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Lauriers de la gastronomie : « On est là pour aider à relancer l’industrie »

 
29 mars 2021 | Par Marie Pâris
Crédit photo: Les Lauriers de la gastronomie

En 2019, les Lauriers de la gastronomie québécoise rassemblaient un millier de personnes autour d’un bar à crabe. Avec deux éditions à son actif et de nombreux partenaires, l’organisation sentait qu’elle avait fait sa place. Mais en 2020, l’événement est annulé à cause de la pandémie. Cette année, les Lauriers ont annoncé leur retour le 24 mai prochain. C’était normalement au tour de Stéphane Modat, lauréat 2019, de prendre en charge le repas de l’événement ; l’occasion pour un chef de s’offrir une mise en scène qui ne serait pas possible dans un restaurant. Modat voulait faire de la cuisine de chasse, travailler avec les communautés autochtones… Mais cette année, pandémie oblige, le gala prendra une forme différente et plus distancée.

« Les Lauriers vont se dérouler en studio et le tout sera retransmis en ligne, décrit Christine Plante, fondatrice de l’événement. On va recevoir des invités et dévoiler les noms depuis cette base, mais on voudrait aussi organiser une dizaine de petits rassemblements dans des restaurants à travers la province - à la hauteur de ce qui sera alors autorisé -, pour que les gens puissent regarder les Lauriers sur écran géant, comme une game de sport. On communiquera avec eux depuis le studio. Ça donnera un peu le feeling d’une soirée électorale, où on se promène du QG aux différents relais. »

L’événement sera cette fois tourné vers l’avenir et non vers l’année qui se termine, comme c’est habituellement le cas. Pour le jury, pas de question du type « Quels chefs se sont le mieux démarqués en 2020 ? », mais plutôt « Quels chefs vous inspirent le plus dans le cadre de la relance de l’industrie ? ». « On ne voulait pas faire une édition COVID-19, avec un laurier pour le meilleur take-out de l’année par exemple, indique Christine Plante. Ça aurait notamment exclu les serveurs, qui n’ont pas travaillé de l’année. On ne voulait pas envoyer le message que certains corps de métier seraient moins importants ; surtout que ce sont ceux qui ont été le plus sévèrement touchés par la crise… »

« Aider à retrouver une normalité »

L’annonce du gala de cette année a cependant occasionné quelques commentaires négatifs, comme celui du restaurant montréalais Vin Mon Lapin, qui s’est fendu d’un post amer sur Instagram : « Chers Lauriers, SVP ne nous mettez pas en compétition les uns contre les autres [...]. Nous sommes fébriles, épuisés et effrayés. Nous avons besoin de communauté, de diversité, d’inclusion et de solutions. Au diable les listes, les étoiles et les compétitions… Nous sommes assoiffés de changement. Quelle opportunité manquée. »

Pourquoi une édition cette année ? « C’est sûr que c’est délicat d’annoncer qu’on revient, et on veut s’assurer que les gens comprennent bien qu’on est là pour aider l’industrie et la mettre en lumière, pas pour dire qui a perdu ou envoyer le message "business as usual" ou "show must go on", assure la fondatrice de l’événement. On est un gala qui dit bravo à certains acteurs. Cette année, je me sentais un peu comme l’amie qui vient courir le dernier kilomètre du marathon, celle qui vient crier de ne pas lâcher… On ne voulait pas attendre que la situation soit comme avant pour revenir, car les Lauriers vont justement aider à retrouver une normalité. »

L’événement s’est donné pour 2021 comme thématique officielle la relance de l’industrie. Comment grandir par rapport à ce qu’on a appris cette année ? Quels apprentissages tirer de la crise, par exemple sur le modèle d’affaires des restaurants ? L’organisation compte notamment inviter au gala le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation pour le mettre face à l’industrie et lui poser des questions sur la relance.

Toujours les mêmes ?

L’autre critique qui a suivi l’annonce des 96 nominés de cette année, c’est de mettre en avant toujours les mêmes noms, ceux de restaurants ou chefs déjà bien médiatisés. On retrouve ainsi d’une année sur l’autre Colombe St-Pierre ou Montréal Plaza, et certains établissements sont cités avec trois voire quatre nominations différentes. « Sur la liste des nominés, au moins 80 % des gens ne sont pas connus du grand public, se défend Christine Plante. Marc-Olivier Frappier, par exemple, n’était pas vraiment connu il y a deux ans, mais on en parle depuis qu’il a gagné le laurier du Restaurant de l’année. Je ne veux pas m’approprier son talent pour autant ; on fait juste souffler sur un feu déjà allumé. »

La fondatrice des Lauriers cite également des catégories comme Révélation de l’année ou Artisan de l’année, qui permettent de mieux faire connaître des gens dont on parle peu ou pas. Quant aux Christian Bégin ou Colombe St-Pierre, le festival utilise notamment leur notoriété pour mettre sur la même scène « la deuxième génération », comme Jessica Noël ou Marc-Olivier Frappier. « C’est sûr que ceux qu’on voit déjà partout ont leur place aussi aux Lauriers, on ne va pas exclure les vedettes, nuance Christine Plante. Et puis les grands chefs sont souvent les meilleurs élèves, ils ont les meilleures pratiques (créativité, environnement, etc.), donc c’est normal qu’ils récoltent plus d’honneurs… »

Pour autant, grands noms ou pas, la fondatrice de l’organisme insiste sur le fait qu’elle ne fermera jamais la porte aux chaînes ou autres acteurs moins glamours ou plus grand public du milieu. « Il faut comprendre qu’il y a beaucoup de gens différents qui font la gastronomie, mais aussi beaucoup de bouches qui la mangent ». Aux Lauriers, on considère cet élitisme propre au milieu, qui vient de l’histoire de la gastronomie française, comme contre-intuitif ; le mot d’ordre est plutôt de voir l’industrie comme une grande famille inclusive.

Considérer l’industrie comme un milieu culturel

« La gastronomie est vraiment un milieu de petites gangs, mais il y a beaucoup d’acteurs disparates et autant de clientèles différentes. Et le meilleur outil qu’on peut avoir contre ça, c’est de se réunir. Il y a des valeurs qu’on peut mettre en place tous ensemble, comme l’achat local. Les notions de diversité et d’inclusion dans la gastronomie sont donc très importantes pour moi, appuie Christine Plante. Avoir un réseau social soutenant est aussi le meilleur outil contre les enjeux de santé mentale ou de toxicomanie. Mieux resserrer les liens sociaux entre les acteurs de l’industrie va faire qu’on va mieux se comprendre et mieux avancer. »

Si la comparaison avec le milieu du cinéma ou de la musique revient souvent, notamment pour commencer à considérer la gastronomie comme une richesse culturelle, la fondatrice des Lauriers relève que le nombre de gens exposés à la cuisine est beaucoup plus grand, et donc les impacts de l’alimentation plus porteurs. Le secteur est également l’un des plus gros moteurs économiques. « Un soir dans l’année, tout le monde se tourne vers la gastronomie québécoise, comme on le fait pour la musique le soir du gala de l’ADISQ, compare Christine Plante. Pendant l’ADISQ, on entend parler des enjeux de ces industries même si on n’y appartient pas. On veut donc faire pareil avec la gastronomie : les Lauriers, c’est une fenêtre de visibilité pour les intervenants de l’industrie. »

Lire aussi : Les Lauriers de la gastronomie québécoise dévoile ses finalistes

Mots-clés: Québec (province)
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