La pomme de terre

14 mars 2016 - Par Sophie Suraniti

Au Québec, le marché de la pomme de terre est libre. D’un côté, l’offre ; de l’autre, la demande. Toutefois, les producteurs se sont dotés d’un plan conjoint géré par leur syndicat professionnel pour suivre son évolution. Un marché mature, stable ou en baisse selon les catégories, attentif aux marchés américains.

PROVENANCE

Environ 80 % des pommes de terre de table en vente sur le marché proviennent du Québec, et ce, toute l’année. Les 20 % restants sont principalement importés des provinces maritimes et des États-Unis. Quant aux frites, elles « entrent » au Québec de deux façons : certains transformateurs québécois achètent des pommes de terre d’une autre province (surtout du Nouveau-Brunswick) lorsqu’ils ont des besoins particuliers non comblés, ou bien ces frites proviennent directement des géants tels McCain (Nouveau-Brunswick), Cavendish (Île-du-PrinceÉdouard) et Lamb Weston (États-Unis).


Un peu plus de la moitié de la production (55 %) est destinée au marché de la table, 35 % à la transformation (≈ 15 % pour le marché des croustilles et ≈ 20 % pour le prépelage) et 10 % à la production de semences.


UN SYNDICAT, UN PLAN CONJOINT, DES COMITÉS SECTORIELS

Presque tous les producteurs de pommes de terre (hormis les plus petits, ceux dont les exploitations comptent moins de deux hectares) sont regroupés au sein d’un syndicat professionnel : les Producteurs de pommes de terre du Québec (anciennement, la Fédération des producteurs de pommes de terre du Québec). Ce syndicat provincial administre le Plan conjoint qui comprend divers outils collectifs comme des règlements et des conventions de mise en marché en vigueur depuis 1979. Parmi les producteurs, beaucoup sont aussi emballeurs et se chargent donc de la livraison. À la fin de 2014, il y a donc eu le changement de nom, mais aussi une restructuration du syndicat. Autrefois, l’approche était régionale ; elle est désormais sectorielle. Quatre comités ont été créés : Table, Semence, Prépelage et Croustilles. C’est au sein de ces comités que sont notamment débattus et fixés les prix de vente (comités des prix) en présence de différents représentants du milieu élus lors d’assemblées selon la catégorie concernée (producteurs de vrac ou producteurs-emballeurs, acheteurs transformateurs…).


EN 2015, LA POMME DE TERRE AU QUÉBEC, C’EST…


LE MARCHÉ DE LA POMME DE TERRE SE SEGMENTE EN QUATRE CATÉGORIES


LA FIXATION DES PRIX : COMMENT ÇA MARCHE ?

Table : C’est un marché libre, mais le comité des prix se rencontre régulièrement afin d’évaluer les fluctuations des marchés et faire des suggestions. Depuis le 3 décembre 2015, les prix n’ont pas bougé ; chose normale pour la saison. C’est à l’été et à l’automne, au moment des récoltes, qu’ils varient davantage. Depuis 2012, les prix sont à la baisse pour le marché de la table en raison des surplus à l’échelle nord-américaine et de la chute significative de la consommation.

Semences : Marché libre.

Croustilles et Prépelage : Ce sont des marchés nord-américains qui fonctionnent par contrat. Les Producteurs de pommes de terre du Québec ont une convention de mise en marché pour le prépelage et deux conventions de mise en marché pour la croustille. Ce sont des ententes annuelles (basées sur le calendrier des récoltes ; il arrive que ce soit tous les deux ans) au sein desquelles les producteurs délèguent leur pouvoir de négociation au syndicat. Autour de la table se retrouvent des représentants des grandes compagnies de transformation (comme Saint-Arneault, Frito-Lay, Yum Yum…) ainsi que des représentants des producteurs. Les variations de prix sont abordées : coûts des intrants, semences, machinerie agricole, entreposage (très important, car plus on avance dans le calendrier post-récolte et plus les coûts d’entreposage vont en croissant). Chaque année, il y a donc une entente sur une grille de prix qui varient chaque mois. Par exemple, en janvier 2014, accord sur la grille de prix 2015 : juillet (11,90 $), août (10,50 $), septembre-octobre (10,30 $), etc. Pour la transformation, les prix ne bougent pas depuis 2012.

La consommation de pommes de terre (fraîches et transformées) a chuté depuis plus de dix ans : de 72,2 kg par personne en 2002, elle est passée aujourd’hui à 56,69 kg.

LE MARCHÉ DE LA POMME DE TERRE ? À UN TOURNANT…

L’intention des Producteurs de pommes de terre du Québec, autant pour la catégorie Table que pour la catégorie Prépelage, est de ne pas inonder le marché par des quantités, mais de viser la qualité, en offrant notamment des produits de niche (de spécialité), de nouvelles variétés innovantes pour le secteur HRI (notamment dans le domaine des frites et des pommes de terre bouillies) et en misant sur le credo « produit d’ici » (la provenance). Ainsi, plusieurs recherches sont en cours, voire terminées, pour rendre telle variété de pomme de terre intéressante et adaptée à telle utilisation. Bien entendu, un autre grand défi est de gagner des parts de marché dans le domaine des produits congelés, car de grandes chaînes de restaurants québécoises s’approvisionnent encore en frites congelées provenant de l’extérieur. Quant à la frite santé, tout le monde y aspire : producteurs, transformateurs, restaurateurs et consommateurs ! Ces dix dernières années, certaines réglementations et recommandations nutritionnelles ont causé pas mal de tort aux frites. Par exemple, la politique-cadre pour un virage santé à l’école de 2007, ou des régimes alimentaires amaigrissants comme la « méthode Montignac » basée sur la suppression des 3 P : Pain, Pâtes, Pomme de terre !

IMPLICATIONS SUR LA FACTURE DES RESTAURATEURS

Même si les prix des légumes enregistrent depuis le début de l’année 2016 de très fortes hausses et variations, à priori, le secteur des HRI ne devrait pas s’attendre à de grands changements concernant ceux des différentes catégories de pommes de terre. Comme le Québec connaît des surplus (pommes de terre pour la table et la transformation), les acheteurs du milieu (distributeurs et restaurateurs) parviennent encore à obtenir des prix intéressants, notamment sur les pommes de terre vendues en gros format. Quant à la forte baisse du dollar canadien, si elle se poursuit, elle devrait favoriser l’achat local.


LES VARIÉTÉS DE POMMES DE TERRE LES PLUS POPULAIRES À LA TABLE DES HRI

  • Longues : Goldrush, Russet Burbank
  • Rondes : Superior, Envol
  • Jaunes : Vivaldi, Yukon Gold
  • Rouge : Chieftain

Les variétés en projet* Primevère, AC Tenace, Merlin, Nadine, Emma, Péribonka, Ambra, Mazama, Beljade, Pommerelle Russet, Violet Queen, Double fun, Huck leberry Gold

Il s’agit pour la plupart de nouvelles variétés dont certaines ne sont pas encore mises en marché.

*Tests de goût en cours auprès du réseau HRI (distributeurs, chaînes de restauration, chefs…)


POUR SUIVRE LES PRIX DU MARCHÉ DE LA POMME DE TERRE AU QUÉBEC

Sur le site des Producteurs de pommes de terre du Québec, notamment dans la section Prix et marché.

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