Des Cris cuisinant en CPE formés à l’ITHQ : Conseils techniques et aventure humaine

19 juin 2019 - Par Pierre-Alain Belpaire

Le gouvernement de la nation crie a récemment fait appel aux experts de l’ITHQ pour développer de nouvelles recettes destinées aux bambins fréquentant les centres de la petite-enfance de la région de la Baie-James et pour offrir une formation sur mesure à 16 cuisiniers et cuisinières œuvrant dans ces CPE.

« J’avais eu la chance de vivre un projet assez similaire voici 18 ans. Ça avait été une expérience puissante, très marquante. J’ai d’ailleurs vécu le 11 septembre dans les bois de Val-d’Or… », confie Nicole-Anne Gagnon, enseignante à l’Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec. Lorsque les responsables de l’Institut montréalais se sont mis en quête de volontaires parmi leurs professeurs et formateurs pour participer à ce projet avec les Cris, elle n’a donc guère hésité et a immédiatement levé la main. Et la voilà embarquée, une fois encore, dans une aventure aussi gourmande qu’humaine.

Rapidement, la professeure est entrée en contact avec Lilian Kandiliotis, attachée au département de santé publique et des services sociaux. Les deux femmes ont discuté des besoins, des attentes, des envies. « L’idée de base était relativement simple : il fallait amener les enfants à mieux manger mais aussi leur faire découvrir le plaisir de manger sainement », explique la pédagogue. Dix recettes de repas et dix collations seront finalement retenues. « Rien d’extraordinaire, rien de révolutionnaire », résume, modeste, Nicole-Anne Gagnon. Poulet frit au four, biscuits protéinés, poisson pané : les recettes se veulent nutritives, savoureuses et amusantes. « Funny, yummy, easy ! » Leur simplicité devra d’ailleurs permettre aux parents des tout-petits de les reproduire à la maison.

Pour se faire une meilleure idée du quotidien dans les cuisines de cette poignée de CPE, pour « tâter le pouls », comme elle dit, Nicole-Anne Gagnon a également pris la direction du territoire Eeyou Istchee et passé trois jours aux côtés de ces cuisiniers. Elle y a notamment constaté que, grâce à d’importants investissements, ceux-ci évoluent dans des espaces bien rénovés, bien équipés. « Ce n’était pas mal du tout », souffle-t-elle. Mais la situation n’est pas complètement rose pour autant. Comme dans le reste de la province, la pénurie de main-d’œuvre se fait durement sentir, la formation et l’organisation du personnel constituent de véritables enjeux. « La plupart des employés ont un DEP mais l’ont obtenu voici plusieurs années. Il fallait donc revoir certaines bases, estime Nicole-Anne Gagnon. On a rapidement convenu qu’en plus de livrer une liste de recettes, organiser une activité de mobilisation du personnel serait une bonne idée, pour leur enseigner de nouvelles techniques mais surtout pour les amener à se rencontrer, à évoluer ensemble. Il faut bien réaliser que ces gens vivent et travaillent dans des communautés très isolées et très éloignées. »

La formation s’est donc tenue la semaine dernière dans les locaux de l’ITHQ. Absente de cette activité suite à une vilaine blessure (« Faut-il vraiment que je précise à quel point j’étais déçue ? »), l’enseignante sait parfaitement que ces quelques journées auront « reboosté » la motivation des participants. « Lorsque ton employeur t’offre de vivre une expérience comme celle-là, c’est extrêmement valorisant. »

Loin de toucher à sa fin, cette collaboration entre la nation crie et l’ITHQ est appelée à durer. Les menus seront ainsi améliorés et mis à jour, sur base notamment des retours et commentaires que recevra le Centre d’Expertise de l’école hôtelière. La mise en valeur des viandes de chasse, des plantes indigènes ou des traditions séculaires pourrait, en outre, faire l’objet de prochaines discussions ou de futures recettes, croit l’enseignante. « Par rapport à ce que j’avais vu voici 18 ans, on note aujourd’hui une réelle fierté de se réapproprier les coutumes, les saveurs, les traditions, les produits locaux. Je trouve ça extraordinaire. Et si on peut les aider à mieux valoriser ce patrimoine, on le fera ! »

Ravie de cette expérience, l’enseignante confie rêver d’autres projets de cette envergure. Pour leur aspect pédagogique, pour les échanges théoriques, mais, surtout, pour les rencontres humaines qu’ils permettent. « Quand je suis allée visiter les CPE de la Baie-James, j’ai rencontré un cuisinier. J’ai longuement discuté avec lui de l’importance de réintégrer les saveurs boréales. Il est malheureusement décédé trois jours plus tard, dans un accident de voiture, glisse Nicole-Anne Gagnon, visiblement émue. Durant mon séjour là-bas, j’ai pris conscience des difficultés que rencontrent ces cuisiniers, mais j’ai aussi pu mesurer leur incroyable volonté et leur amour de notre métier. »

(Crédit photo : Pierre Beauchemin, ITHQ)

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