Laval

20 septembre 2019 - Par Marie-Ève Garon

LA RÉGION DE LAVAL N’A SANS DOUTE PAS TOUJOURS EU LA RÉPUTATION QU’ELLE MÉRITAIT. ELLE PREND AUJOURD’HUI SA REVANCHE ET CONNAÎT ACTUELLEMENT UNE VITALITÉ SANS PRÉCÉDENT. SITUÉE À QUELQUES KILOMÈTRES DE LA MÉTROPOLE, ELLE OFFRE À SES HABITANTS L’AVANTAGE DE CÔTOYER LA NATURE ET LES MULTIPLES ATTRAITS D’UN MILIEU URBAIN. POUR LES INTERVENANTS DE L’INDUSTRIE DES HRI, LAVAL S’APPARENTE À UN TERREAU FERTILE OÙ CHACUN MET LA MAIN À LA PÂTE POUR MONTRER AU RESTE DU MONDE QU’ELLE A DÉCIDÉMENT FIÈRE ALLURE.

« ÇA A EXPLOSÉ ! »

Très tôt, Yanick Pazzi choisit la voie de l’hôtellerie parce qu’il désire prendre soin des autres. Il gravit les échelons en caressant le rêve de devenir, un jour, directeur général d’un établissement hôtelier. Avant même d’atteindre les 30 ans, il réalise son souhait : il est aujourd’hui directeur général du Sheraton Laval qui est, avec le Hilton, l’un des deux principaux employeurs dans le secteur lavallois.

Yanick Pazzi, qui constate que cette région a subi une profonde transformation, reconnaît que, avant de s’y établir, sa perception de Laval était, à bien des égards, biaisée. « Je me suis rendu compte que c’était une ville extrêmement bien réputée au sein du milieu des affaires, mais mal connue en matière d’activités et de possibilités. Grâce à l’Office de tourisme en place, dont je fais partie, ça a explosé dans les dernières années sur le plan des attraits, de l’organisation, du positionnement... »

Le rayonnement que connaît la région serait, selon Yanick Pazzi, lié en grande partie au fait que les acteurs du milieu se sont rassemblés autour d’un but commun : optimiser l’offre et faciliter les déplacements sur le territoire lavallois. « Nous retrouvons ici un côté nature tout en étant en milieu urbain. » Pour lui, lutter contre la perception erronée que plusieurs touristes ont avant de visiter Laval demeure un enjeu de taille. « Mais on sent naître un réel intérêt envers nos attraits touristiques : Centropolis, Festival des tulipes, Place Bell... »

Pour le dirigeant, l’avenir semble plein de défis et de belles promesses. « J’ai une grande confiance en l’avenir de l’hôtellerie à Laval. Le terrain de jeu n’est plus local, mais bien international. Plusieurs ouvertures sont prévues dans les prochaines années. Une panoplie d’éléments jouent actuellement en notre faveur. »

LA CHASSE AUX STÉRÉOTYPES

Francis Lorrain, copropriétaire du Boating Club de Sainte-Rose, a misé sur la région qui l’a vu naître pour mettre à profit sa formation suivie à l’ITHQ en cuisine et sommellerie. Il revient aux entreprises actives dans le secteur de la restauration de redonner à cette région ses lettres de noblesse, estime celui qui possède aussi Lorrain à la mer et la Boucherie Lorrain – Cuisine de saison, tous deux situés à Rosemère, à moins d’un kilomètre de son enseigne lavalloise.

« Le stéréotype voulant que Laval soit une ville plate ou quétaine est présent depuis longtemps, et je trouve ça dommage, confie-t-il. Je travaille avec cette clientèle-là depuis des années, et ça n’a rien à voir... Je crois simplement que plusieurs personnes n’y trouvaient pas leur compte avant que l’offre se diversifie. » Francis Lorrain et ses associés ont ainsi voulu apporter une vitalité nouvelle à leur coin de pays, notamment en donnant une seconde vie au Boating Club, une institution fondée en 1889.

Le restaurateur estime que l’enseigne a pavé la voie à d’autres établissements gastronomiques qui participent aujourd’hui à redorer l’image de Laval. « On a décidé de concrétiser le projet, notamment parce qu’il se situe dans Sainte-Rose, notre quartier natal, et de le faire à notre image et selon nos goûts. On avait travaillé à Montréal et beaucoup voyagé. Quand le moment est venu de se lancer, on a été en mesure de faire quelque chose d’abouti et de très cool. »

Aujourd’hui, l’entrepreneur ressent une grande fierté d’avoir su créer son modèle d’affaires dans un endroit où il peut changer les choses. « Il faut sortir, voyager, faire de la recherche et aller voir les gens. Il ne faut jamais arrêter d’être curieux. »

EN AVANCE SUR SON TEMPS

Le Mitoyen fait figure d’institution dans le paysage gastronomique lavallois. En 1977, Richard Bastien a un coup de foudre pour cette maison ancestrale dans laquelle il s’imagine concocter une fine cuisine, tout en légèreté, où les végétaux et les herbes tiennent la vedette. « Déjà, à l’époque, nous achetions local : des cailles, des canards, des asperges, les premiers fromages... C’était le début de cette belle et solide relation avec les producteurs d’ici, rappelle cet autodidacte, dont le fils, Jérémie, dirige aujourd’hui les cuisines du Monarque, dans le Vieux-Montréal. Je travaillais le cerfeuil, l’estragon et les fleurs comestibles... En restauration, c’était assez inusité. »

