« On veut initier un mouvement »

28 mai 2018 - Par Alexandra Duchaine

Le personnel du restaurant végétalien Aux Vivres, sur le boulevard Saint-Laurent, à Montréal, s’est doté d’un syndicat dans l’espoir d’obtenir de meilleures conditions de travail. Il espère inciter d’autres travailleurs à se mobiliser.

Périodes d’attente et de formation non payées, convocations dernière minute, absence de pauses, uniformes obligatoires non remboursés, erreurs de commandes déduites des salaires, vols de pourboires : dans le milieu, les témoignages désolants pullulent. « Mais en restauration, personne ne se plaint, tout le monde endure, parce que la plupart des emplois sont temporaires ou à temps partiel, croit la représentante syndicale des employés d’Aux Vivres, Érika Plante-Jean. Chacun se dit : "à quoi bon demander plus à l’employeur, si dans six mois je ne serai plus là ?" », illustre-t-elle.

Modèle
Les salariés du restaurant fondé en 1997, qui distribue désormais ses produits dans plusieurs épiceries et commerces spécialisés, en avaient assez de ce mutisme. Dans l’espoir d’initier un mouvement de revendications qui viendrait changer le visage du milieu, ils ont contacté la CSN à l’hiver 2016 afin de créer leur syndicat. Ce qui les dérangeaient, surtout, c’est le manque de communication avec leurs employeurs, qu’ils ne voyaient jamais, à l’exception près des fêtes annuelles.

Depuis sept mois, les quelque 65 employés du restaurant et de sa boutique voisine négocient leur convention collective. Ils ont rejeté la semaine dernière l’offre patronale finale, qu’ils jugeaient insatisfaisante du point vue salarial. Les propriétaires d’Aux Vivres ont accepté la plupart de leurs demandes, mais refusent de leur accorder des augmentations à l’embauche et des ajustements annuels de 2 %. Le syndicat souhaite revenir à la table des négociations et agite le spectre de la grève.

« Nos employeurs ont les moyens de nous payer, sinon ils nous prouveraient le contraire », soutient Érika Plante-Jean. Bien qu’elle ne connaisse pas leur chiffre d’affaire, la jeune femme affirme que l’entreprise se porte bien, puisqu’elle ouvrira une nouvelle succursale très bientôt.

Difficile
En plus de superviser le magasin d’Aux Vivres, Érika Plante-Jean étudie en histoire de l’art. Comme la grande majorité de ses collègues, elle se définit surtout comme une étudiante qui caresse de bien grandes ambitions. « Il y a tellement de roulement dans l’entreprise que ça devient difficile de garder les troupes mobilisées. Il faut sans cesse approcher les nouveaux et les sensibiliser à notre cause », explique-t-elle.

Toutefois, Érika Plante-Jean le reconnaît, la taille de son équipe a facilité la naissance du syndicat. « C’est un travail de longue haleine. Parfois on est découragé. Et quand on est plus motivé, il y a toujours quelqu’un pour nous tenir, pour prendre notre place, pour nous encourager à continuer. On peut souffler, chacun à notre tour », résume-t-elle. La main d’oeuvre des restaurants de moindre envergure qui voudront les imiter devront être tenaces et encore plus solidaires.

La clientèle de la boutique encourage la démarche du personnel. « Elle embrasse les mêmes valeurs de justice et d’équité et nous pousse à continuer, c’est motivant », fait valoir Érika Plante-Jean. Selon elle, les restaurateurs voisins qui ont eu vent de leurs actions sont admiratifs et curieux. Iront-ils jusqu’à les imiter ?

(Crédit photo : Page Facebook d’Aux Vivres)

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