keyboard_arrow_up
 

Les sages

Michel Barbier : La voix qui porte

 
27 janvier 2020 | Par Pierre-Alain Belpaire

Mis sur pied en 1979, l’organisme à but non lucratif Kéroul a soufflé, voici peu, ses 40 bougies. Un cap symbolique, certes, qui a toutefois pris une dimension historique lorsque fut annoncé le départ à la retraite, en décembre dernier, d’André Leclerc, le PDG et fondateur qui a, durant ces quatre décennies, multiplié les efforts et les initiatives pour améliorer l’accessibilité des lieux touristiques et culturels aux citoyens à capacités physiques restreintes. Son successeur, Michel Barbier, ne s’en cache pas : enfiler les chaussures du populaire dirigeant ne sera pas chose aisée. « André, c’était le fondateur, mais aussi le développeur, le visionnaire, lance-t-il. Mais c’est un défi ambitieux, un défi emballant. Et j’apprécie les défis qui ne sont pas des demi-mesures ! »

Détenteur d’une maîtrise en administration publique, ce quinquagénaire a longtemps œuvré à la direction des services de loisirs des villes de LeMoyne et de Saint-Lambert et s’est impliqué dans différentes associations professionnelles. Cet « acteur de terrain » habitué à travailler auprès de divers paliers de gouvernement entend profiter de la notoriété et, surtout, de la crédibilité de Kéroul pour amener l’organisme « à un autre niveau ».

En reprenant les rênes de cet organisme d’importance, Michel Barbier s’est en effet fixé comme objectifs de développer les habiletés de l’organisation et de multiplier les partenariats, les mandats et les services offerts. Mais son principal combat, « la pierre angulaire » de sa présidence, c’est de poursuivre les démarches de Kéroul pour obtenir une déclaration officielle du gouvernement afin qu’à l’avenir, tout ce qui se bâtit au Québec soit pleinement accessible à tous. Si la province s’est déjà dotée d’un Code du bâtiment, ce dernier ne semble pas suffire ; de nombreux propriétaires et gestionnaires aménagent toujours leurs locaux sans tenir compte des 15 % de la population présentant des capacités physiques restreintes.

« Une telle déclaration nous permettrait de fixer une année zéro en matière d’accessibilité, et le Québec pourrait devenir une réelle et majeure destination pour le tourisme accessible, avance le nouveau PDG. Combien de temps cela prendra-t-il avant d’y parvenir ? Je ne sais pas. Trois ans ? Cinq ans ? Dix ans ? J’estime que ça doit être réglé dans la prochaine décennie. »

Aux États-Unis, l’Americans with Disabilities Act fixe des normes strictes et des sanctions particulièrement sévères pour ceux qui ne respectent pas les règles en place. Au Québec, aucune sanction n’est actuellement prévue. Et c’est aussi bien ainsi, estime Michel Barbier. « On n’est pas dans cette approche où la seule avenue serait la coercition ; on espère ne pas devoir en arriver là, note-t-il. On veut travailler en amont et simplifier, pour tout propriétaire, l’accès aux outils qui amélioreront l’accessibilité. »

POURSUITE DU DIALOGUE

Le dirigeant de Kéroul sait que, au cours des prochains mois et des prochaines années, il devra communiquer, toujours plus et toujours mieux, avec les professionnels de l’hôtellerie et de la restauration. Surtout, il devra faire tomber les mythes entourant les questions d’accessibilité, notamment l’idée que celle-ci coûte trop cher. « Pour cela, on mise sur l’accompagnement. On veut faire comprendre qu’il n’y a pas de petits succès en matière d’accessibilité : une "simple" rampe, une douche aménagée, ce sont déjà des gains très importants », assure-t-il, rappelant au passage que la subvention maximale dans le cadre du Programme d’accessibilité des établissements touristiques (PAET) a été revue à la hausse et est passée de 20 000 $ à 50 000 $.

Michel Barbier le répète : il ne part pas de zéro et entend poursuivre l’oeuvre de son prédécesseur et compter sur les compétences d’une équipe aguerrie. Il sait aussi que, du côté de la colline Parlementaire, les élus prêtent une oreille attentive aux avis et aux revendications du dynamique organisme. « Entre nous, le dialogue est exemplaire et se déroule dans un esprit d’ouverture, voire de complicité, se félicite-til. Tenez, lors de ma nomination, j’ai par exemple reçu un appel de félicitations de la ministre du Tourisme, madame Caroline Proulx. Ça en dit long, non ? »

© HRI 2012-2020 Tous droits réservés.
HRImag est un média francophone (site Web et magazine papier) qui offre de l'information de pointe sur l'industrie des HRI (hôtels, restaurants et institutions).