Les restaurateurs, ces « laissés-pour-compte » ?

 
4 juin 2020 | Par Pierre-Alain Belpaire

L’annonce, fin mars, de la fermeture des salles à manger, n’avait évidemment pas fait sourire les propriétaires et gestionnaires d’établissements de restauration, mais face à la menace du virus et au nombre croissant de décès et de malades, les professionnels l’avaient acceptée et respectée. Toutefois, au fil des semaines et, surtout, alors que se succédaient les annonces concernant d’autres pans de l’économie québécoise, on sentait monter la colère. « On nous oublie, nous écrivait ce mardi un restaurateur installé dans les Laurentides. C’est toujours pareil : nous, on ne fait pas de bruit, on ne réclame jamais rien, et résultat, on passe après tout le reste, on récolte les miettes. » Dans les médias et sur les réseaux sociaux, les commentaires amers se multipliaient. Ce sentiment d’injustice poussait également certains acteurs à élever la voix ou à menacer de braver l’interdit en rouvrant par exemple leur terrasse sans l’aval des autorités.

Si tout porte à croire qu’une annonce devrait être faite d’ici quelques jours, plusieurs zones d’ombre (calendrier précis, mesures de salubrité, sort de la région montréalaise et des bars…) entourent encore la relance de ce secteur. « On passe après les coiffeurs, après la construction, après les spas… Les restaurateurs sont les laissés-pour-compte du déconfinement », soupirait ce jeudi un chef bien connu de la Capitale-Nationale qui, après avoir accepté qu’on cite son nom dans l’article, nous a rappelé pour se raviser. « Le texte paru ce matin dans le Journal de Québec, c’est un premier pas en avant, enfin du positif : je vais me contenter de ça pour aujourd’hui et essayer d’arrêter de chialer. Mais de n’avoir eu aucune nouvelle, aucun calendrier, aucune date à laquelle se raccrocher pendant plus de deux mois, je t’avoue que ça me reste en travers de la gorge. »

Plus grande complexité

Du côté des organisations professionnelles, on répète comprendre le découragement de ces restaurateurs, mais on cherche à calmer les esprits. « D’autres industries ne sont pas encore déconfinées, principalement celles qui impliquent des rassemblements en grand nombre, illustre David Lefebvre, vice-président fédéral et Québec chez Restaurants Canada. Évidemment, on aurait aimé que les salles à manger puissent rouvrir plus tôt, mais les conditions inhérentes à la restauration (clients stationnaires, accueil de groupes…) ont poussé les autorités à prendre cette décision. » Et de rappeler qu’il n’y a pas qu’au Québec que le sort des restaurateurs a été réglé après celui d’autres métiers. « Le déconfinement, c’est comme un oignon dont on enlève les pelures une par une, poursuit-il. De par sa nature, déconfiner et relancer la restauration est d’une plus grande complexité. »

Il ne faudrait pas oublier, nous glisse-t-on, qu’en ce début juin, la pandémie fait encore des victimes au Québec et qu’un déconfinement général et trop rapide aurait pu s’avérer contre-productif. Les décisions détaillées chaque après-midi par François Legault et ses troupes ne sont pas uniquement prises pour des motifs économiques mais sont aussi – et surtout – influencées par des impératifs sanitaires. Dans une infolettre publiée ce mercredi après-midi, l’Association Restauration Québec (ARQ) soulignait ainsi que « le gouvernement s’est toujours appuyé sur les guides des normes sanitaires élaborés par la CNESST et la Santé publique pour donner le feu vert final. Il n’est est pas autrement pour notre industrie. » « Ceci étant dit, le ras-le-bol des restaurateurs, je le comprends, confie François Meunier, vice-président, Affaires publiques et gouvernementales de l’organisation. L’urgence se fait sentir, surtout au niveau financier. Plusieurs sont pris à la gorge, il est grand temps de renflouer les coffres. Mais on est les prochains. Enfin ! »

Si tout indique en effet qu’on approche du bout du tunnel, il faudra encore que les professionnels fassent preuve d’un peu de patience : entre l’annonce gouvernementale et la date effective de la reprise, un certain délai devra, inévitablement, être respecté. « On ne veut pas qu’il n’y ait pas de temps entre les deux, lance François Meunier. Il faudra que ça se fasse comme il faut, dans les règles, dans le respect de la santé publique. » Et le responsable d’estimer qu’un « maximum de dix jours » devrait suffire aux restaurateurs pour préparer comme il se doit ce retour aux affaires.

En attendant que soient dévoilés les détails de cette tant attendue relance, les deux hommes rappellent que leurs regroupements respectifs mettent tout en œuvre pour protéger l’industrie et ses artisans. « On travaille très fort avec les autorités pour que le processus de réouverture ait du sens, qu’il puisse fonctionner », indique David Lefebvre. Alors que, lors de la fermeture printanière, des inventaires avaient été perdus, les restaurateurs pourraient cette fois souffrir des mesures de distanciation qui leur seront imposées lors de la reprise. « Il faudra obtenir des soutiens spécifiques », glisse-t-il.

(Crédit photo : Free-Photos / Pixabay)

Mots-clés: Québec (province)
Restauration

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