Veille de tempête (1/5) : « À la réouverture, les clients n’étaient pas au rendez-vous »

 
9 septembre 2020 | Par Laurence-Michèle Dufour

Ils y ont mis leurs efforts, leur envie, leur énergie, leurs économies : dans les derniers instants de 2019 et les premières longueurs de 2020, plusieurs entrepreneurs se sont investis corps et âme pour ouvrir ou reprendre l’établissement de leurs rêves. Mais quelques semaines plus tard, une pandémie s’abattait sur le Québec et sur la planète entière. Comment ceux qui venaient à peine d’inaugurer leur restaurant, leur auberge ou leur hôtel ont-ils affronté cette terrible tempête ? HRImag donne la parole à cinq d’entre eux.

Épisode 1 : Norman St-Pierre, Narval, Rimouski.
 

Fort de plusieurs années en restauration, Norman St-Pierre n’en était pas à sa première ouverture d’entreprise. Après avoir choisi de s’établir en 2008 dans le Bas-Saint-Laurent pour y travailler comme sous-chef auprès de la flamboyante Colombe St-Pierre pendant quatre saisons, il décide d’y élire domicile et de fonder Les Affamés du Bic. « À ce moment-là de ma carrière, j’avais envie de faire quelque chose de plus familial, de plus accessible et de moins cher, confie le chef. Je proposais une table d’hôte pour les plus curieux, tout en servant de la poutine et de la Coors Light ».

Avec ses partenaires d’affaires de l’époque, il ouvre une seconde succursale, à Rimouski cette fois. Les deux restaurants connaissent un véritable succès, mais Norman St-Pierre se sent freiné dans sa créativité en raison du volume de clients et il décide de quitter l’aventure au mois d’août 2019.

L’entrepreneur développe un nouveau plan d’affaires et, quelques mois plus tard, trouve l’emplacement idéal pour son Narval. « C’était déjà un restaurant et plusieurs installations comme la hotte et la chambre froide faisaient partie du mobilier fixe inclus dans la location. Le gros de mon investissement, c’était l’achat d’équipements de cuisine neufs, de la vaisselle et d’un mobilier de qualité. J’ai voulu me faire plaisir : un restaurant de cuisiniers, avec une cuisine plus grande que la salle à manger. »

Le petit local d’une vingtaine de places est prêt à ouvrir ses portes pour la Saint-Valentin et connait un succès instantané. « On affichait complet tous les soirs. On est une petite équipe, ça me permet de garder un certain contrôle sur tout ce qui se fait. Comme partout, Rimouski connaît aussi une pénurie de main-d’œuvre en cuisine. Cette formule me permet de ne pas trop en subir les contrecoups. »

Norman St-Pierre avait pensé à tout… sauf à l’inimaginable. Un mois plus tard, la crise sanitaire stoppe son élan. « Au début, j’ai fait un peu de déni. J’imaginais une grippe comme une autre. Quand le gouvernement a annoncé qu’il fallait cesser nos activités en salle, ça a été un choc. J’ai attendu un peu de voir ce qui se passerait puis j’ai dû me rendre à l’évidence : je devais rapidement trouver une solution pour payer mes frais fixes. »

Après avoir mis toute son énergie et ses économies dans l’ouverture de son nouveau projet, il doit se réinventer et décide de convertir son offre gastronomique en formule pour emporter. « Je n’avais jamais fait ça de ma vie, du take-out. Il y a beaucoup de contraintes à considérer. Je devais aussi travailler seul. Avec si peu d’historique, mon restaurant n’était pas éligible aux programmes d’aides gouvernementales. »

Il réussit ainsi à faire survivre son entreprise, mais le contact humain lui manque. « C’est certain qu’on arrive à être rentable en coupant dans la main-d’œuvre. Il n’y a pas de ménage à faire quand le client quitte avec son sac, mais ce n’est pas ce qui m’anime et me motive à faire de la restauration », déplore-t-il.

Une reprise difficile

Lorsque le gouvernement donne le go, le 15 juin dernier, Norman St-Pierre s’empresse de rouvrir son établissement. « J’avais vraiment hâte de moi-même pouvoir aller au restaurant. Mais à ma grande surprise, les clients n’étaient pas au rendez-vous. Les gens avaient peur de sortir. C’est là que j’ai fait une crise d’angoisse. »

Le temps que les activités reprennent tranquillement dans sa salle à manger, maintenant à capacité réduite, le chef se résigne à offrir les deux versions : un menu à manger sur place et un autre à emporter. « Comme entrepreneur, normalement, quand ça va moins bien, il faut juste travailler plus fort. Je suis prêt à faire d’autres sacrifices, mais dans le cas d’un reconfinement, j’aurais peur que mes nerfs ne tiennent pas le coup. »

(Crédit Photo : Michel Dompierre)

Pour suivre le Restaurant Narval :

Mots-clés: 01 Bas-Saint-Laurent
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