Sise au coeur de l’ancien village de Sainte-Dorothée, l’adresse bénéficie d’un décor enchanteur. « C’est un quartier où il y a un important zonage agricole. On a l’impression d’être sur une place publique, quelque part en Europe. Mais on n’arrive pas ici par hasard : on veut donc que notre clientèle soit touchée, accueillie et bien servie... Notre ligne de conduite doit être impeccable. » Même s’il estime que son public reste largement composé de gastronomes montréalais, Richard Bastien reconnaît que la région compte de plus en plus de gourmets. « Nos clients sont allumés et intéressants. Ils ont de fins palais. Il faut donc leur faire sentir qu’il y a ici une générosité, une fraîcheur et un engagement quotidien. »

Malgré les défis liés à ce domaine, le cuisinier estime que l’École hôtelière de Laval lui permet d’arrondir les angles, notamment dans les circonstances actuelles. « Plusieurs jeunes viennent faire leur stage ici et décident de rester par la suite. C’est en quelque sorte notre RICHARD BASTIEN pépinière depuis près de trois décennies. »

« NOUS AVONS VIEILLI ENSEMBLE »

Robert Décary est un visionnaire qui, au début des années 1980, quitte le monde de l’enseignement pour ouvrir les portes de son restaurant de fine cuisine régionale. C’est sur le site patrimonial qui a vu naître le curé Labelle que le Lavallois élit alors domicile. Deux décennies plus tard, il se porte acquéreur des propriétés adjacentes aux Menus Plaisirs, afin de créer l’auberge du même nom. « À cette époque, j’ai aussi construit une cave à vin contenant 5 000 bouteilles », précise-t-il.

Après 37 ans aux commandes de son entreprise, l’aubergiste est fier du chemin parcouru. Il déplore toutefois un certain manque de rigueur au sein d’une main-d’oeuvre qui a désormais la possibilité de choisir. « Pour un poste en cuisine, sur une douzaine de candidats potentiels, sept ne se sont pas présentés, et aucun d’eux ne m’a avisé », illustre-t-il. Selon lui, c’est l’aspect de son métier qui a le plus changé. Malgré tout, l’entrepreneur accorde toute sa confiance à cette dynamique industrie, particulièrement dans son coin de pays. « Laval est en pleine effervescence, et c’est stimulant ! »

Le propriétaire constate que sa clientèle lui a toujours été fidèle. « Nous avons vieilli ensemble ! Notre type de cuisine attire un peu moins les nouvelles générations. Elles sont, par contre, friandes de petites escapades du côté de l’Auberge. » L’établissement accueille aussi, dans ses trois appartements entièrement équipés, une clientèle ayant besoin d’un endroit où se loger pour une période prolongée. « Ça fait partie de notre vision de l’hôtellerie que de soutenir nos clients qui vivent une situation de transition. »

Selon le dynamique propriétaire, le secret du succès réside, notamment, dans le fait que, aux Menus Plaisirs, le personnel sait se souvenir de ses clients. « Ils aiment que l’on prenne soin d’eux ; et nous, c’est ce qu’on adore faire. »

LES RAISINS LAVALLOIS

Jean-François Taillefer, dont le grand-père paternel était agriculteur, a exercé le métier de notaire tout en cultivant un certain intérêt pour la terre. « En 1976, j’ai acheté une ferme parce que, jeune, j’avais travaillé au domaine de mes grands-parents et j’en gardais de bons souvenirs. Ce n’est qu’en 1999 que nous y avons planté des vignes, créant, par le fait même, le Château Taillefer- Lafon. » Malgré un certain nombre d’essais et d’erreurs, le vigneron estime aujourd’hui que le jeu en valait la chandelle. « On enterre nos vignes à l’automne, et c’est ce qui fait, je crois, que nous produisons des vins d’une telle qualité. »

Situé à proximité de la ville, le somptueux bâtiment est encadré par une nature luxuriante. « C’est fascinant, car nous ne sommes qu’à quelques kilomètres du Carrefour Laval. Si près, qu’on pourrait y aller à pied ! » L’homme d’affaires croit par ailleurs que les banlieues ceinturant la métropole ont connu, au cours des dernières années, un essor bien mérité. « Nous n’avons absolument rien à envier à personne. Actuellement, environ 80 % des gens qui vivent à Laval y travaillent. Montréal demeure un pôle important, mais les banlieues ont gagné énormément d’autonomie », poursuit-il en soulevant que la densité de la circulation automobile en métropole n’est pas étrangère à cette popularité croissante.

Même s’il se dit préoccupé par les changements climatiques, Jean- François Taillefer garde confiance en l’avenir. « Ce printemps-ci, la nature nous a menés à un retard d’au moins deux semaines. Les raisins gorgés d’eau ne font pas du bon vin. Mais nous sommes chanceux, car nous bénéficions d’un microclimat. Et, de plus, c’est absolument magnifique », conclut-il avec, dans la voix, la fierté d’avoir permis au patronyme de ses ancêtres de perdurer.

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