Partage des pourboires : l’ARQ « reviendra à la charge »

20 mai 2018 - Par Alexandra Duchaine

« Le projet de loi sur les normes du travail va mourir au feuilleton avec la saison estivale et les élections automnales », prévoit le vice-président aux affaires publiques et gouvernementales de l’Association des restaurants du Québec (ARQ), François Meunier. Et qui dit nouveau gouvernement dit nouvelle occasion de promouvoir les bienfaits de la redistribution des pourboires.

« Non, notre combat n’est pas terminé. Nous reviendrons à la charge », avance celui qui représente 5 600 restaurateurs de la province. La ministre québécoise du Travail, Dominique Vien, a refusé la demande de l’ARQ d’amender le projet de loi 176, qui viendrait modifier la Loi sur les normes du travail, dans le but de permettre aux restaurateurs la mise en place d’une politique de partage des pourboires. Le projet de loi, étudié en commission parlementaire, présente toujours l’article 50, qui interdit aux restaurateurs la prise de contrôle des pourboires.

Interrogé par HRImag, François Meunier met de l’avant le calendrier serré de l’État. Il rappelle que les travaux parlementaires se terminent à la mi-juin pour les vacances d’été et que la révision chapitre par chapitre du projet de loi sur les normes du travail n’est même pas commencée. « Je ne suis pas devin. Mais il touche bien des enjeux, des acteurs et des cordes sensibles. Je serais étonné qu’il soit approuvé en si peu de temps », affirme le vice-président.

Démarche politique
Si la demande de l’ARQ a tout de suite été refusée par la ministre Dominique Vien, c’est qu’elle est en décalage avec les ambitions des décideurs, qui cherchent avant tout à modifier les normes du travail dans le but de faciliter la conciliation travail-famille, croit François Meunier.

Il reproche au gouvernement sa démarche politique : « Avec le projet de loi, on cherche surtout à plaire aux parents. On donne presque tout aux travailleurs, rien aux employeurs ». La redistribution des pourboires est à ses yeux un sujet épineux que les Libéraux ne veulent point effleurer, de peur d’y perdre quelques appuis aux prochaines élections.

Rappelons-le, si l’ARQ souhaite contraindre les restaurateurs à remettre une part de leurs revenus à tous les employés qui contribuent au service, c’est pour améliorer les conditions de travail des cuisiniers, qui gagnent, en moyenne, entre dix et vingt dollars de moins que les serveurs.

Cette demande s’inscrit dans un contexte difficile de pénurie de main-d’oeuvre. Augmenter le salaire des cuisiniers pour faciliter leur rétention, sans que ses membres vident leurs coffres, voilà en fait l’ambition de l’ARQ.

Désaccord
En entrevue à La Presse, l’attaché de la ministre du travail, Florent Tanlet, a affirmé vendredi que « le partage des pourboires, c’est déshabiller Paul pour habiller Jean ».

« Donc, on ne le rajoutera pas. La raison pour laquelle la loi ne permet pas aux restaurateurs de gérer les pourboires, c’est que certains d’entre eux s’en gardaient dans les poches », cite le quotidien montréalais.

L’article précise que le ministère du Travail a suggéré d’étudier la question au moyen d’une « table de travail », qui inclurait des restaurateurs et des serveurs.

Dans un communiqué de presse publié cette semaine, la Fédération du commerce CSN s’est dit en désaccord avec l’ARQ. Elle l’accuse de « complètement dévaloriser le travailler des serveurs ». Elle rappelle que ces derniers ont un salaire à l’heure bien moins élevé (9,80$) que les employés sans pourboires (12$) et que les sommes que les clients leur remettent sont soumises à l’impôt.

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