Mario Martel : « Il faudra repartir sur de nouvelles bases »

 
31 mars 2020 | Par Pierre-Alain Belpaire

Pour prendre le pouls de notre industrie au cœur de la tempête COVID-19, pour « humaniser » cette terrible crise, HRImag a décidé de donner la parole à diverses personnalités ayant figuré, au cours des dernières années, dans nos hors-séries.
 

En 40 ans de carrière, Mario Martel a affronté tempêtes, tornades et ouragans, mais rien de comparable, assure-t-il, avec la catastrophe qui frappe la planète depuis maintenant quelques semaines. « Des crises financières ou liées à l’hygiène ou à la salubrité, on en a vu, bien sûr, mais là, c’est d’un tout autre niveau, c’est mondial, c’est une paralysie complète. C’était impensable ! », lâche celui qui officia notamment au Melrose et au Concorde, avant de se rediriger vers le commerce de détail, sans pour autant se détacher complètement de son industrie « de cœur ».

Touché par les récits et témoignages qu’il entend, attristé par la tournure des événements, l’homme a, comme souvent, refusé de rester inactif. Il s’est retroussé les manches et, aux côtés notamment de son fils Simon, il a retrouvé ses précieux couteaux dans l’école de cuisine de la Tablée des Chefs, posée au cœur du Grand Marché de Québec, pour y transformer des aliments périssables en portions offertes à Moisson Québec et distribuées « à ceux qui souffrent le plus de ce maudit virus, indique-t-il. Lors de la première corvée, on a transformé près de 2 500 portions. On en est à la troisième corvée. Et ce n’est pas fini. Le slogan de notre escouade, c’est "Sauvons les aliments, alimentons les gens". Ce qui me rend le plus fier, c’est que lorsque j’ai passé des appels pour constituer une brigade pour m’épauler dans ce projet, j’ai pu m’arrêter après seulement six appels. Tout le monde voulait participer. »

La crise est exceptionnellement dramatique, certes, mais il en faut plus pour désarçonner Mario Martel et, surtout, pour lui faire perdre son éternel esprit de guerrier. « Je suis un combattant, que voulez-vous ?, sourit-il. Tout jeune, quand j’étais capitaine de mon équipe, je répétais toujours à mes coéquipiers : "la partie n’est pas finie tant que ce n’est pas fini". C’est pareil dans la vie : il y a toujours moyen de trouver une solution. » C’est également ce qu’il répète aux clients de son entreprise, Entrepreneurchefs. « Moi, au quotidien, ce sont les problèmes des autres qui me créent du travail, résume-t-il. Comment faire pour les sortir de l’impasse, pour les amener ailleurs ? »

Fort de cette philosophie, Mario Martel entend tout mettre en œuvre pour aider ses anciens confrères et consœurs, pour répondre aux appels de cette industrie qu’il chérit tant. Il a ainsi concocté un plan de relance et de solidarité qu’il compte présenter sous peu aux professionnels et au grand public. « L’idée est simple, assure-t-il. Les consommateurs appellent dès à présent leur restaurant préféré, ils y font une réservation maintenant dont ils profiteront dès que la crise sera derrière nous. La date de réservation sera en fait le premier jour de réouverture des établissements. Le restaurateur prend la réservation, avec un dépôt, pour le jour-1 ; quand celui-ci est complet, il passe au jour-2, etc. Dès que François Legault nous donne le "go !", sans mauvais jeu de mots, on fonce profiter de notre réservation et on remplit tous les restaurants. »

Bien conscient que le tsunami COVID-19 laissera derrière lui quelques douloureuses traces, l’entrepreneur souligne aussi que cet épisode pourrait amener l’industrie à être encore « plus forte et plus belle » demain. Outre le réflexe local adopté par la clientèle ou le génie opportuniste de différents professionnels, Mario Martel souligne qu’au cours des dernières semaines, le monde de la restauration semble également avoir nettement évolué sur le plan humain. « Il y a aujourd’hui tellement de solidarité, même entre concurrents. C’est magnifique. Face à la COVID, tout le monde est au même niveau, sur le même bateau. Cette pause forcée doit nous permettre de repartir sur de nouvelles bases. Mais il faut qu’on se serre les coudes, qu’on affronte ensemble ces moments. Et c’est également ensemble qu’on célébrera la relance. Car oui, il y aura une relance, je vous le promets ! »
 

Retrouvez ici le portrait de Mario Martel : Grand chef d’entreprise

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