Liza Frulla : « Il faudra retrouver le goût de chez nous »

 
2 avril 2020 | Par Pierre-Alain Belpaire

Pour prendre le pouls de notre industrie au cœur de la tempête COVID-19, pour « humaniser » cette terrible crise, HRImag a décidé de donner la parole à diverses personnalités ayant figuré, au cours des dernières années, dans nos hors-séries.
 

Lorsque, lors de vos passages sur les collines parlementaires de Québec et d’Ottawa ou dans les bureaux de Radio-Canada, vous avez été amenée à gérer des crises de la trempe de celles d’Oka (1990), du verglas (1998), du SRAS (2003) ou du H1N1 (2009), vous avez l’impression d’avoir tout vu, tout affronté. « Mais celle-ci, c’en est toute une !, souffle l’honorable Liza Frulla. Dans les autres cas, on en voyait la fin, on savait qu’il existait une solution, un médicament, un vaccin. Ici, c’est vraiment la tempête parfaite. Et ce sera sans doute aussi la pire de toutes en termes de conséquences… »

À la barre du paquebot ITHQ depuis 2015, Liza Frulla a dû, « subitement », cesser toutes les opérations qui s’y déroulaient. « Comme si on avait frappé un iceberg, résume-t-elle. Le jeudi 12 mars, on nous annonçait qu’on pouvait poursuivre nos activités ; dès le lendemain, on fermait l’école. » En plus d’aider les étudiants à récupérer leurs affaires laissées dans l’établissement, la directrice générale et ses équipes ont dû immédiatement venir en aide aux stagiaires alors à l’extérieur des frontières canadiennes. « 28 de nos étudiants se trouvaient par exemple en France et s’apprêtaient à rejoindre l’Italie », indique la dirigeante. Tous ont, depuis lors, été rapatriés et invités à suivre les mesures de quarantaine.

Si aujourd’hui plus personne ou presque ne déambule dans les locaux de la rue Saint-Denis, l’institution n’en reste pas pour autant inactive. Lorsque la matière enseignée le permet, des cours à distance sont proposés (« Et je tiens d’ailleurs à féliciter nos professeurs ! »), tandis que les activités pédagogiques annulées seront ultérieurement planifiées. L’école a également décidé de s’associer avec la Tablée des Chefs : depuis ce mercredi, le chef de l’ITHQ Jonathan Lapierre-Réhayem a ainsi repris les commandes de l’une des cuisines afin d’offrir des plats à des organismes dans le besoin. « Pas question cependant de faire du prêt-à-manger ou de viser les consommateurs, prévient Liza Frulla. On veut aider l’industrie mais sans empiéter sur ses initiatives. » C’est la même logique qui a convaincu la directrice de mettre les 42 chambres de l’Hôtel de l’ITHQ à disposition du réseau de la santé, « à condition que cela n’empêche pas les autres hôteliers de combler une partie de leur manque à gagner. À titre d’institution gouvernementale, on se doit d’apporter, dans la mesure du possible, notre soutien à l’effort communautaire tout en aidant, voire en protégeant les professionnels. »

Malgré ces nombreuses et nobles actions, Liza Frulla le répète à l’envi : sa priorité, c’est de veiller à ce que ses troupes vivent au mieux ces semaines particulières. Par diverses communications, l’ITHQ a ainsi proposé aux étudiants qui en auraient besoin de les accompagner. « Plusieurs ont perdu leur job ou leur stage rémunéré. Ça crée une évidente insécurité, tant financière que psychologique. On doit les soutenir, leur rappeler que s’ils ont le goût de se confier, ils ne doivent surtout pas se gêner. Et ce message s’adresse aussi aux enseignants et à l’ensemble des équipes de l’ITHQ. N’ayez pas peur de parler ! »

Comme le mentionne un bandeau coloré publié sur son site Web, l’Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec est officiellement fermé jusqu’au 1er mai prochain. « Au minimum… », soupire Liza Frulla. Il lui faudra ensuite relancer l’imposant paquebot et aider professeurs et étudiants à s’adapter à de nouvelles réalités. « Notre société va changer, c’est une certitude, lance la directrice générale. Une fois cette crise derrière nous, je souhaite surtout qu’en tant que citoyens, on apprécie ce que l’on a chez nous. » Et de citer, parmi une longue liste d’exemples, les aliments québécois « de très haute qualité », des paysages exceptionnels ou encore le service offert par nos hôteliers et nos restaurateurs. « Il va falloir retrouver le goût de chez nous, pour ensuite faire rayonner cette appréciation-là en accueillant les visiteurs venant de l’extérieur. C’était déjà important avant, ce sera désormais fondamental. »

(Crédit photo : ITHQ)
 

Relisez le portrait de Liza Frulla : Déclaration d’amour

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