Le mentorat d’affaires

Briser l’isolement

14 décembre 2011 - Par Caroline Rodgers

Au Québec, le tiers des nouvelles entreprises (34 %) ne survivent pas au-delà de leurs cinq premières années, selon la Fondation de l’entrepreneurship. Se lancer en affaires, en particulier dans le domaine de la restauration et de l’hôtellerie, n’est pas chose simple !

Quel entrepreneur n’a jamais rêvé d’avoir une oreille attentive et expérimentée à qui se confier ? C’est le rôle du mentor d’affaires, un accompagnateur bénévole à l’écoute.

Marie Gaudet a été propriétaire du restaurant Opéra, à Farnham, pendant 38 ans, et de l’Auberge Le Pigeonnier de 1974 à 2005. Elle donne de son temps comme mentore dans le milieu de la restauration et de l’hôtellerie depuis six ans, dans le cadre du Réseau M, un programme de la Fondation de l’entrepreneurship.

« Une relation de mentorat dure environ deux ans, dit-elle. On est là pour écouter, pour aider notre mentoré à réfléchir, lui présenter différentes options auxquelles il n’avait pas songé. Mais on ne prend aucune décision à sa place ! On ne peut pas résoudre ses difficultés pour lui, mais tous ceux qui ont des mentors disent que cela les aide énormément. Car l’entrepreneur, souvent, est seul dans sa tête avec ses problèmes. Il se sent isolé. Le mentorat aide à briser cet isolement. »

Preuve que le mentorat porte ses fruits : selon la Fondation de l’entrepreneurship, il permet de doubler le taux de survie des entreprises. Celui-ci passe de 34 % à 73 % chez celles dont le propriétaire reçoit l’aide d’un mentor.

À l’Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec (ITHQ), on est conscient des bénéfices du mentorat. Un comité a été chargé de mettre en place une structure de mentorat d’affaires au cours des prochaines années. « Selon un sondage auprès de nos diplômés, la plupart affirment que s’ils avaient eu de l’aide dès le départ, cela aurait été plus facile pour eux », dit Paul Caccia, directeur des communications de l’ITHQ.

Coach, mentor ou consultant ?

Même s’ils ont des points en commun, le coaching et le mentorat sont deux choses différentes. Le coach et le mentor ont certes un objectif en commun, celui d’accompagner une personne qui s’est donné des objectifs de développement.

Mais l’accompagnement qu’ils apportent s’effectue de manière différente.

« Un coach est là pour aider quelqu’un qui souhaite développer des compétences bien précises dans un court laps de temps, comme les habiletés de leadership ou de gestion, explique Nathalie Lafranchise, coprésidente de Mentorat Québec. Il utilise des stratégies de motivation et suit un plan de développement assez structuré, axé sur le savoir-faire. Pour sa part, le mentor mise davantage sur le savoir-être. Il développe une relation interpersonnelle à moyen ou à long terme avec le mentoré. »

Le mentor, en plus d’être un guide, représente un modèle dont on admire certaines qualités et auquel on arrive parfois, avec le temps, à s’identifier. « Dans un cas idéal, on imagine que le mentoré voit son mentor comme le professionnel qu’il aimerait devenir. L’apprentissage se fait de manière plutôt informelle, notamment par l’entremise de discussions », ajoute Mme Lafranchise.

Quant au consultant, il est là à titre d’expert dans son domaine pour résoudre des problèmes et trouver des solutions qu’il recommande. Généralement, le coach et le consultant sont rémunérés, tandis que le mentor est bénévole.

Dans un cas idéal, on imagine que le mentoré voit son mentor comme le professionnel qu’il aimerait devenir.

Nathalie Lafranchise

Pourquoi devenir mentor ?

Marie Gaudet fait du mentorat par conviction. « J’en fais parce que je crois qu’au Québec, nous avons besoin de nous occuper de notre relève entrepreneuriale, dit-elle. Les jeunes ne semblent plus avoir le feu sacré pour se lancer en affaires, comme ce fut le cas pour ma génération. C’est important que nous y veillions, pour que le Québec de demain soit productif et que nos entreprises appartiennent encore aux Québécois. »

C’est important de veiller à notre relève entrepreneuriale, pour que le Québec de demain soit productif et que nos entreprises appartiennent encore aux Québécois.

Marie Gaudet


Au-delà des convictions, le mentorat apporte à celui qui le pratique un sentiment d’enrichissement personnel relié à une étape de développement de l’adulte que les psychologues appellent la générativité.

« Il s’agit du besoin que l’on ressent de transmettre ses connaissances à la prochaine génération. En cultivant la générativité, on se réalise mieux comme être humain », explique Christine Cuerrier, conseillère d’orientation et professeure associée à l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

Par ailleurs, même si l’on est expert en son domaine, il nous reste toujours quelque chose à apprendre ! Le mentoré peut très bien apprendre des choses à son mentor dans des domaines qu’il connaît mieux que lui, par exemple, sur les nouvelles technologies.

Les conditions gagnantes

La condition première pour qu’une relation de mentorat soit fructueuse est naturellement la confiance mutuelle entre les deux membres de la dyade (couple formé par le mentor et son mentoré). On doit s’assurer qu’ils ont des valeurs communes et des atomes crochus au départ, et s’entendre clairement sur les modalités des rencontres.

Par ailleurs, ne devient pas un bon mentor qui veut ! Certaines qualités sont indispensables. « Il faut être sociable, aimer les gens, avoir une bonne capacité d’écoute, de l’empathie, et être capable de se remettre dans la peau d’un débutant », dit Christine Cuerrier.

L’ouverture d’esprit est de mise. « Le mentor doit avoir la capacité d’accepter que quelqu’un ait une opinion différente de la sienne, dit Nathalie Lafranchise. Cela demande une dose d’humilité. Les gens avec un trop grand ego ne font pas de bons mentors, car ils veulent imposer leur vision et fabriquer des clones d’eux-mêmes. Le bon mentor est plutôt celui qui révèle le mentoré à lui-même en lui posant des questions, et l’aide à trouver ses propres solutions. »

Le mentoré ayant sa personnalité et ses opinions, un choc des valeurs peut survenir !

« Il faut éviter le conflit intergénérationnel, dit Christine Cuerrier. Éviter de dire au mentoré : tu es bien trop jeune pour savoir ceci ou comprendre cela ! Il faut une reconnaissance mutuelle de la génération de l’autre, prendre conscience des valeurs de l’autre, et travailler à partir de cela. »

De plus, comme mentor, il faut savoir établir ses limites. Un mentor n’est pas un exécutant. Il ne met pas concrètement la main à la pâte relativement aux activités de son mentoré. Il n’est pas non plus un thérapeute. Pour observer les choses avec objectivité et bien jouer son rôle, il doit conserver du recul par rapport aux situations vécues par son protégé.

Dans cette édition

Mal bouffe, sors de ce restaurant !
Samy Rabbat
Gabrielle Fontaine
Module d’enregistrement des ventes
La crème…
Quatre principes gagnants pour générer des ventes additionnelles
Conversations déterminantes
Bistro B
Boco
M’as-tu lu ?
Cave à vin ou cellier ?
L’énigmatique « sans gluten »
Comment créer des relations clients durables
La gestion



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