiplient, ne faudrait-il pas également travailler sur un mouvement transversal, qui toucherait toute l’industrie hôtelière, en imposant par exemple des quotas d’émissions ou en matière de recyclage des déchets ?

Ce serait génial et très motivant. Mais ce sera difficile à mettre en place : on travaille dans une même industrie, on reste des compétiteurs.

Un hôtel québécois qui aujourd’hui ne s’implique pas sur les questions durables se met-il hors-jeu ?

Je ne pense pas. Pas encore, du moins. Il y a encore, en 2019, des publics pour qui ces sujets ne constituent pas une priorité, et encore moins un critère de choix. Mais je suis persuadée que cela va rapidement changer.

Maintenant que les premières abeilles butinent, quels seront les prochains dossiers durables que vous souhaitez mettre en place à l’Hôtel Monville ?

Ouf, il y en a tellement… J’aimerais avancer sur la question de l’usage du plastique. Ce sera complexe car dans notre métier, on en utilise énormément. Beaucoup trop. Mais ce serait un beau défi !

Pour suivre l’Hôtel Monville :

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