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Pénurie de main-d’œuvre : les impacts de la pandémie

 
4 mai 2021 | Par François Pageau
Crédit photo: Louis Hansel / Unsplash

L’industrie du tourisme de l’hôtellerie et de la restauration n’est pas la seule à souffrir d’un manque de main-d’œuvre chronique. La problématique prévisible et annoncée est devenue un réel enjeu pour plusieurs entreprises dans l’ensemble des secteurs industriels et la présente pandémie n’a pas amélioré la situation. Le problème n’est pas près de se résorber.

Dans la province de Québec, malgré la pandémie, la pénurie de main-d’œuvre persistait à la fin de 2020 avec 148 460 postes vacants (employés recherchés), ce qui représente une hausse de 21 730 postes par rapport au même dernier trimestre de 2019. Selon le Rapport Éclairage sur l’emploi et les postes vacants au 4ième trimestre de 2020 publié par l’Institut du Québec, ce taux de postes vacants de 4,1 % constitue le plus haut taux enregistré depuis le début de la collecte de données en 2015. Selon le même rapport, le Québec est au deuxième rang des provinces ayant le plus haut taux de postes vacants après la Colombie-Britannique.

Plusieurs secteurs touchés

La rareté de la main-d’œuvre concerne une grande variété de professions. D’après le Sondage sur l’état des PME dans la situation actuelle réalisé à l’automne dernier par la BDC, plus du tiers (67 %) des PME indiquent avoir des problèmes de recrutement. Par ailleurs, 28 % d’entre elles éprouvent même plus de difficulté à recruter de nouveaux employés qu’avant le début de la crise sanitaire. Depuis le début de la crise, certains blâment la Prestation Canadienne d’Urgence (PCU) et la Prestation Canadienne pour la reprise économique (PCRE), qui n’encouragent pas les travailleurs à reprendre le travail. Cette dernière devrait se terminer en septembre.

La pénurie de main-d’œuvre est attribuable à un ensemble de facteurs qui étaient pourtant prévisibles ; des appels de phare démographiques annonçaient depuis longtemps cette pénurie de personnel due au vieillissement de la population et au déclin de la natalité au Québec. Les départs des baby boomers causent une perte importante de travailleurs, que les générations plus jeunes et les immigrants qui entrent sur le marché du travail peinent à combler. Les soldes migratoires étant faibles, le recours à l’immigration ne parviendra pas à compenser les diminutions de la population.

Dans les secteurs du tourisme, de l’hôtellerie et de la restauration, les enjeux touchant le manque de main-d’œuvre se sont manifestés bien avant la pandémie. L’industrie touristique s’adressant principalement au bassin de main-d’œuvre étudiante âgée dans la vingtaine, il est facile de constater dans la pyramide des âges du Québec que ce bassin se réduit peu à peu, obligeant les employeurs à se tourner vers des segments de travailleurs plus âgés.


Source : Statistique Québec

Si on peut espérer une légère augmentation dans une dizaine d’années, la décroissance de la population de travailleurs empêchera définitivement la possibilité de récupérer les niveaux antérieurs. Autre facteur, la forte croissance économique entraîne une hausse des emplois offerts, notamment dans les secteurs de pointe, et explique en partie cette rareté de la main-d’œuvre. Le nombre de postes générés dans certains secteurs d’activités se révèle en effet plus important que le nombre de travailleurs disponibles, augmentant par conséquent le nombre de postes vacants.

Des conséquences importantes

La pénurie de main-d’œuvre a des effets directs sur la stabilité et la croissance des entreprises et force même plusieurs d’entre elles à réduire leurs activités. Cette problématique peut se faire ressentir dans la réduction des heures d’ouverture, la perte de revenus ou la difficulté à intégrer de nouvelles technologies. L’offre risque donc d’être incapable de répondre à la demande.

La pénurie peut aussi avoir des effets sur les employés eux-mêmes en entraînant des épuisements professionnels et une augmentation des absences et maladies en raison d’une charge de travail trop élevée. Ce contexte sera propice à une augmentation des salaires et conditions de travail en faveur des employés, diminuant d’autant la rentabilité déjà fragile de certaines entreprises. Les employés sont de plus en plus conscients que le pouvoir de négociation penche dans leur direction.

En avril 2020 au Québec, au sommet de la crise, on comptait 825 900 emplois perdus. Ce sommet s’est grandement résorbé : en mars 2021, 112 700 emplois manquent encore à l’appel dans l’ensemble de la province (-2,6 %). La croissance du nombre d’emplois (+713 200) de mai 2020 à mars 2021 a permis de récupérer 86,4 % des emplois perdus. Le niveau d’emploi de mars 2021 est maintenant à 97,4 % de celui de février 2020 pour l’ensemble des secteurs.

Toujours pour l’ensemble des secteurs, la baisse a touché davantage les emplois à temps partiel (-98 500 ; -12,1 %) qu’à temps plein (-14 200 ; -0,4 %) et encore davantage les femmes (-76 400 ; -3,7 %) que les hommes (-36 300 ; -1,6 %).

Les secteurs où l’emploi a le plus baissé sont les services d’hébergement et de restauration (-73 600 ; -28,4 %), l’information, la culture et les loisirs (-42 600 ; -23,5 %) et le transport et l’entreposage (-25 300 ; -10,2 %). La population active s’est accrue en 2021 (+25 900 ; +0,6 %) au Québec tandis que le taux de chômage est stable à 6,4 % et a baissé de 0,7 point de pourcentage à 7,5 % au Canada.

Source : Institut du Québec

L’impact de la pandémie

Au Canada, l’emploi dans la restauration avait reculé en mai 2020 de 55,8 % (-635 515) par rapport à février 2020 et est resté en déficit de près d’un tiers (-29,3 % ; -336 667) en décembre 2020 par rapport à février 2020. De mi-janvier à mi-février 2021, selon le rapport Enquête canadienne sur la situation des entreprises de Statistique Canada, il se dégage trois constats intéressants sur les entreprises de restauration et les débits de boissons. La majorité de ces entreprises s’attendent à une baisse de la rentabilité à court terme, ne savent pas combien de temps elles pourront continuer à poursuivre leurs activités avant d’être contraintes de fermer ou de faire faillite et n’ont pas la capacité de s’endetter davantage.

En 2020, une proportion importante des entreprises des services de restauration et de débits de boissons a enregistré une baisse de 40 % ou plus de leurs recettes par rapport à 2019 et plus des trois quarts ont reçu une forme de financement en raison de la pandémie ou en ont fait une demande qui a été approuvée. En raison des restrictions imposées aux services de restauration sur place et l’hésitation des clients à fréquenter les restaurants, les entreprises de restauration et des débits de boissons ont adopté la livraison et les plats à emporter sans contact et ont fait des progrès technologiques pour accroître leurs ventes en ligne.

Plus de la moitié (50,7 %) ont indiqué qu’elles étaient susceptibles ou très susceptibles d’adopter des options de livraison ou de ramassage sans contact de façon permanente au-delà de la crise. Plus d’un quart (27,5 %) de ces entreprises ont une plateforme de vente en ligne ou prévoient en mettre une en œuvre prochainement. C’est plus de 30 % ou plus des ventes totales qui ont été réalisées en ligne par près d’un cinquième (19,4 %) des entreprises de restauration et débits de boissons, ce qui représente plus du double de 2019 (9,1 %).

Mots-clés: Québec (province)
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