Les hôteliers durcissent le ton : « Dès qu’on évoque une subvention, on frappe un mur ! »

 
21 octobre 2020 | Par Pierre-Alain Belpaire

L’article 135 du projet de loi 67, c’est la goutte d’eau qui pourrait faire déborder le vase. Un énième coup sur la tête d’hôteliers déjà à terre. Cet article empêcherait les propriétaires d’établissements d’hébergement de réclamer une réévaluation et un ajustement du compte de taxes municipales. « La taxation municipale représente pourtant l’un des coûts fixes les plus lourds au sein de notre secteur d’activité, dénonce l’Association Hôtellerie Québec dans un bulletin adressé à ses membres. Notre situation est déjà préoccupante avec le manque criant de liquidités […] Cet article vient rajouter une pénalité à notre secteur. » Pour essayer d’obtenir « l’abandon pur et simple » de cet article 135, Dany Thibault et Xavier Gret, respectivement président du C.A. et président-directeur général de l’AHQ, interviennent ce mercredi après-midi en commission parlementaire.

« Cette nouvelle disposition législative vient retirer le droit fondamental de demander la révision d’une décision d’une instance gouvernementale et contribuera certainement à accroitre la pression, ceci sans aucune valeur ajoutée, regrette Xavier Gret. Au cours des dernières années, le tourisme était prolifique au Québec, et cela s’est reflété sur [les] nouveaux rôles d’évaluation foncière. Cette réalité rattrape notre secteur et nous heurte davantage. Le retrait d’un droit de contestation ne fait qu’ajouter un poids inutile sur nos épaules. »

En attente de solutions

Après plus de sept mois de crise, l’industrie hôtelière durcit le ton. Ces derniers jours, dans les communiqués, sur différentes plateformes, dans plusieurs tribunes, les termes choisis sont plus fermes. Respectueux, certes, mais définitivement plus fermes.

Ainsi, la semaine dernière, après que la ministre du Tourisme Caroline Proulx ait échangé avec les membres des conseils d’administration des trois principales associations hôtelières (AHQ, AHGM et AHRQ), l’élue se félicitait de l’esprit « constructif et pragmatique » de ces discussions, rappelant les « gestes importants et concrets [du gouvernement] pour soutenir l’industrie touristique ainsi que le secteur hôtelier » et précisant au passage être « ouverte à poser des gestes additionnels ». « Madame la ministre s’est montrée sensible aux préoccupations exprimées par les hôteliers présents, sans toutefois proposer de solutions concrètes aux enjeux criants », répliquait-on du côté de l’Association des hôtels du Grand Montréal. Insistant sur l’importance de continuer à collaborer pleinement avec la ministre Proulx et ses équipes, Xavier Gret confiait quant à lui être toujours « à la recherche de solutions ».

Les semaines passent, la crise perdure et les professionnels de la scène hôtelière québécoise veulent aujourd’hui des réponses « concrètes » et « rapides », souligne Eve Paré, pdg de l’AHGM. « On n’a plus de patience, il y a urgence », souffle-t-elle en entrevue avec HRImag.

Comme d’autres acteurs de l’industrie, la dirigeante montréalaise répète, une fois encore, attendre des subventions et non des prêts. Le Plan de relance touristique, dévoilé par Québec le 11 juin dernier et représentant des investissements de 753 millions $, ne suffira pas. Loin de là. « Ce Plan, ce fut une grande déception, explique Eve Paré. Quand on l’analyse un peu, en aides directes, il y avait uniquement les remboursements de la taxe d’hébergement des premiers mois de 2020. C’est bien trop peu. » Et d’écorcher au passage le Programme d’action concertée temporaire pour les entreprises (PACTE), ses conditions « pas si intéressantes que cela » et le parcours du combattant à affronter avant d’en bénéficier. « C’est long, complexe, ardu. Bref, c’est un peu les 12 travaux d’Astérix », regrette la présidente-directrice générale. Quant au programme d’aide à la rénovation, destiné à aider les hôteliers dans leur (re)conquête du marché des affaires et des congrès, Eve Paré le juge « sidérant ». « C’est tout simplement ahurissant de nous proposer des prêts pour des rénovations en ce moment. Personne – ou presque – n’est en mesure de penser à cela… », assène-t-elle.

Risque d’hécatombe

Alors que l’automne s’est installé, le secteur hôtelier fait donc entendre ses revendications. Et prévient : pas question de se voir offrir d’autres prêts. « C’est une question de survie », poursuit Eve Paré. Selon des données recueillies par l’AHGM, le manque à gagner en revenus d’hébergement pour sa centaine de membres s’élevait déjà, au 30 septembre dernier, à plus d’un demi-milliard de dollars, soit des pertes moyennes quotidiennes de 2,8 millions. « On a besoin d’argent, principalement pour payer nos taxes. Sans aides directes, un membre de l’AHGM sur deux ne tiendra pas au-delà de six mois. Mais dès qu’on évoque une subvention, on frappe un mur ! »

Malgré diverses interventions dans les médias traditionnels et une manifestation remarquée mercredi dernier sur la Colline parlementaire, la détresse des hôteliers semble, pour l’heure, ne pas être pleinement perçue ou bien comprise par le grand public. « Oui, l’hôtellerie est oubliée, concède la responsable. Plus de 75 % de nos établissements sont des propriétés québécoises ; pourtant, quand on parle d’un Marriott Courtyard, dans l’imaginaire collectif, c’est une bannière étrangère. Et puis ça sonne luxueux, ça semble à l’abri sur le plan financier. Résultat : on a beau évoquer les pertes d’emplois et les milliers de Québécois qui en souffriront, ça touche malheureusement moins le public. C’est aussi sous-estimer l’importance de l’écosystème qui gravite autour d’un hôtel : le fleuriste voisin, la buanderie, le restaurant en concession, le marchand de meubles du coin… On néglige l’importance de l’hôtellerie sur l’économie québécoise. Sans compensation, l’hécatombe est là, devant nous ! »

(Crédit photo : Tim Savage / Pexels)

Mots-clés: Québec (province)
Lois, règlements et permis
Hôtellerie

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